Qui est-il ? - Page 1 - test Josette Marty Qui est-il ? Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-8121-0348-3 Dépôt légal : Octobre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 L’arrivée de Tomy Tomy était né en août pendant la canicule de l’été 2003, une naissance spontanée due à la chaleur exceptionnelle qui avait submergé l’Europe et qui avait causé tant de décès en France. Lui, arrivait dont ne sait où, à Paris à la station de métro de Bercy, probablement d’une mystérieuse transformation chimique, il apparaissait dans un monde dont il ignorait tout. Il avait 20 ans. D’abord effrayé par ces géants qui circulaient autour de lui, il avait passé plusieurs jours à les observer et avait conclu qu’en prenant quelques précautions ils n’étaient pas dangereux. A la vérité, Tomy ignorait à ce moment-là qu’il était parfaitement invisible à leurs yeux. Il s’en était rendu compte quand il avait osé s’aventurer sur les quais et qu’on lui marchait dessus sans vergogne. Il poussait des cris d’effroi mais sans douleur car il était totalement élastique et pouvait s’allonger, s’étirer, s’aplatir, se réduire en un fil sans la moindre difficulté. Personne ne le voyait, personne ne l’entendait. 7 Il entrait dans le monde des humains et découvrait leur invraisemblable morphologie : Pourquoi étaientils si hauts ? Pourquoi avaient-ils des bras et des jambes si longs ? A quoi cela leur servait-il ? Il s’était vu pour la première fois dans une vitrine de publicité qui touchait terre et avait découvert avec stupeur sa petite taille, 20 cm de haut ! Un corps menu, une tête ronde aux yeux bleus très mobiles, élargis par la surprise, une peau claire, sans poils, pas de cheveux, une expression bienveillante ; pour tout vêtement une combinaison bleu fluo et aux pieds des bottines dorées. Un curieux bonnet vert à pois carrés bleus couvrait son crâne lisse et ses oreilles. Un moment interloqué, il avait décidé d’aller plus avant dans la connaissance de lui-même et des humains qui l’entouraient car il ne savait pas encore que son cerveau était prodigieux, que son appétit de savoir était sans limites et qu’il assimilait à la vitesse de la lumière. Les rames du métro qui se succédaient l’avaient d’abord effrayé ; un monstre arrivait toutes les cinq minutes dans un vacarme qui lui vrillait les oreilles, ce monstre vomissait les géants et en avalait d’autres mais ce n’était jamais une tragédie, ils n’avaient pas l’air de souffrir. Tomy avait résisté à la tentation de s’embarquer dans un wagon pour savoir où ils allaient mais tout était tellement nouveau ! L’inconnu l’effrayait. Il attendait le moment où il s’enhardirait pour emprunter ce moyen de locomotion. Les premiers jours, il s’était donc borné à observer les géants ; il avait remarqué qu’ils étaient beaucoup plus nombreux le matin et le soir et qu’à ces moments-là il fallait prendre des précautions pour se déplacer. 8 Il était devenu d’une souplesse remarquable. Il sautait d’une chaussure sur une autre en se cramponnant aux lacets et l’abandonnait au pied d’un escalator. Il avait devant lui une profusion de pieds et de talons qui claquaient sur le sol. Les talons aiguilles le fascinaient ; c’était un véritable jeu d’esquive pour éviter d’être percé de part en part. La première fois, il s’était accroché sur le haut de la tige mais les enjambées et le martèlement étaient tels qu’il s’était laissé choir complètement étourdi au pied d’un escalator. Il se promettait de renouveler l’expérience en montant plus haut le long de la jambe et plus haut encore pour choisir un poste d’observation plus confortable, il éviterait aussi les odeurs qui l’incommodaient. A présent, il jouait avec les talons aiguilles, il s’amusait à traverser la partie évidée du talon sans se faire coincer. Le jeu l’excitait, il y avait le risque permanent de se faire empaler mais il était d’une habileté surprenante et sa petite taille lui permettait toutes les audaces. Un matin, il vit arriver un étrange véhicule, silencieux, sur quatre roues, poussé par une créature qu’il trouva fort jolie bien qu’il n’ait pas encore beaucoup d’expérience en la matière ; il essaya d’établir un lien avec le métro mais sur le moment il n’en vit aucun. D’un bond, il atterrit sur le marchepied du petit véhicule puis grimpa prestement sur la tablette fixée au-dessus et se trouva nez à nez avec un adorable bambin qui gazouillait et ne semblait pas impressionné par les lieux. Le