Pour l'amour d'Emma - Page 1 - test Leslie Cusset Pour l’amour d’Emma « Il est aussi facile de rêver un livre qu’il est difficile de le faire » Honoré de Balzac Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1888-3 Dépôt légal : Novembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Comme à son habitude, Emma sortit faire son jogging en compagnie de Vénus, son rottweiler âgé de 9 mois. C’était son rituel tous les dimanches matin, un besoin de se défouler, de ne plus penser à rien : faire le vide total. C’était une belle journée qui s’annonçait, le soleil était présent, les oiseaux chantaient à tue-tête. Emma prit le chemin habituel ; tout en courant, son esprit vagabondait sur sa semaine écoulée. Ses journées étaient épuisantes. L’ambiance au bureau empirait un peu plus chaque jour. Elle était fière de sa promotion, responsable d’une petite équipe de trois personnes avec qui tout se passait bien, que demander de plus ? Mais le bilan de ces derniers mois lui donnait plutôt l’envie de fuir cette structure où tout était désorganisé, toujours dans l’attente d’information et de travailler toujours la veille pour le lendemain. Plus le temps de penser en somme, trop de commandes à traiter. Le week-end se faisait donc désirer très fortement chaque fin de semaine. Pour couronner le tout, sa sœur lui mettait la pression sur sa vie sentimentale. Annie trouvait inconcevable l’idée que sa petite sœur n’ait toujours pas rencontré l’âme sœur à 28 ans. Sa carrière maintenant bien entamée ne pouvait pas l’empêcher de faire des rencontres. 9 Emma en avait conscience, que sa carrière était lancée – styliste en chef comme elle l’avait toujours souhaité. Mais les heures qu’elle effectuait ne lui permettaient pas d’avoir du temps libre, et le week-end arrivant, elle essayait de se reposer et de voir les amies et la famille qu’elle négligeait un peu trop souvent. Il fallait faire un choix, et le sien s’était porté sur sa carrière. Tant pis si Annie ne cautionnait pas cela, mais pour elle, c’était son unique soupape. Au fond d’elle-même, elle savait qu’elle n’était pas prête ni à entamer une histoire d’amour, ni à fonder une famille comme sa sœur. L’amour l’avait déçue, son premier amour plus exactement l’avait déçue. Penser qu’une histoire d’amour pouvait durer toute une vie n’était que des rêves pour petites filles. Malheureusement, elle avait fait partie de ces petites filles qui pensaient, qui croyaient ou bien même qui espéraient que l’amour était beau, indestructible, loyal et éternel. Mais hélas ! la vie n’est pas comme dans les contes de fée, surtout lorsque vous apprenez que votre fiancé qui souhaitait vivement être votre époux et père de vos enfants vous trompait depuis un an avec votre pire cauchemar. Là, c’est sûr, la douche ne peut être que glacée !! Mais bon, tout ça était derrière elle maintenant, et seule sa carrière de styliste comptait à ses yeux. En effet, pour être connue des plus grands et faire partie des défilés des grands couturiers, elle avait du pain sur la planche. De retour chez elle, elle vit un message sur son répondeur. C’était Annie ! Le contraire l’aurait étonnée. Sa sœur avait la fâcheuse tendance de l’appeler tous les dimanches à 11 h 30. Elle décida de la rappeler avant de prendre sa douche. Tout en 10 composant le numéro, elle savait pertinemment quel type de conversation elle allait avoir avec elle. – Bonjour, c’est Emma ! C’est toi Harry ? – Oui, comment va ma belle-sœur préférée ? – Je vais bien, mais je te rappelle que tu n’as qu’une belle-sœur, donc je ne peux être que ta préférée !! – C’est vrai ! Tu as fini ton jogging ? – Oui. D’ailleurs j’ai un peu traîné et j’ai vu que ma charmante sœur avait au moins appelé trois fois, dit-elle avec une voix ironique. – Tu la connais, hein ! Fidèle à elle-même. Je vais te la passer, car depuis qu’elle sait que c’est toi, il m’est difficile de garder le téléphone. Passe une bonne fin de journée et à bientôt ! – Merci, toi aussi, Harry, embrasse