Il faut sauver le soldat jules - Page 1 - test Jean Sébastien LOYGUE Il faut sauver le soldat Jules ! 5 nouvelles « érotiques », dans le style « Quoique », proche du « couac » en musique. Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-917135-83-9 Dépôt légal : Juillet 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays 4 Table des matières Le Maloiseau ............................................. La Duchesse............................................... Le perroquet du rez-de-chaussée ............... C’était bien ?.............................................. Il faut sauver le soldat Jules ! .................... 7 19 59 81 99 5 Le Maloiseau Hirsute, il sue. Dès qu’il a fini de passer sa main sur son front qui ruisselle, on revoit ses yeux effrayants. Un instant on avait espéré ne plus y penser. Son mouchoir Grec à carreaux les cachait. Et puis les revoilà, lourds de prémonitions globuleuses. Leur éclat est profond et sombre. Ils vont éclater comme des crapauds que l’on a trop fait fumer. Dans le blanc de l’œil (si l’on peut dire) : du sang. Des petites veines au bord de l’hémorragie courent. Du jaune s’est répandu partout autour de ses iris. Son foie ne va pas bien. Il est épais. Sa tête est bosselée. Ses joues sont grasses, ses arcades néanderthaliennes. Son menton ressort et mord. Ses lèvres bavent. Pieds immenses. Ils font frémir ses catéchumènes à l’idée qu’ils pourraient leur botter le cul. 7 Poitrine large, cage à honte. Respiration abominable. On l’imagine résonner dans la nuit d’un confessionnal plein de son odeur sans baignoire. L’ensemble pue la noirceur de l’âme. Mais on n’ose rien dire. Il userait de son statut, de la révérence due à son état pour clamer dans les rues en pente de son village : – Oui, je suis habité par des idées mauvaises ! Oui, je déshabille les jolies. Oui, je les prends sur la sainte table. Mais je promets l’enfer aux maris et aux pères qui se rebelleraient ! La puissance est dans les sacrements que j’accorde ou refuse. Dans les cloches que je fais guillerettes ou muettes pour que vous compreniez que ce pays est maudit si je le souhaite ! Je rigole comme le diable de pouvoirs en lesquels vous croyez, imbéciles ! Je sais rendre inféconde une fille comme un champ. Empoisonner un troupeau à distance. Tarir une source en lui pissant au trou… Il s’était courbé pour s’éponger. Il se redresse. Il fait de l’ombre au monde. Il reprend sa marche damnée vers la chapelle où le sort va bientôt s’acharner sur une innocente. * * * Il fait très chaud, très sec. Mais voilà quelque chose de frais dans l’air étouffant : un lavoir à mie côte, une halte et un repos, une station sur un chemin 8 de croix où il serait possible encore de se repentir. Sur le sentier qui conduit à la petite église en haut de la colline. Un lavoir splatché d’éclats de rires, perlé de joie comme des gouttes. Elles font des arcs en ciel. La chapelle est si jolie, tout là-haut ! Le soleil toque à son ombre. Avec sa façon à lui, ici. C’est-àdire qu’il entrebâille la porte des sentiments, fait tourner en rond les mouches, frotte ses cigales à notre sommeil si nous avons eu l’intelligence de faire la sieste. En ce cas, il nous accompagne. Sa gratte à lui n’est pas pour nous réveiller. Elle joue sa guitare pour des rêves que nous méritons. Le bienfaisant ronfle sans ecchymose grâce aux grillons. * * * Lorsque notre histoire commence, les plus gracieuses jeunes filles du village, les jeunes jumelles de chez « Netty », que nenni elles ne dorment. Elles ont la corvée gaie. Elles battent le linge à grands coups de mailloche. On comprend qu’elles ne dorment pas : on a échangé leur besogne contre une permission d’aller danser. Elles ont troqué de transpirer à midi pour retrouver citrouille ou carrosse à minuit. Mais lui, le Pope, il va la justifier comment sa sortie ? Il quitte l’ombre d’un arbre, pourquoi ? Il est 9 en nage, dans le tournant vers l’oratoire où il monte. Quoi y faire ? Confesser la petite Maria ? Nous y sommes : voici son alibi. N’étaient les jumelles de chez Netty, à cette heure, normalement il n’aurait rencontré personne ! * * * Les jolies jumelles se sont tues. Elles regardent passer l’ancien Archimandrite en exil depuis le Pirée où il a commis pique pendre. Il les salue