Idées décoiffées - Page 1 - Gilles Ciloquin Idées décoiffées Nouvelles Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2852-3 Dépôt légal : Mars 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire Nouvelles décoiffées F comme Silvana Matronpulis Clara y Casta........ Donc ...................................................................... Vita cane................................................................ Osez ....................................................................... Crime parfait.......................................................... Citta aperta ............................................................ Psy ......................................................................... Lève-toi et marche................................................. Prière ..................................................................... Le banc près du ravin ............................................ Totem..................................................................... Il est cinq heures.................................................... Cerf-volant pour un poème Cerf-volant............................................................. 77 Dis bonjoir…......................................................... 81 Le caillou............................................................... 83 9 13 19 23 31 35 43 47 57 63 65 69 71 Le théâtre ............................................................... L’oiseau ................................................................. La diagonale du fou ............................................... Le jeu ..................................................................... Les châteaux de sable ............................................ Karl et Kant............................................................ Le jour, la nuit........................................................ Freesbe................................................................... La course................................................................ La barque verte et blanche ..................................... Danser avec une étoile pour les loups Ce vent sourd qui emporte les ombres................... Danser avec une étoile pour la lune....................... Les chiens des rues errantes................................... La couleur des robes des filles ne change pas ....... Les femmes en noir................................................ Quand les rivières changeront de nom................... La Guerre, les noces .............................................. La nuit, les loups, les chiens, les tziganes.............. Une voix d’elle ...................................................... Les chiens, les loups savent ................................... Le vieux Armand et son chien ............................... Le roy Wook .......................................................... 87 91 93 97 101 103 107 111 115 121 127 129 131 133 135 137 139 143 149 157 159 163 10 F comme Silvana Matronpulis Clara y Casta Rarement, au cours de l’histoire du monde, une œuvre littéraire n’aura autant été controversée que celle de l’auteur de ce texte. Peut être que Homère, Pétrarque, Shakespeare, Tolstoï ont eu, eux aussi, quelques « renommés » de l’époque qui les envoyaient dans leur coin et les faisaient taire. Mais depuis, ils ont su se refaire une santé, c’est moi qui peine toujours. C’est bouleversant et étonnant, mais beaucoup moins si on connaît les deux raisons principales de ma position ridicule d’un auteur, sans soutien officiel. Premièrement je n’ai rien écrit et deuxièmement, je n’ai pas de veine. Je n’ai, jamais, eu de veine. Jamais. C’était tellement évident que j’ai finalement accepté ce sort et je ne comptais plus, que sur ce qui me restait à faire : travailler dur. Travailler dur, quand on a un goût prononcé pour la flemme, c’est dur. Alors, je me suis mis à écrire. Comme ça, pensais-je naïvement, je court-circuiterai les méfaits de ma veine manquante et j’arriverai, au même but que les chanceux : être accompagné des nanas aux gros seins, blondes et connes, à côté d’une 13 piscine décorée par deux ou trois exemplaires du premier élément, nanas aux gros seins, blondes et connes, et tenir un verre sonorisé par des glaçons qui nagent avec douceur dans un liquide écossé et tapent, tapent, tap-tapent mélodieusement contre le cristal, cristal design, bien sûr, design signé par un artiste, invité permanent des salons mondains où, il parle avec un accent mignon, mignon aux intellectuelles qui s’imaginent dans ses bras. J’ai envoyé un manuscrit à une dizaine d’éditeurs, que j’ai d’abord écrit, ne croyez, surtout pas que je bluffe. Je l’ai écrit. Très beau roman. Je lui ai donné le titre : « Les lettres à Flo ». Après un certain temps, jugé poli, j’ai, encore, envoyé le même roman, aux mêmes éditeurs ; à une dizaine de maisons d’édition. Une dizaine ne m’a