Le droit d'aimer - Page 1 - Le droit d’aimer ou Un peu d’amour, s’il vous plaît (roman) de Eurydice Reinert Cend www.euryuniverse.com 3 Biographie Eurydice Reinert Cend née Capo-chichi vit le jour au Bénin en 1969. Elle a vécu pendant 17 ans dans son pays natal avant d’explorer d’autres horizons. Elle obtint son baccalauréat à New-York où elle habita pendant 3 ans et réside en France depuis 1991. Mariée et mère de trois enfants, l’auteur s’adonne entièrement à l’éducation de ceux-ci et à l’écriture depuis 2005. Titulaire d’une maîtrise en Business Management et d’un DESS en Gestion de Communication Multimédia, elle écrit depuis l’âge de quatorze ans et explore divers genres littéraires dont la poésie, le conte, la nouvelle, le roman et l’essai… Membre de plusieurs associations littéraires dont l’ADILL et le CEPAL, elle poursuit son petit bonhomme de chemin en tant qu’écrivain et ne veut écrire qu’en étant inspirée. Voir le site Internet de l’auteur : www.euryuniverse.com pour plus d’information. 6 Bibliographie Du même auteur : L’œil, (recueil de poèmes), 2005 Renaissance dans le CHRIST, (témoignage), 2006 Les chansons d’Eurydice, (recueil de poèmes), 2006 Parfums d’éternité, (recueil de poèmes), octobre 2007 Elle, (Ode à la femme et à l’amour) octobre 2007 N’ayons pas peur, (essai spirituel), octobre 2007 Contes d’aujourd’hui et de toujours, novembre 2007 La vie en poésie, (recueil de poèmes pour la jeunesse), novembre 2007 Pépé Reinert, un centenaire visionnaire, biographie gratuitement disponible sur le site de l’auteur, www.euryuniverse.com 8 Le droit d’aimer Biographie _____________________________________ 6 Bibliographie ___________________________________ 8 Prologue ________________________________________ 13 Les racines du mal _______________________________ 14 Le destin en marche _____________________________ 26 L’orpheline _____________________________________ 47 L’adulte en devenir ______________________________ 69 Le mariage ______________________________________ 75 Les chemins de la reconstruction _________________ 142 La rencontre d’une vie ___________________________ 162 Le secret du temple ______________________________ 173 Les fruits mûrs de l’amour _______________________ 178 Poème pour une belle déesse ______________________ 181 Douce nuit, belle nuit ____________________________ 184 Poème pour une muse providentielle _______________ 192 L’ultime assaut des ténèbres _____________________ 195 La revanche de l’orchidée _______________________ 202 11 Prologue Enfants, nous rêvons souvent de vies d’adultes qui ne seront probablement jamais les nôtres. Une fois grands, nous nous rendons compte qu’il avait du bon le temps de l’insouciance qui est pourtant déjà bien loin et durant lequel, néanmoins, il nous tardait d’être adultes. Petite, nourrie de contes de fées et du désir d’un avenir que je souhaitais meilleur que ceux de Maman et de Mamie Hélène, qui se conjuguent déjà au passé, je rêvais d’une belle vie. Il faut dire que ces deux femmes qui eurent une grande importance dans mon existence n’ont pas bénéficié d’une vie des plus faciles ! 13 Les racines du mal Fille unique, je suis issue d’une famille de Lorrains ayant toujours vécu entre le bassin houiller de Creutzwald, à la frontière allemande, et le bassin minier de Longwy. Le plat, patois local de base francique enrichi des dérivés des dialectes des environs, fut donc transmis chez nous de façon naturelle, de génération en génération. On s’exprimait en patois à la maison et en français à l’école. De fait, dans cette région de France le plat comme le platt, un dialecte de souche germanique, était courant. Ce qui facilitait grandement les échanges dans les zones frontalières francoallemandes avant comme après guerre. Beaucoup de noms de chez nous sont d’ailleurs d’origine germanique : Meyer, Fritz, Schultze, Rainer…Quant à moi, je m’appelle Elyse Weller. Allemands, Français, ou les deux, bien des gens de la région ont des racines de souche francogermanique. Ce qui ne gênait personne dans la période d’avant-guerre. Toutefois, après la libération, ce qui était admis comme naturel autrefois prit soudain des allures tragiques. Le monde civilisé d’hommes libres auquel appartenaient les miens bascula soudain dans une 14 fureur se nourrissant des appréhensions d’un autre temps. Des pratiques immondes furent alors, à nouveau, autorisées et encouragées. Ma famille en gardera longtemps les séquelles. 