les garçons pour moi. – Je n’y manquerai pas. Pendant un court instant, elle entendit sa sœur faire ses recommandations à Harry, pour leur déjeuner, puis elle prit à son tour le téléphone. – Alors toi ! Où étais-tu passée ? – Je courais comme à mon habitude tous les dimanches matin de 9 h à 11 h 30, tu le sais bien depuis le temps ??? – Oui, mais tu n’étais pas à l’heure, et tu me connais avec mes crises d’angoisse ! – Tu exagères un peu tout de même, je n’ai qu’un quart d’heure de retard tout au plus. D’après ton message, tu avais quelque chose d’important à me dire et je ne pense pas que ce soit à cause de mon 11 quart d’heure de retard que tu m’appelais. Je t’écoute, qu’y a-t-il encore ? – Ne prends pas cet air-là avec moi, s’il te plaît, Emma. Emma ne répondit pas, quand sa sœur lui laissait ce genre de message, cela signifiait une fois sur deux qu’elle avait encore trouvé quelque chose à manigancer contre ou pour elle. Mais pour Emma cela revenait au même. – Je t’ai appelée pour savoir si tu étais libre vendredi soir, car… – Je t’arrête tout de suite. Si c’est pour un dîner en tête-à-tête avec « Tartempion », je n’irai pas ! – Tu pourrais me laisser finir, s’il te plaît !! Vendredi, Harry a une soirée dans le cadre de son travail. Il peut venir accompagné et en nombre illimité. Bien sûr, dans la limite du raisonnable. Donc, je me suis dit que nous pourrions l’accompagner. Comme ça, il pourrait vaquer à ses occupations et moi je ne serais pas toute seule. Nous aurions éventuellement tout le loisir de repérer un beau jeune homme pour toi. – Je vois ! Et je présume que je n’ai pas le choix ? – On a toujours le choix, ma petite ! Mais je sais pertinemment que tu n’as rien de prévu et que ça te ferait du bien de rencontrer d’autres personnes. – Tu souhaites avoir une réponse pour quand ? – Maintenant, pardi !!! Annie exagérait, mais connaissait bien aussi sa petite sœur. Pour décider Emma, il ne fallait jamais lui laisser trop de temps à la réflexion, car elle avait toujours des côtés négatifs à exposer et pour la convaincre du contraire, c’était toujours laborieux. 12 – Entendu, je viendrai ! Je te préviens, ne cherche pas à gâcher la soirée ! Je n’apprécierai pas que tu joues les entremetteuses !! – J’essaierai de rester à ma place, mais si je m’aperçois que tu loupes une occasion, crois-moi, je te le ferai savoir !! Et cela va de soi que ta plus belle robe sera de sortie également. Je te dis à vendredi soir. – O.K., de toute façon je t’aurai au téléphone avant, n’est-ce pas ? Bon dimanche à vous ! – Merci ! À toi aussi, tu as un gros bisou de la part de tes neveux. – Moi aussi, je les embrasse, salut ! Puis Emma raccrocha. Elle se dirigea vers sa salle de bains et décida finalement de prendre un grand bain. * * * La semaine passa relativement vite. Emma eut encore beaucoup de travail. En effet, elle était sur une robe très sophistiquée pour une cliente particulièrement pointilleuse qui titillait sur le moindre détail. Cette robe était conçue dans un tissu très fin importé de Chine et devait être manipulée précautionneusement. Mais ce qui mettait Emma dans tous ses états, c’était que cette robe allait être vue au cours d’une soirée caritative au profit des pays pauvres, et que cette cliente en question savait s’entourer des bonnes personnes et assistait toujours à des soirées mondaines. C’était encore une fois une opportunité pour se faire connaître qui s’ouvrait à elle. 13 Tout en confectionnant la robe, elle se souvint qu’elle aussi devait trouver une tenue pour demain soir. Elle ne savait vraiment pas ce qu’elle porterait et surtout elle n’avait aucune envie de participer à cette soirée. Elle ne connaissait personne à part sa sœur et son beau-frère, et pour couronner le tout, Annie s’arrangerait pour encore lui filer un homme entre les pattes. Elle verrait bien, elle avait confirmé sa présence hier à Annie. Elle ne pouvait pas lui faire faux bond. La soirée fut particulièrement douce, les beaux jours