pas répondu. Une dizaine de centaines existantes, ce n’est pas trop de trop. J’ai envoyé mon texte à chaque fois, quand j’avais des timbres postes en nombre suffisant. Et puis un jour, l’un d’eux, un des responsables, me téléphone et me donne un rendez-vous. Sans hésitation, j’ai accepté le rendez-vous, sans hésitation, j’ai accepté l’argent pour le train, que mes parents m’ont donné, avec hésitation. La secrétaire me regarde, regarde son agenda : – Vous êtes L’Individu du Rendez-vous ? Oui ! D’accord, votre œuvre s’intitule, attendez, je cherche, oui, ok, voilà . « Les lettres à Flo ». Vous l’orthographiez comment : Flo ? – F comme Silvana Mantopulis Clara y Casta, la fille ! Le bureau du Décideur est grand, agréable, ensoleillé. Le Décideur est petit, désagréable et sombre. 14 – C’est flou ! – Flo ? – C’est flou. – Flo ? – Nous avons lu, une pause pour jouir de mes remerciements muets, oui, nous avons lu, un regard vers le haut annonçant une suite décisive pour mon avenir d’écrivain, oui c’est flou ! – Flo ? – C’est flou ! – Flou Flo ? Flo flou ? C’est Fou !! – Flou, flou ! – Avez-vous, vraiment lou, lu ? – Nous avons lu ! C’est flou ! Nous avons une ligne éditoriale ! Une ligne éditoriale qui tangente le Cercle Rond Rouge des poètes membres du Cercle Rond Rouge des poètes du Cercle Rond Rouge… clairement décidée et désignée par le bureau Collegium Fidelis Copinarum élu parmi les membres du Cercle Rond Rouge des poètes du Cercle Ro… un verre d’eau… merci. Aucun autre éditeur n’a jamais pu constituer Un Cercle des Poètes aussi grand, que talentueux que notre Cercle Rond… – Rouge ? – C’est flou chez vous ! – Chez Flo ? Flou ? – Chez vous ! Nous voulons des auteurs qui ont du talent. Qui ont du vécu, qui savent transférer le vécu, les sentiments dans une forme qui est : un roman lu par un grand nombre. Sans vouloir vous offenser, je crains que vous ne puissiez pas entrer dans notre Cercle Rond Rouge. Nous ne pouvons pas nous 15 permettre des médiocres. Vous ne savez pas écrire votre vécu ou bien vous ne l’avez pas. – Mais votre analyse est floue. C’est clair, flou ! C’est fou ! Je n’ai pas de vécu ? Mais mon vécu est plus fort qu’une mort molle et permanente de vos poètes, mon vécu n’est pas un vécu trépassé dans les salons des retraités de la culture, mon vécu n’est pas un vécu mort né, ou même, avorté avant sa naissance, éjaculé en branlette le vécu rond rouge. Mon vécu ne laisse pas de place à une illusion de vie. Mon vécu c’est de l’odeur de la terre dans la bouche, c’est la peur froide comme la mort qui massacre à deux pas de toi, c’est la couleur des rouges à lèvres des vierges et des putes, c’est le goût salé du sang, c’est partir un matin de samedi à trois heures du matin, à côté de Pedro, dans sa vieille « chevy », rouler sur 1000 miles du désert porto ricain, avec 1000 bolivars dans ta poche pour passer une nuit avec Maria Dolores… et rentrer lundi pour prendre place dans ton équipe de chercheurs de pétrole, c’est faire du stop sur 5 000 km pour aller faire bouclier humain sur les ponts cibles militaires dans les Balkans… c’est affronter le terrible Ukrainien Popetchenko dans un match de box en 15 rounds pour 15 dollars la round et 5 dollars par knock-down de moins de huit seconds comptées, c’est sonner à la porte de son proprio à trois heures du matin et réclamer trois morceaux du sucre, avec trois mois de retard de loyer… Mais je n’ai rien dit. Encore une fois je demande : – C’est flou ? – C’est flou ! – Flo ? – Flou ! Je suis sorti. 16 – Alors, c’était comment ! – Claire ! Il nous trouve flou ! – Flou ? – Oui. Que faire ? – Rien, viens on s’en va. – Et c’est tout ? Flo, c’est tout ? – Non, elle sourit, on s’en va… mais tu continues. Je ne dis rien ! Je lui tends mon bras. Florence prend ma main. – Parle-moi de ton prochain roman. – C’est encore un peu flou, Flo. 17 Donc La belle fille, belle parce que joli visage, gros nichons, fesses fermes et non belle fille parce que mariée à son fils, qu’il n’a pas d’ailleurs, et son père se taisaient. – Tu m’écoutes ? dit l’homme. On peut dire, maintenant, qu’ils ne se taisaient plus, même si la fille n’a rien dit. Elle se taisait toujours, donc. Faire du pluriel où, il n’y a que le singulier qui rompt le silence, c’est bizarre, mais, bon. Sa mère mit la marmite à côté de quelque chose. On verra, par la suite, que ce quelque chose était pauvre. Enfin, on le verra tout de suite et non par la suite, quoique c’est, un peu, par la suite aussi vu que ça se lit après qu’on l’avait dit, par la suite, donc. Donc, son père se tourna, vers sa mère, la mère de sa fille et non vers sa mère du père de sa fille, de luimême, donc. – Donc, dit-il à sa femme, sa propre femme, donc, puisque sa fille, logiquement, n’avait pas de femme, elle l’était. – Donc, dit-il, la pauvre chose est enceinte ? 19
Idées décoiffées - Page 1
Idées décoiffées - Page 2
wobook
edilivre.com