Deux mains pour un rasoir - Page 1 - test Bruno Péruti Deux mains pour un rasoir Roman policier Édilivre – Éditions ÀPARIS Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) 20 rue des Grands-Augustins - 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 /Fax : 01 46 34 67 19. © Édilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN 13 : 978-2-917135-49-5 Dépôt légal : Juin 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. « Songez qu’on n’arrête jamais de se battre et qu’avoir vaincu n’est trois fois rien. Et que tout est remis en cause du moment que l’homme de l’homme est comptable. Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d’épouvantables, Car il n’est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien » Louis Aragon Extrait d’Epilogue SOMMAIRE Chapitre 1 : Rencontre fortuite Chapitre 2 : « Lili » Chapitre 3 : Chambre n°5 Chapitre 4 : La carte d’identité du tueur Chapitre 5 : Le passé de Lebrun Chapitre 6 : Premiers interrogatoires Chapitre 7 : Visite chez Lebrun et Laborde Chapitre 8 : Les déboires de Fouquet Chapitre 9 : Le train de 19h28 Chapitre 10 : Laborde prend peur Chapitre 11 : Le juge relâche les témoins Chapitre 12 : L’arrestation de « Lili » Chapitre 13 : Le cuisinier parle Chapitre 14 : Marchand rencontre Céleste N’Kaoua Chapitre 15 : Les versions de la femme de chambre et du serveur Chapitre 16 : Le testament de Céleste N’Kaoua Chapitre 17 : Aude Dickinson Chapitre 18 : Le juge suspecte Lavoisier 9 24 34 38 46 50 68 83 90 94 100 108 118 138 144 154 159 170 Chapitre 19 Lebrun Chapitre 20 Duclos Chapitre 21 Chapitre 22 Chapitre 23 Chapitre 24 Laborde Chapitre 25 Chapitre 26 Chapitre 27 qu’on croit Chapitre 28 Chapitre 29 : Lamarque révèle le passé de 174 : L’interrogatoire de Nathalie : Troublante rencontre : Louise Laborde prisonnière : Deux mains pour un rasoir : Le témoin de la mort de : La photographie : Marchand échoue : L’assassin n’est pas celui : Billet sans retour : Epilogue 181 188 203 207 216 220 226 229 233 236 Chapitre 1 Rencontre fortuite 3 juillet 1998, gare d’Austerlitz, midi trente. Le train de treize heures quinze à destination de Toulouse vient d’être mis à quai. Les vacanciers du premier départ estival remontent en file indienne la quinzaine de voitures formant le convoi. Un peu à l’écart, une femme portant une valise manifestement trop lourde pour sa stature frêle marche l’œil fixé sur le billet qu’elle tient fébrilement dans sa main gauche. « Voiture quinze, place quarante-six. », murmuret-elle pour oublier les coups de coude des voyageurs impolis. Parvenue au wagon de tête qui l’attend imperturbable, elle pose son fardeau sur le quai, s’éponge le front avec un mouchoir en soie et interpelle le contrôleur la scrutant d’un air perplexe. « C’est une voiture à compartiments. », fait-elle d’une voix déçue. « Oui, et alors, en quoi cela vous gêne ? » « Je préfère les voitures corail. » 9 L’agent prend le billet et ajoute : « Vous avez réservé ? On a bien dû vous dire de quel type de wagon il s’agissait. » « On a réservé pour moi » « On ? », dit le contrôleur qui fronçait les sourcils devant l’attitude baroque de cette voyageuse. « Enfin, quelqu’un, un ami si vous préférez. » « Et vous ne lui avez pas précisé votre choix ? » « Je ne sais plus, enfin, il a dû oublier. Est-il encore possible de changer ? » « Vous plaisantez ? Le train est bondé jusqu’à Toulouse. Estimez-vous heureuse de ne pas voyager debout comme ces pauvres gens. », répliqua-t-il en montrant une famille assise sur ses bagages dans le couloir contre la porte des toilettes. « Tant pis. Pouvez-vous m’aider à monter ma valise ? » « Bien sûr. La place quarante-six se situe au milieu du wagon. Bon voyage, madame. Rassurezvous, vous ne serez pas seule. Je demeure deux voitures plus loin. Venez me trouver au moindre problème. » « Je vous remercie de votre amabilité. » Elle s’engouffra dans le couloir en traînant son sac sous le regard impassible des voyageurs déjà installés. Toutes les places du compartiment étaient réservées jusqu’à Brive mais personne ne s’était encore présenté. La jeune femme se