Profession : Aventurier 2 - Page 3 - test Christian Navis Profession : Aventurier 2 Folles errances en Afrique Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-25607-305-1 Dépôt légal : Janvier 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Du même auteur : • Aux Editions France-Empire : – Baro chien de mer – Profession Aventurier • Aux Editions L’Harmattan : – Mystérieuses civilisations du Pacifique • Aux Editions Loisirs Nautiques : – Connaissance des multicoques – Le parler marin – Sécurité et survie en mer – Réussir vos croisières 7 Avertissement Tout est vrai et tout est faux dans cette histoire. Elle tient à la fois du récit vécu énoncé à la première personne, du carnet de voyage plus intimiste et du roman d’aventures en ce sens que j’ai pris délibérément quelques libertés avec la vérité. Certes, les évènements relatés me sont réellement arrivés, dans des endroits proches de ceux que j’indique. Parfois même là où je le prétends. Mais pour des raisons évidentes de discrétion et de sécurité, vu la nature de mes activités d’alors, les chronologies sont approximatives, de même que sont incertaines l’identité des protagonistes et l’orthographe des lieux. Reste le climat, la géopolitique et le contexte. Toute ressemblance avec des faits avérés, des endroits identifiables, des personnages qui ont défrayé la chronique et des histoires bien réelles est loin d’être fortuite. 9 Est-il nécessaire de le préciser ? Car même si j’ai délibérément brouillé quelques pistes, les lecteurs avertis auront tôt fait de démêler l’écheveau ! Quant aux autres, j’espère qu’ils y trouveront au moins un récit intéressant. 10 Chapitre Premier Boutiques à Djibouti Avril 198... Mon voilier se dandine au mouillage de Djibouti, dans un clapot résiduel assez turbulent pour dissuader la plupart des visiteurs de venir s’y mouiller les fesses. Un bercement lancinant dont la torpeur m’aspire irrésistiblement. Mais le temps n’est pas encore venu de savourer cette douce somnolence. Le ronron d’un petit hors-bord attire mon attention. Une annexe orange se rapproche de mon bateau. J’y reconnais le commandant Sangronil. Seul. C’est un ami de longue date. Déjà, lors de mon précédent passage dans le territoire, nous avions sympathisé parce qu’il avait décidé d’acheter un voilier à un tour du mondiste à bout de souffle et m’avait demandé de tenir le rôle d’expert. Après quelques sorties en mer, 11 nous avions aussi tiré des bords à terre et joué des tours pendables à des demi-sels de la mafia locale. Je fais coulisser mon échelle de bain pour l’aider à monter. Sangronil est un drôle de type. De taille moyenne, plutôt mince, la quarantaine juvénile en apparence, quand il est en civil il passerait complètement inaperçu. Un brave garçon inoffensif qui pourrait aussi bien être guichetier de banque que chef de rayon dans un hyper. Mais ne vous fiez pas aux apparences ! C’est d’abord une tête. Et même une forte tête. Dans la botte à Saint Cyr, il a préféré le baroud aux bureaux. Ses frasques d’aviateur sont légendaires. A une époque, quand le Sud Yémen était inféodé à l’URSS, son jeu favori était d’aller taquiner l’espace aérien des îlots yéménites aux abords du Bab El Mandeb. Ses provocations, tolérées sinon encouragées par une partie de l’Etat Major, obéissaient à un scénario quasi immuable : Son zinc aussitôt repéré, deux missiles soviétiques étaient lancés, le prenant en chasse. Plutôt que de dégager, ce grand amateur d’adrénaline laissait verrouiller son Mirage par les radars ennemis puis, quand les soviet rockets étaient à proximité du but, il plongeait en piqué vers l’océan. Subissant une saturation de G tout à fait déraisonnable, à la limite de la perte de conscience, il restait encore assez lucide pour effectuer une ressource in extremis afin de se rétablir au ras des vagues. 