d’un regard lourd. Elles peuvent y lire qu’il leur eût volontiers donné son linge à laver en échange de leur présence à l’office. Le soleil mûrit le mal pour lui. Les miroitements de la mare lui renvoient des éclairs comme des tentations. Elles dardent, le clouent. Que lui dira le ciel bleu, alors qu'il fait si beau pour nos pécheresses joyeuses de n’avoir, au lavoir, que si peu de coton sur elles ? Pendant que sa soutane l’engonce, lui. Il exsude. Son célibat l’enfonce dans un sol sur lequel sa préméditation pèse. Il a la démarche lourde de l’ours. D’ordinaire, à cette heure, il se flagelle. Il a tant alimenté sa rêverie à l’enfer que même les feux de la Saint Jean lui parlent de Satan. 10 Alors, vous imaginez, avec les cigales, et ces jeunes filles en nage pas loin de nues, qui ont les yeux clairs en haut de leurs cous… Leurs bras sont appuyés sur la margelle du lavoir, une main sur le savon, une autre sur le battoir. Elles le regardent par en bas. Elles savent leurs seins ostentatoires dans l’alvéole ronde de leurs dessous. N’y a-t-il pas « ostentation » dans tentation ? Notre patriarche en exil, n’est-il autant sur couvert que le sont si peu les nichons des Netty ? Ne vous dites-vous pas à partir de là : Attention !? * * * Sous le regard de deux sœurs qui remettent les péchés du monde au milieu des grenouilles, le Chapelain grec dépasse le lavoir et poursuit sa route à remonte-pente vers le sacrilège. Le trente-huitième bouton de son vêtement sacerdotal, il l’a ouvert. Là commence la déraison. * * * La lourde porte de l’église grogne. La petite Maria est agenouillée là, recueillie. Sa fraîcheur le cueille, lui, sur le seuil, sombre et brutal. Lui qui porte une brusque bouffée de chaleur sans déodorant 11 dans la prière de l’enfant aux firmaments si personnels. Puis il repousse sur eux le porche énorme. Cela fait un roulement de pierre tombale que l’on déplacerait à plusieurs sur un bâti en béton vibré. Suit un cliquetis d’acier. Il y a dans ce mot cliquetis la sonnaille des entraves que l’on fixe aux pieds des vestales avant de les exhiber au marché. En même temps que dans l’ombre de la chapelle se prolonge la résonance du battant en chêne épais. Alors une onde longue sonne sa demi-tonne de peur des envahisseurs * * * Pas furtifs de la petite Maria, jusqu’au confessionnal. Son prédateur l’y attend. Sa langue est épaisse et prête à s’allonger démesurément pour scotcher un criquet sur sa branche de tilleul, puis à le ramener à son estomac infernal. On dirait que les pustules empoisonnées de son dos, il a les mêmes pour ses fouilles à corps : au bout de ses doigts. * * * La croisée du confessionnal enferme notre fraîche paroissienne aux pétales encore enroulés. 12 Chacun se retrouve de son côté, dans le petit cabanon. La jeune fille et le Pope sont séparés par un fenestron grillagé. On avoue ses faiblesses d’un côté. Elles passent le sas et puis s’envolent de l’autre vers un Seigneur qui les pardonne. Ou les recycle. On ne sait pas vraiment ce qu’il en fait, au juste, le Bon Dieu, mais à en juger par la liste suggestive abandonnée là, et « à poste », comme on dit dans la marine, afin que les catéchumènes ne manquent pas d’imagination, on peut croire qu’il a ses collectors. Bons du Trésor de l’au-delà ? Poires pour des soifs en enfer ? Qui sait ? La petite Marie s’agenouille. Le ministre du culte tourmenté s’assoit, fait glisser le cadre en bois qui les sépare « Zip ! » Dans un bruit avant coureur de l’invention de la fermeture éclaire. De la peine ombre de son perchoir, il peut voir le visage de la jeune fille levé vers son confesseur. Il sait même deviner, sous sa chemise qui moule, et qu’une ombre de sueur mouille, une forme arrondie comme une obole imaginée depuis le lavoir. Il lui trotte dans l’esprit, depuis cet arrondi les belles et fermes auréoles des jumelles de chez Netty. Une première fois, ainsi que distraitement il chasserait une mouche, il écarte la pensée trop vive qu’il aurait préféré la confession des filles du lavoir, aux épaules fières, les bras bien à l’écart sur leurs brosses, ouvrant ainsi un passage au courant d’air entre leurs mamelons, car la petite Marie n’en a pas beaucoup de tétons sur elle. 13
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