arrivaient. C’était agréable. Annie poussa la porte de la chambre de ses fils après leur avoir souhaité une bonne nuit. Elle retrouva ensuite son mari après avoir vérifié que tout était éteint et la porte verrouillée. – Ça y est ? Tu as mis les garçons au lit ? demanda Harry. – Oui, il était temps, ils sont trop agités en ce moment. Ils se défoulent pourtant beaucoup à l’école et le soir ils arrivent encore à avoir la force de tout chambouler à la maison, dit Annie sur un ton fatigué. – C’est l’âge, s’ils ne bougeaient pas, tu serais inquiète ! – Oui, je reconnais, mais un peu de calme ne m’aurait pas fait de mal après une journée de boulot comme celle que j’ai eue. Annie enleva sa robe de chambre et se coucha près de son époux. Harry, son premier amour, et l’unique homme de sa vie. Ils s’étaient connus sur les bancs de l’école, puis chacun avait pris une orientation différente jusqu’à leurs retrouvailles, il y a dix ans de cela par un heureux hasard. Il faut avouer qu’au début, ils ne se supportaient pas. Elle toujours trop speed et lui toujours avec l’allure de quelqu’un qui ne 14 s’en fait pas toute une montagne pour un oui ou pour un non. Et puis, Harry sortait avec la plus belle de la classe. Et ça, Annie, au fond d’elle-même, ne l’avait jamais supporté. Mais elle ne le lui aurait jamais dit à l’époque. Trop fière pour cela !! Aujourd’hui, ils étaient mariés, avaient des jumeaux de sept ans et étaient heureux. – Dis-moi, Annie, pour demain soir, tu as donné rendez-vous à Emma ici, ou on passe la récupérer chez elle ? – Je lui ai dit qu’on passerait la prendre pour dixneuf heures trente. Je ne me suis pas trompée ? – Non, non, c’est très bien, dix-neuf heures trente ! dit-il en bâillant. – Au fait, je compte sur toi pour nous présenter tous les meilleurs partis de ton entourage professionnel ! – Tu vas arrêter avec ça. Tu embarrasses Emma plus qu’autre chose avec cette envie agaçante de la caser. Elle est majeure. Si elle souhaite rencontrer quelqu’un, elle le fera toute seule, elle n’a pas besoin de toi ! Je te le garantis. – Elle a besoin d’un coup de pouce et de plus je suis sa sœur aînée, je dois prendre soin d’elle, lui répondit-elle sèchement. – Je pense qu’elle se passerait bien de tes services. Tout ce que je te demande, c’est de ne pas attirer tous les regards sur vous et me mettre en porte-à-faux. – Ne t’inquiètes pas chéri, je contrôle parfaitement la situation. – C’est bien cela qui me fait peur !! Si je peux tout de même une dernière fois te dire ce que j’en pense, même si tu n’écoutes que d’une oreille, laisse-la 15 tranquille, Emma n’appréciera que mieux que tu la laisses respirer et vivre sa vie comme elle l’entend. – Tu as peut-être raison, mais c’est plus fort que moi ! Pour fermer la parenthèse, est-ce que mon petit mari souhaiterait câliner son épouse adorée ??? – Tu ne me le diras pas deux fois !! * * * Le vendredi soir arriva, il était dix-neuf heures trente tapantes. Emma était prête. Comme Annie le lui avait conseillé, elle avait sorti sa plus belle robe de soirée. Emma avait choisi de porter la première robe qu’elle avait confectionnée au tout début de sa carrière. Elle était noire, ouverte à mi-dos, un joli décolleté, pas trop osé, mais juste pour mettre en valeur ses formes. Cette robe très près du corps tombait en biais sur ses grandes jambes. Emma était une très jolie jeune femme, elle avait les cheveux mi-longs, bruns, de jolis yeux verts et une silhouette dont toute femme pouvait rêver. C’est vrai, la nature l’avait bien gâtée. La sonnette retentit, ça devait sûrement être Annie. Il était dix-neuf heures quarante. Elle vérifia que tout était éteint et sortit. – Bonsoir, ma belle ! On ne t’a pas trop fait attendre, j’espère !! lui demanda Annie. – Non, ça va, je finissais les quelques retouches de mon maquillage ! – Mais tu sais bien qu’avec ou sans maquillage, tu es toujours très jolie. D’ailleurs de nous deux, c’est 16
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