Vous avez dit prof ... ou pas ? - Page 1 - Christian Roche Vous avez dit prof... ou pas ? Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2397-9 Dépôt légal : Décembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire 1 – Enseigner, c’est quoi ?..................................... 13 2 – L’élève, pivot de notre action.......................... 19 3 – Réussir, c’est quoi au juste ? ........................... 21 4 – La confiance .................................................... 23 5 – Le respect ........................................................ 27 6 – La motivation .................................................. 31 7 – La répression ................................................... 33 8 – L’évaluation..................................................... 37 9 – La capitalisation des savoirs............................ 43 10 – Le travail à la maison .................................... 45 11 – Le conseil de classe ....................................... 49 12 – L’équipe enseignante..................................... 51 13 – Accueillir la différence.................................. 53 14 – Notre responsabilité est immense.................. 55 9 Enseignant depuis 27 ans en lycée horticole urbain, j’ai pu longuement observer les élèves, mes collègues, et mes propres pratiques. Nos élèves ont fortement évolué depuis mes débuts dans l’enseignement. Si, à l’origine, les jeunes qui nous étaient confiés venaient surtout chez nous pour apprendre un métier choisi, il n’en est plus de même aujourd’hui. La crise démographique aidant, les collèges font de plus en plus de « rétention » d’élèves, et daignent bien nous envoyer ceux pour qui ils ne peuvent plus rien, ou dont ils ne veulent plus ! « Il sera peut-être bon jardinier ? ». L’enseignement agricole a aussi la particularité d’être le seul lieu où les ex 4e et 3e techno ont survécu (actuellement dénommées 4es et 3es agricoles). Ces classes restent le dernier lieu de « remédiation » scolaire, permettant de remettre en selle un certain nombre de jeunes partis à la dérive. Le public scolaire avec lequel j’évolue est donc un peu particulier, surtout dans les classes dites de collège. La différence s’estompe au niveau BEP, et plus encore au niveau BAC PRO. Père de 5 enfants, j’ai aussi une certaine expérience de l’enseignement dit général, de par l’observation de mes collègues, profs de mes enfants. D’ailleurs, il n’est pas toujours aisé d’être parent 11 d’élève, et prof ! On a vite fait de juger et de cataloguer nos collègues… Mais sommes-nous réellement impartiaux lorsqu’il s’agit de nos propres enfants ? J’ai donc tout naturellement été amené à prendre du recul, à réfléchir sur mes pratiques et celles de mes collègues, et sur leurs incidences auprès des jeunes. L’échec scolaire de tel ou tel élève m’a toujours perturbé, dérangé, laissé un sentiment d’inachevé. Cet échec est d’abord le mien, le nôtre en tant que communauté éducative. Où avons-nous donc échoué ? Cet ouvrage se propose de vous faire partager cette réflexion, et peut-être de vous entraîner avec moi sur ce merveilleux (et difficile) chemin de l’éducation. 12 1 Enseigner, c’est quoi ? Petit Larousse : Enseigner. v. tr. Faire acquérir la connaissance ou la pratique de (une science, un art, etc.) Il s’agit donc d’un mouvement, partant de l’enseignant, et allant vers l’élève. Bon, donc, on est enseignant parce que l’élève existe. Sans élève, pas d’enseignant. L’élève est la raison d’être de l’enseignant, il est logique qu’il soit le centre de son action. Avons-nous bien conscience de cet état de fait ? Bien évidemment, nous savons que notre existence est liée à la présence des élèves, mais cela se borne bien souvent à la simple existence de notre emploi, donc de notre salaire… C’est une composante certes importante du métier d’enseignant : pas d’élève, pas de prof ! Mais est-ce que l’essentiel de notre action est bien centré sur l’élève ? Est-il au cœur de nos préoccupations d’enseignant, ou bien vivons-nous sur notre lancée, avec un cours bien rôdé, un tantinet de 13 nombrilisme, des habitudes bien ancrées ? Après tout, « ils » n’ont qu’à suivre ! Nous recherchons, et c’est bien naturel, un certain bien-être. Techniquement parlant, on peut affirmer que du bien-être de l’élève, découle forcément le bien-être de l’enseignant. Pourtant, les médias s’en font de plus en plus souvent l’écho : les profs ont mal à leur ego. Nous avons du mal, nous souffrons, notre pédagogie est mise à mal, nous avons un vague sentiment d’échec, nous affrontons une violence toujours grandissante, nous nous sentons mal-aimés des élèves et des parents, mal reconnus et peu soutenus par notre hiérarchie… Bref, nous ne sommes pas heureux dans notre peau de prof. Et si l’on regardait l’élève : est-il bien dans sa peau d’élève ? Se sent-il aimé, reconnu, soutenu… ? Pas si sûr. Si l’on met face à face les deux, cela risque très probablement de mal se passer. La confrontation des deux mal-être ne peut que déboucher sur des incompréhensions, des tensions, voire des conflits. Notre tentation : soutenir que les élèves sont nuls, qu’ils ne sont pas motivés, que le niveau baisse, qu’ils ne travaillent pas, qu’ils sont trop agités, qu’ils sont trop mous… Tous les torts sont toujours du même côté. Et les élèves nous trouvent durs, trop exigeants, égoïstes, inattentifs à leurs problèmes, dans notre bulle, bref, trop éloignés d’eux pour que nous percevions leur existence même en tant qu’individu. Ils pensent (peut-être avec raison), que nous ne les identifions qu’en tant que classe, entité définie par un nom (les 4es roses par exemple), en oubliant trop souvent les individualités qui la composent. 14 Il est vrai quelquefois, et je l’ai expérimenté en qualité de parent, que certains enseignants ne connaissent pas leurs élèves, même au deuxième trimestre. Des excuses existent : le nombre de classes par enseignant, le nombre d’heures par semaine avec chaque classe. Toutefois, la volonté ou non de l’enseignant de nouer de vraies relations humaines avec ses élèves se voit souvent à cette occasion. L’élève n’est trop souvent qu’une ligne de notes sur une feuille. Sommes-nous capables de nous remettre en cause, nous, avec notre façon d’enseigner, notre pédagogie, nos attentes ? Sommes-nous capables de nous rendre compte que nos élèves changent, et que nous ne sommes même pas capables de nous adapter ? C’est la faute à la société, aux parents, au collège, il faut tout reprendre à zéro… Bref, la seule solution qui nous paraît évidente, c’est que les élèves s’adaptent à nous, et se remettent à notre niveau ! Échec assuré ! L’histoire est remplie d’exemples de ces technocrates, politiques… qui à force d’ignorer les changements, à force de s’enfermer dans leurs tours d’ivoire, ont fini par tout simplement disparaître, emportés par la vague du changement. Nos élèves changent, c’est vrai, et il convient de prendre cette réalité très au sérieux. Peut-être est-ce là le contrecoup de cette société très individualiste que nous sommes en train de bâtir, mais l’affectif prend de plus en plus d’importance pour les jeunes. Ils sont en manque d’affection, en manque d’amour. Et c’est très certainement là qu’est le levier qui va nous permettre de renouer un fil déjà bien fragilisé entre l’élève et l’enseignant. 15
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