résigna à laisser ses effets personnels sur le sol et s’assit près de la fenêtre. Elle poussa un soupir de soulagement et 10 ferma les yeux. Son esprit ne pouvait se détourner de la lettre mystérieuse qu’elle avait reçue trois jours auparavant. Une lettre non signée, postée du 17ème arrondissement de Paris, lui donnant rendez-vous ce jour même au restaurant de l’hôtel de la Gare de Brive à vingt heures. L’interlocuteur anonyme précisait qu’une importante somme d’argent lui serait remise en raison d’une hérédité lointaine avec un homme d’affaires congolais. Après avoir pensé à un canular, elle avait appris par l’état civil qu’elle était la nièce d’un ressortissant africain ayant fait fortune dans l’immobilier. Un oncle dont elle avait ignoré l’existence jusqu’à ce jour et disparaissant sans laisser de descendance directe. Elle essayait de l’imaginer en commençant à somnoler lorsqu’une voix grave l’extirpa de sa torpeur : « Madame, voulez-vous que je monte votre bagage ? » « Oh ! oui... oui... s’il vous plaît. », bredouilla-telle en se retenant de bailler. « Excusez-moi, je vous ai dérangée. François Roulier, marchand de biens à Provins. » «Enchantée. Françoise Duclos, attachée commerciale à Paris. » « Le train part dans vingt minutes et il est déjà complet. Regardez tous ces gens dans le couloir. C’est tous les ans le même scénario. » « Et avec cette chaleur. Heureusement, notre voiture est climatisée. » « Le bar sera inaccessible. Aussi, j’ai prévu un 11 thermos à café. Voulez-vous une tasse ? » « Volontiers. Ah ! Voici, je crois, un nouveau voisin. » En effet, un homme d’une cinquantaine d’années, une veste bleu marine sur le bras, à la chemise souillée par la transpiration, observait avec insistance les numéros de place collés sur la porte vitrée. « La place quarante-quatre, c’est bien ici ? », demanda-t-il. « Oui, à côté de madame. Ou près de moi, si elle préfère. », répondit François Roulier. Le nouvel arrivant s’inclina avec préciosité devant la jeune femme puis sortit un journal en s’asseyant près d’elle. « Vous allez à Brive ? », reprit le marchand à l’attention de son interlocutrice. « À vrai dire, je ne connais pas cette ville. J’y suis invitée par… » Elle but une gorgée de café et tourna la tête vers la voie contiguë où un autre train se préparait au départ. Elle croisa quelques regards en cherchant désespérément un visage connu qui l’aurait aidée à conclure sa phrase. François Roulier perçut son embarras et s’excusa à nouveau : « Je me montre sans doute trop indiscret. Voulezvous un peu de lecture ? », ajouta-t-il en exhibant un roman de Roger Vailland. « Vous êtes gentil mais j’ai déjà lu La Loi Un très beau roman, vous avez fait un bon choix. » 12 Pendant qu’ils étaient plongés dans leur lecture respective, elle somnola durant une heure. Lorsque le train entra en gare des Aubrais, elle se réveilla et vit que l’homme inconnu avait quitté le compartiment en laissant son journal sur le siège. Elle se frotta les yeux et observa le marchand, les sourcils froncés en parcourant une lettre dont elle remarqua l’absence de signature. Elle en fut troublée, essaya de se persuader de la coïncidence mais fut gagnée par la curiosité : « Des nouvelles du fisc ? », osa-t-elle demander en s’efforçant de sourire. Il la dévisagea un instant, surpris par l’impertinence de la question de cette femme qui lui avait paru si discrète jusqu’à cet instant. Il se détendit toutefois, trop heureux de pouvoir renouer la conversation car le chemin restait encore long. « Pas vraiment. Plutôt de bonnes nouvelles. J’ai rendez-vous avec un client débiteur devant me rembourser une importante créance. Le plus saugrenu, c’est que je ne sais pas de qui il s’agit. » « Vous voulez dire que c’est… » Elle ne put terminer sa phrase, la gorge nouée par une angoisse incontrôlable. « Une lettre anonyme, tout simplement, me fixant rendez-vous ce soir dans un hôtel de Brive. » « Auriez-vous l’amabilité de me servir une tasse de café ? » « Bien sûr. Vous paraissez troublée. » « Un hôtel. Un hôtel… » 13
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