Les larmes de Saint Michel tome 2 - Page 1 - Farès Fisli Les larmes de Saint-Michel Tome II L’infortuné roi de France Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-917135-196-1 Dépôt légal : Mai 2008 4 Du même auteur aux éditions Aparis Collection Coup de Cœur Editeur Indépendant Les larmes de Saint Michel Tome 1 Le temps des peines 6 Je tiens à remercier ma compagne pour sa patience et son soutien. Merci à Pierre Naudin pour la passion qu’il a su m’inspirer, et sans le savoir, enseigner. Merci à Nadira Monany pour son travail de correction et de relecture de mes deux tomes. 7 SOMMAIRE Introduction ........................................................... PREMIÈRE PARTIE LA REINE BLANCHE I.............................................................................. II ............................................................................ III ........................................................................... IV........................................................................... DEUXIÈME PARTIE LE GUE DE LA BLANCHE TACHE I.............................................................................. II ............................................................................ III ........................................................................... TROISIÈME PARTIE L’HUMILIATION DES LYS I.............................................................................. II ............................................................................ III ........................................................................... IV........................................................................... 167 183 195 215 99 115 125 21 35 57 79 11 9 Annexe I Quelques grands nobles morts à Crécy....................... 271 Annexe II Henri, baron de Sassenage, seigneur de Pont-En-Royans....................................... 273 Annexe III Humbert et Marie de Baux .................. 275 Annexe IV Mort d’André....................................... 277 Notes de l’Auteur ................................................... 279 Bibliographie.......................................................... 281 10 INTRODUCTION Depuis son débarquement dans le Cotentin, le 12 juillet de l’an 1346, Edouard III d’Angleterre reste introuvable mais laisse sur son passage une triste image de son armée. Humbert, le dauphin du pays viennois, arrivé à Paris dans la première quinzaine de juillet pour soutenir une couronne chancelante et après une âpre poursuite sur les bords de la Seine qui s’est achevée par une sanglante déroute des chevaliers aux lys, perd de vue l’ost féodal de son futur souverain. Séparé, proche de Poissy, consumé par un mal incurable fait de cauchemars et de mystérieuses apparitions, Humbert tente de rattraper Philippe VI qui poursuit son sanglant cousin d’Angleterre. Pendant ce temps, alors que l’on attend avec impatience la venue d’Amédée de Savoie qui tarde à se joindre au conflit, que le duc Jean de Normandie tarde à faire plier la puissante cité d’Aiguillon, immobilisant du même coup cent mille hommes, les Flamands se jettent aux frontières du royaume et marchent pour soutenir la cause d’Edouard III. Ruiné, embourbé dans des discussions sans fin sur le transport de sa terre à la couronne de France, harcelé par des songes dont il ne parvient pas à deviner l’issue, Humbert se prépare pour la grande mêlée qui, il le sait, aura lieu dans un jour très prochain. 11 De déconvenue en déconvenue, de poursuites qui tournaient à la dérision, Philippe VI de Valois avait remis son armada à la poursuite des Anglois. La triste nouvelle de la défaite du pont de Poissy avait parcouru les berges de la Seine, se répandant comme une traînée de poudre, jusque dans les rues de la capitale angoissée. On recevait de fréquentes informations par l’avant-garde, qui passant de ville en village, constatait l’étendue des dégâts. Edouard III et son herpaille 1 se répandaient dans le plat pays du Beauvaisis, arsant 2 , ravageant bourgs et hameaux, fuyant sans vergogne un royaume qu’ils ne pouvaient conquérir. À défaut, ils allaient le faire souffrir, lui et son peuple de Franklins 3 . Plus loin derrière cette horde – commandée sans doute par Belzébuth – à quelques lieues de Noailles, Philippe VI, Jean de Bohème et plusieurs milliers de seigneurs, trottaient croupe contre croupe, sous un océan de bannières colorées, hérissé d’une multitude de hampes où flottaient les étendards et gonfanons. Les comtes de Blois, de Salebruche, d’Auxerre, de Sancerre, le sire de Hainaut accompagné du duc de Lorraine et du baron de Coucy, avançaient au pas derrière les deux rois. D’autres encore, Montmorency, Charles de Valois, Henri IV de Vaudémont, 1. Troupe de coquins. 