lutin resta perplexe mais comme il comprenait très vite, il déduisit que c’était un petit d’homme qui ne lui marcherait pas dessus. Il se promit d’étudier cette étrange créature en des temps plus opportuns. Quelle 9 ne fut pas sa stupéfaction quand il vit la poussette entrer dans le ventre du wagon ! Le métro l’intriguait de plus en plus. Il passa ses premières nuits, tapi dans un coin de la station où il ne risquait rien ; il avait besoin de peu de sommeil ; l’oxygène de l’air, même raréfié lui suffisait pour vivre. Les scènes auxquelles il assistait et dont il se gavait depuis sa venue au monde nourrissaient son cerveau qui avait un perpétuel besoin d’images pour s’alimenter. Tel un ordinateur, ce dernier les classait par catégories selon l’impression qu’elles lui produisaient, douces, amusantes, émouvantes ou stressantes et qui lui laissaient une impression durable. Tomy créait à son insu de nouvelles plages dans son cerveau : il n’était qu’une boule de sensibilité qui absorbait toutes les émotions. Un matin, il fut attiré par un son agréable qui provenait du bout du quai ; il s’approcha et vit un homme qui tirait des sons mélodieux à l’aide d’une baguette frottée sur des cordes. Le rythme était très vif, c’était une danse hongroise de Brahms et Tomy s’enferma dans la musique ; il se mit à danser, virevolter, s’élevait dans les airs pour ne pas se faire piétiner. La musique l’enivrait ; puis, emporté par son élan et oubliant toute prudence, il bondit à travers le quai au milieu de la foule indifférente qui ne pouvait le voir. Soudain tout s’arrêta et il retomba, étourdi sur le sol. Il ne pouvait définir ce qu’il venait de ressentir mais il savait d’instinct que cela lui procurait un immense plaisir. Décidément ces hommes n’avaient pas fini de l’étonner. 10 Tomy s’habituait peu à peu à la foule et au bruit ; il connaissait par cœur cette station de métro. Un aprèsmidi où il y avait peu de monde, il remarqua un individu couché par terre, recroquevillé sur des cartons. Il s’approcha, la position couchée l’intriguait, jusqu’à présent les hommes étaient debout. L’individu s’ébroua, s’assit ; Tomy distinguait à peine son visage mangé par une longue barbe épaisse et couronné d’une chevelure frisée ; il épiait les moindres gestes de l’homme. Ce dernier sortit de sa veste une bouteille qu’il posa sur le sol mais déséquilibrée par l’épaisseur du carton elle tomba et se mit à rouler vers le quai sans qu’il ait pu la retenir. En une seconde Tomy réalisa que la bouteille allait se fracasser en contrebas, sur la voie ; instinctivement, par la seule force de sa pensée, il stoppa la bouteille dans sa course et la fit rouler en sens inverse vers l’homme. Personne n’avait vu la scène ; le vieillard au cerveau embrumé ne se rendit pas compte du phénomène ; lentement, il but le contenu de la bouteille et se recoucha dans ses cartons. Tomy avait observé la scène, étonné par le comportement de ce géant différent des autres. Puis comme plus rien ne bougeait autour de lui, il attendit l’arrivée d’une rame, bien décidé à partir à l’aventure. Quand la rame se fut immobilisée, il sauta dans le wagon ouvert en face de lui. Il n’était pas du tout rassuré. A peine eut-il le temps de regarder autour de lui que les portes s’ouvrirent à nouveau. Il jugea plus prudent de sortir. Il se trouvait à la station Cour St Emilion, il se dirigea vers l’escalator. Ce long serpent montait tranquillement vers les hauteurs. Tomy se sentait prêt à tenter l’aventure. Il sauta sur la première marche puis effrayé par sa propre audace, il retomba 11 sur le sol. Avec prudence, il répéta plusieurs fois l’opération et réalisa qu’il n’y avait aucun danger particulier ; à la cinquième tentative, il se laissa porter par l’escalator qui le conduisit à l’étage supérieur ; il se retrouva propulsé brutalement sur le sol car il ne pouvait pas encore anticiper la dernière marche. Il fut accueilli par un courant d’air violent qui provenait de la sortie et le projeta en arrière. Il eut juste le temps d’apercevoir la lumière du jour qui éclairait un autre escalator montant encore plus haut. Il jugea que l’aventure était périlleuse et que c’était suffisant pour la journée. Il avait osé emprunter l’escalier roulant et sa hardiesse le comblait d’aise. Mais il valait mieux redescendre et retrouver le décor familier de ces derniers jours. Il emprunta l’escalier fixe, sa petite taille aurait pu lui causer des problèmes