12 Privés d’empennage, les missiles s’abîmaient bien sûr dans les flots. « Et deux de moins ! » clamait Sangronil enchanté, tandis que le contrôle de Djibouti faisait mine de voir ailleurs et de ne rien entendre. Jamais il n’y eut d’incidents diplomatiques. Ceux du camp d’en face n’allaient pas se vanter de ces humiliations répétées... Il se disait même qu’il aurait abattu un Mig trop collant et mis en fuite son coéquipier russe, terrorisé par la virtuosité diabolique du commandant en combat aérien. Mais celui-ci a toujours refusé de confirmer ou d’infirmer l’information. Car, vraies ou fausses, ses acrobaties le faisaient entrer dans la légende et il ne faut jamais détruire ou réduire les mythes. Une autre facétie du commandant était gravée dans les annales. Il avait réussi à paniquer un général de salon en tournée d’inspection, et à faire perdre les pédales à une brochette de pontes décorés de fourragères comme des guirlandes sur des sapins de Noél. L’histoire est fameuse : Lors d’un entraînement avec des aéronavales alliées, « Sangro » n’arrivait pas à sortir son train, alors qu’il portait sous le fuselage une bombe atomique tactique armée. D’abord dérouté vers Tadjoura, il aurait pu tenter un atterrissage de fortune sur les terrains plats entre le Ghoubet et le lac Assal, dans un secteur désert où par chance patrouillaient des unités de l’armée française, officiellement simples conseillers des militaires 13 djiboutiens. Mais de violents vents de sable avaient contraint les tacticiens à abandonner cette option. Et « Sangro » s’en était revenu tranquillement vers Djibouti City, quasiment short petrol. Le beau général en promenade lui avait ordonné de remettre le cap à l’Est et d’abandonner l’appareil au dessus d’une fosse du golfe d’Aden avant de sauter. Le pilote avait alors feint une panne radio lui permettant d’ignorer l’injonction, et s’était posé sur le ventre sur une piste désaffectée de l’aérodrome militaire, sous les yeux médusés des officiels affolés, complètement dépassés par la tournure des évènements. Même si en théorie le nucléaire n’est pas trop sensible aux manutentions les plus vigoureuses, tous les pontes en avaient leurs chemises trempées malgré la clim. Je devinais sans peine que le livret militaire de mon ami contenait un panégyrique de ces appréciations du genre « brillant mais indiscipliné » qui paralysent les types hors du commun au profit des pleutres, des conformistes et des flagorneurs. Même si cela participait, d’une certaine manière, à sa couverture. * * * – J’ai peut-être un boulot pour toi, m’annonce Sangronil après avoir expédié les salutations et congratulations d’usage. 14 Je tique pour la forme : – Comme interprète ? Depuis le temps que j’ai fait la demande, j’ai bien vu que les « services » ici, mieux vaut ne pas y compter. Un vrai ramassis d’incapables. Les types qu’ils embauchent ont appris l’arabe dans les livres, mais ils ignorent tout des dialectes locaux et font rigoler les indigènes. Pour l’infiltration discrète, autant y aller avec un pompon sur la tête et une plume dans le cul. Alors que moi, avec mon bronzage, mes cheveux bouclés et ma barbe noire, habillé local en plus, je me fais passer sans problème pour un Libanais ou un Maghrébin. – Arrête de radoter, ricane mon ami. « Laisse ces cons roupiller dans leurs bureaux avec leurs margouillats apprivoisés, et pondre des rapports que personne ne lit. II s’agit de tout autre chose. Dismoi, tu as tes licences et qualifs à jour ? » – Non, pas vraiment ! Je n’ai pas la prétention de manier vos jets et quand je fais pilote de brousse, aucun gros taré de bureaucrate ne vient voir mes papiers. Au pire, les plus casse-bonbons, je les calme avec un petit bakchich. Ou un gros service. « Sangro » a l’air un peu contrarié par ma réponse. Malgré son esprit frondeur il ne se défait pas entièrement de la mentalité réglementaire du militaire, mais cela ne l’empêche pas de relancer l’affaire : – Mais enfin tu voles bien n’importe où à la demande, à l’intérieur des terres, hein ? C’est bien vrai ? Je sais que tu es discret là dessus, mais je ne 15
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