2. Brûlant. 3. C’est comme cela que les Anglois appelaient les Français. 15 Louis vicomte de Thouars, son frère, le comte de Dannemarie. Tout le monde était au rendez-vous, hardi, chacun apportait ses lances : certaines très nombreuses 4 . Les plaines du Beauvaisis regorgeaient de chevaux, de chariots, d’hommes d’arme venus de tous les coins d’Europe alliés à la France. Navarre, Castille, Dauphiné, Rouannais, Lyonnais, Allemagne, langue d’oc, Italie et d’autres… Une colonne de fer, de bois et de chair, déferlait sur l’herbe jaune, foulant les champs en jachère que quelques vilains apeurés délaissaient. – Quelle belle armée nous avons là, mon parent, lança Philippe VI à Jean de Bohème en frottant son grand nez. – Par Saint Michel ! Je n’ai jamais commandé une telle force, répondit Jean l’aveugle. Notre victoire sera totale. Il y a des jours où je rends grâce à Dieu de m’avoir mis au monde. Quel dommage que je ne puisse mirer cela… Souriant, le Valois sortit des rangs et s’immobilisa sur une butte d’où il pouvait dominer toute son armée. Mais à y songer, appréciait-il le langage de son puissant allié, qui pensait être l’un des maîtres de l’ost ? Comme pour affirmer son autorité – que son cousin d’Angleterre bafouait depuis plus de trente jours – Philippe, superbe dans ses écailles de fer, salua les vingt mille roncins recouverts d’acier qui passèrent devant lui. Derrière eux, quinze mille arbalétriers génois, arbalète et carquois 5 plein de carreaux sur l’épaule, les suivaient dans un voile de poussière. L’ordre semblait régner dans leur rang, malgré quelques retardataires affaiblis, qui traînaient dans la terre sèche du chemin, leur pavois 6 de protection grand comme un homme. À leur suite, colonne distendue, éparse, les piétons. Cinquante mille hommes à pieds se déplaçaient 4. lance : au moins dix cavaliers et dix hommes. 5. Sorte de sac où l’on rangeait les flèches. 6. Grand et lourd bouclier des arbalétriers. 16 dans le désordre le plus total. Armés de fourches, haches, fauchards, guisarmes, ils essayaient tant bien que mal de suivre l’allure décidée par la noblesse en selle. Des cavaliers remontaient la colonne et surveillaient les éventuels déserteurs, qu’ils passaient au fil de l’épée. Las de ce spectacle qui lui paraissait indigne, comme s’il réprouvait de voir la ribaudaille 7 dans son armée, le roi éperonna son Roland et s’en alla rejoindre la tête de son ost. – Mon frère ! lui demanda Alençon quand il eut rejoint les rangs, nos sommiers, 8 nous suivent-ils ? – Nenni, mon parent, l’empereur est loin derrière avec ses Allemands. Nos chariots les talonnent, il me semble. – J’espère que le comte de Flandre et le prince de Viennois nous rejoindront bientôt, il me tarde de les revoir. Le chemin s’étira dans une nature vallonnée, peuplée d’arbres aux feuilles jaunies, au sol terreux et sec où s’élevaient malgré tout, ça et là, des boqueteaux couronnés de fleurs vives. Les piétons chantaient de leur voix rauque, qui s’étiolait au détour d’une colline, pour reprendre leur souffle à l’orée de la suivante, avant de disparaître à nouveau. La ville de Noailles se dessina au loin, enfermée dans ses murailles noires, aux hautes tours coniques coiffées d’ardoises. Le sommet d’un beffroi s’élevait dans un des rares voiles neigeux du ciel, rapidement dispersé par une bise venue du Nord. Ils passèrent à proximité de la ville sans s’y attarder, car elle avait résisté aux envahisseurs et pouvait revivre quiètement, les Anglois marchaient vers le Nord sans se retourner, traqués qu’ils étaient par cent mille pieds ferrés. 7. Troupe de soldats mal équipés, mal armés 8. Transportant le nécessaire d’une armée en campagne. 17
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