15 A la fin de la deuxième guerre mondiale, ceux qui n’avaient guère la conscience tranquille s’empressèrent de mettre à l’index ceux dont la présumée forfaiture semblait plus aisée à prouver. Ils pouvaient ainsi détourner l’attention de leurs propres forfaitures pour mieux se soustraire à la vindicte populaire dont ils étaient les principaux instigateurs. Il s’agissait en somme de livrer des boucs émissaires à même de mobiliser suffisamment l’attention avant qu’elle ne se concentre sur soi, avec tout ce que cela comportait d’horrible. Telle fut la dure loi de la jungle par laquelle les fauves ne firent qu’une bouchée des « brebis galeuses» sur lesquelles ils rejetèrent un sort qu’ils redoutaient eux-mêmes. Il faut préciser que le peuple dans son ensemble ne souscrivait pas à cet état de fait. Au vu des circonstances, il s’avère que peu de gens avaient véritablement intérêt à nourrir cette vindicte populaire. Il s’agissait bien évidemment de ceux qui mangeaient alors à tous les râteliers, comme cela se disait, et qui menaient aussi des tractations souterraines. Ceux-là mêmes qui se sont honteusement enrichis grâce au marché noir et grâce à la duplicité, pour faire peau neuve, sont soudainement devenus plus partisans que les vrais résistants. Ils s’avérèrent ainsi, une fois de plus, 16 excellents à la délation et livrèrent d’autres en vue de sauver leur misérable peau de loup en tenue d’agneau. Parce qu’elle avait osé épouser un Boche 1, Mamie fut traitée comme un paria à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Elle était donc devenue une fille à chleuh 2 comme bien d’autres. Malheureusement, à l’époque, il valait mieux ne pas être affublée d’une telle réputation, « …car ça vous collait à la peau comme la peste, c’était une véritable glue », ainsi qu’en témoigneront plus tard certaines des femmes qui étaient alors accusées d’avoir fricoté avec l’ennemi. Les racines du mal qui terrassa les miens et voulut me soumettre également viennent donc de loin. De cette période trouble qui suivit la guerre de 39-40, les miens sortiront démunis et plus qu’accablés! Ma grand-mère était malheureusement devenue une tête rasée pour avoir osé folâtrer avec un nazi pendant la guerre. Elle fut donc blâmée et sévèrement punie pour ce prétendu crime, elle qui pourtant n’avait obéi qu’à son cœur en s’amourachant follement d’un étranger. Ce qui 1 2 Boche : allemand en argot Chleuh : Boche 17 valut plus tard à ma mère d’être élevée dans une atmosphère où planait souvent la crainte du pire! Contrairement aux femmes de chez nous qui allaient avec les Américains après avoir déployé leurs charmes auprès des Allemands, Mamie aimait véritablement celui qui lui valut d’être publiquement désavouée ! Elle ne se remaria jamais et vécut dans une sorte de nostalgie salvatrice. Mamie me disait souvent en soupirant et en songeant à l’hypothétique bonheur que nous aurions connu en d’autres circonstances: « Ah ! Si seulement ton grand-père avait survécu à cette sale guerre ! » Mais il nous faut revenir en arrière pour comprendre les incidences et implications de la tonte purificatrice de cette période d’après-guerre sur les miens et, par suite logique, sur moi plus tard. La tonte purificatrice fut terriblement destructrice à bien des égards pour nombre de femmes comme pour leur progéniture, en particulier sur le plan psychologique et social. Comme me l’expliqua un jour Mamie : « …C’est comme si on m’avait mise à nu devant le monde entier en proclamant, encore et encore, que je n’étais qu’une créature abominable et donc, détestable. Ils ont souillé mon âme, volé ma dignité et bradé mes chances au comptoir des 18
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