L\'annonce de Marie - Page 2 - test Andréa L’annonce de Marie Roman Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-292-4 Dépôt légal : Janvier 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Le bonheur… Ne pas mourir avant la fin de son existence 7 Toute ressemblance avec des situations connues Ou des sentiments déjà éprouvés Est purement fortuite 8 Au moment de glisser l’enveloppe dans la boite aux lettres, elle eut un instant d’exquise hésitation. Quiconque eut pu apercevoir son sourire malicieux, se serait demandé si ce n’était de sa part, qu’une coquetterie de plus. La moitié de l’enveloppe déjà introduite, elle savourait cette seconde, comme une enfant qui sait que, d’ici peu il y aura une surprise. A quatre vingt ans bientôt… Qu’est-ce que l’annonce disait déjà ? « Cadre, bien dehors/dedans, cherche JF, belle, saine et indépendante pour avenir commun » Ce qui l’avait émoustillé, c’était ce « Bien dehors/dedans ». Comment c’était quelqu’un d’aussi bien recto, verso ? Et puis, JF, voulait-il dire jeune fille ou jeune femme ? 9 Dans les deux cas, ce ne devait pas être elle qu’il cherchait. Facétieuse comme elle l’était, avec son amour de la vie chevillée au corps, quel mal y aurait- il à plaire encore un peu, de loin, dans l’anonymat ? Tous les matins, passant devant le grand miroir de l’entrée, elle contemplait cette silhouette un peu lourde qu’il reflétait, ne correspondant en rien à l’agilité de son esprit. Son beau visage encadré de magnifiques cheveux blancs, mettant en valeur des yeux d’un bleu que le temps n’avait pas réussi á délaver, lui disait à quel point les années étaient passées. Elle écrivait et publiait. Des essais et des poèmes qui, aux dires de ceux qui les lisaient, paraissaient être l’œuvre d’une toute jeune fille. Depuis son veuvage, elle avait retrouvés, intacts, des émotions, des gestes, des envies, du rire, et surtout une nouvelle façon de regarder la vie. Bien sûr, aucun régime ne lui rendra sa taille de jeune fille, mais elle savait que son regard bleu malicieux, et son rire en cascade lui ralliaient tous les suffrages. Aussi en usait-elle généreusement. Quant à la lettre qu’elle avait osé écrire à « Mr le cadre bien dehors/dedans », elle rougissait par avance de la réponse qu’elle pourrait recevoir en retour. C’était tellement excitant ! Elle rêvait secrètement d’une correspondance amoureuse avec ce jeune homme. 10 Ah ! L’imprévisible de la vie ! Dès sa tendre enfance, Marie fut submergée d’émotions et de sentiments étranges qu’elle n’arrivait pas á identifier, elle se sentait à part. A une époque où la tendance était plutôt aux familles nombreuses, elle, se sentait unique. Enfant seule, laissée à son ennui, différente des autres petites filles, elle avait l’impression que quoi qu’elle fasse et où qu’elle aille, elle était une injure à l’harmonie existante. Voila qu’à l’âge de huit ans elle décréta qu’elle serait un chat. Silencieuse et tapie dans les endroits les plus incroyables, elle sentait que c’était par ce biais qu’elle accéderait aux « vérités ». Les réunions familiales nombreuses et variées furent pour elle, plus riches d’enseignements que les encyclopédies les plus savantes. Les personnages qui défilaient, véritable galerie de portraits, ont certainement été á l’origine de son peu de goût pour l’uniformité. Ce jour là, cachée derrière le fauteuil du salon, attendant la réunion qui devait s’y tenir, elle s’endormit. … Et fut réveillée par la sensation bizarre de quelque chose qui lui chatouillait la jambe. Le vieil oncle Joseph, penchée sur elle, avec des yeux rouges qu’elle ne reconnut pas, lui caressait la 11 cheville de sa main noueuse et râpeuse. Si elle en fut étonnée, elle n’éprouva aucune peur. Elle avait huit ans et ne rapprochait ce geste d’aucun interdit. Non, ce qui la dégoûtait c’était que l’oncle Joseph avait la fâcheuse manie de cracher dans des cornets en papier. Le pas de sa mère qui arrivait sauva la situation et l’oncle Joseph prétendit s’être trompé de direction en se dirigeant vers le salon. Parmi les personnes fréquentant la maison, mademoiselle Abbou. En vérité, une vieille fille très laide que Marie appelait A BOUT car elle avait toujours l’air de récriminer. Peut-être tout simplement une façon à elle de s’exprimer ? Elle était grosse et louchait. A un auditoire incrédule, Marie l’écoutait raconter comment lors d’un de ses récents voyages en Italie, une bande d’italiens en folie lui avaient fait la cour. Sur la gamme des mensonges, Marie en apprenait les diverses variations. Elle n’aimait pas mademoiselle A BOUT, mais dû partager son lit ce soir là, pour cause d’encombrement familial. Ce fut la première et la dernière fois. Marie rêvant qu’elle se disputait, déchira à coups d’ongles la gencive de mademoiselle… Complètement à bout. Le matin retrouva celle-ci complètement furieuse et sanglante. On ne la revit que très rarement. 12 Et la tante Germonde ! Veuve depuis quelques décennies, desséchée et aride, elle bénéficiait des faveurs de la famille. Héritière d’un petit magasin que l’on nommait pompeusement « la grande épicerie », elle faisait figure de femme riche. Elle prenait des allures et un ton condescendant avec les membres de la famille de Marie, où tous étaient plus que modestes. Aujourd’hui, elle était là pour annoncer qu’elle avait trouvé quelqu’un. L’événement était de taille. Ça signifiait tout simplement que Germonde allait convoler ! Ce qu’elle avait à confier n’était pas pour les oreilles de Marie. Plus que jamais elle fit le chat, et trouva le coin le plus approprié à cette exceptionnelle circonstance. Encore jeune, elle n’en saisit pas l’entier des termes qui furent échangés. Elle crût comprendre que la tante Germonde se faisait du souci pour la « nuit ». Cela faisait des lustres disait-elle ! – Tu comprends, Edmond, je l’ai toujours connu, ce n’était pas pareil, mais là ! Entendre sa mère prodiguer des conseils plongea Marie dans la perplexité. De quoi parlaient-elles ? Elle mit des années avant de comprendre, mais alors sa perplexité ne fit que croître. C’était devenu une habitude. 13 Cachée dans un recoin prés de la cheminée, elle avait dix ans quand elle apprit comment on faisait les bébés. Enfant unique de parents complètement désaccordés, elle se mit à les détailler, s’interrogeant. Comment sa mère informe et grise, et ce père noueux et sec comme un bâton de pèlerin avaient pu… De plus, rien ne semblait les réunir. Aucun regard, aucune idée, pas même elle. Son père, employé aux écritures chez un commerçant du village était un homme taciturne, toujours l’air d’être dépassé par la vie. Sa mère faisant de la petite couture pour les dames de la bonne société, déplaçait son petit corps trapu à tort et à travers l’espace, histoire d’occuper une place que personne ne lui contestait. Marie avait bien essayé de faire le chat dans leur chambre, mais nonobstant les lits on ne peut plus séparés, il devait y avoir belle lurette que rien dans cette alcôve ne s’était passé. Leur réserve d’amour pour fabriquer des bébés avait du être tarie trop rapidement. Comment expliquer qu’elle soit leur seule enfant ? Un accident ? Oui, c’était le mot qu’elle avait entendu une fois. Sa mère avait l’air furieuse après son père à ce sujet. Parlant de sa naissance, elle entendait les gens dire que ses parents l’avaient eue « sur le tard ». 14
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