devant les obstacles – la hauteur d’une marche était une montagne pour lui. – mais cela devenait un jeu et il les contournait facilement en s’élevant dans les airs. Il était 18h30 et le monde commençait à affluer ; de nouveau, il entendit la musique du jour précédent. Un bonheur immense l’envahit et il se mit à danser, tournoyer, virevolter au-dessus de la foule. Il se coulait entre les voyageurs, les évitait, les enlaçait, entièrement possédé par la musique. La danse fut plus longue que la veille. Imperturbables, les géants se dirigeaient vers les portes du métro et Tomy aurait voulu être visible pour partager sa joie avec eux. La musique cessa, la danse aussi ; le lutin reprit ses observations. Demain, il faudrait aller plus loin voir ce qui se passait à l’extérieur, là où il avait aperçu une lumière qu’il ne connaissait pas. La chaleur qui abrutissait les hommes ne semblait pas affecter Tomy ; en effet, il était doté d’un 12 thermostat chimique qui lui permettait de s’acclimater parfaitement à toutes les températures. Il arriva donc allègrement à l’air libre à 3 h de l’après-midi au moment où la France succombait sous la chaleur. Sa première vision fut le parc de Bercy ; des canards barbotaient sur une pièce d’eau ; Tomy s’élança dans les airs et atterrit sur le dos d’un volatile qui nageait tranquillement. Comme il trouvait qu’il n’avançait pas assez vite, il lui pinça le dos. Affolé, le canard s’élança au-dessus de l’eau en battant des ailes. Le lutin s’accrocha aux plumes de toutes ses forces en continuant à pincer le canard qui fit trois fois le tour du petit lac. Tomy qui avait failli perdre son bonnet riait aux éclats et se réjouissait de cette première aventure terrestre. Puis il abandonna le volatile. Il fit le tour du parc, il n’y avait presque personne. Il s’aventura à l’extérieur et faillit paniquer à la vue des bolides qui sillonnaient les rues. Il avait un esprit d’observation très vif. Il s’était réfugié sur un poteau de feux de signalisation, là où il savait qu’il était hors de danger. Il se rendait compte que ces bolides n’étaient pas dangereux pour les humains. Ils s’arrêtaient ou roulaient dès que les feux changeaient de couleur. Il attendit un petit moment pour repérer la fréquence des couleurs rouge, vert et orange et en conclut qu’elles étaient parfaitement réglées dans un ordre chronologique. Il se trouvait au carrefour du pont de Bercy et du quai de la Rapée. Une pensée jaillit dans son cerveau. Il avait beaucoup de temps devant lui, il pouvait donc envisager toutes sortes d’expériences. Il se glissa dans le boîtier et bloqua le feu vert pour le passage des voitures. Les piétons s’agglutinaient au bord du trottoir des deux côtés du pont ; des invectives 13 commençaient à jaillir. On s’impatientait, on piaffait, certains tentaient de traverser devant les voitures qui klaxonnaient ou freinaient brutalement. Le conducteur, furieux, injuriait le piéton qui avait pris ce risque sur une voie à grande circulation. Sur son perchoir, Tomy observait la pagaille, il était assis à cheval sur le couvercle des feux et se délectait du spectacle qu’il avait provoqué sous ses yeux. Il n’y avait aucune méchanceté de sa part, ce n’était qu’un jeu très amusant, de l’espièglerie à l’état pur. Puis il bloqua le feu rouge. Au bout de quelques minutes, ce fut un concert de klaxons. Les conducteurs s’impatientaient ; l’un d’eux bloqué en première ligne sortit de son véhicule pour actionner les feux manuellement. Rien n’y fit. Aucun agent de police dans le secteur pour régler la circulation. Une maman traversa au milieu des voitures bloquées, son jeune enfant accroché à elle, un vieux monsieur tenta d’en faire autant mais recula bien vite, effrayé par sa propre audace. Tomy riait aux éclats, il s’amusait comme un fou. La plaisanterie durait depuis dix minutes lorsqu’il vit arriver une voiture de dépannage. Quand il se trouva nez à nez avec un technicien juché sur une grue, il pensa qu’il était temps de rétablir l’ordre des feux et une circulation fluide. Le technicien fit son rapport : tout était normal. Un bref commentaire dans le journal télévisé du soir rapportait cette panne qui avait bloqué la circulation à ce carrefour. La technologie avait ses limites. Les experts se perdaient en conjectures. Il quitta les lieux, avide de connaître ce monde étrange et de faire d’autres découvertes. Il prit son 14
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