Random, par Harold Aliouche - Page 3 - Harry, Claude, Maurice, Saïd, Mylène et d'autres encore. Ils sont étudiant, médecin, ouvrier, artiste, sans emploi... Tous ces hommes et femmes ont un point commun: ils ont été frappés par de mystérieux rayons lumineux. Ils en sortiront changés à jamais Harold S. ALIOUCHE Random Roman Éditions ÉDILIVRE Collection Coup de Coeur 75008 Paris – 2008 2 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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A la mémoire de Rémi A Emmanuelle, ma famille, mes amis: mon équilibre CHAPITRE I From dusk till dawn Clermont-Ferrand était enveloppé dans la grisaille en cette fin de journée de janvier, le 13 janvier en fait. L’hiver n’était pas trop rude mais paradoxalement, le soleil semblait avoir déserté son système pour la durée de la saison. Aucun rayon n’avait réussi à percer l’obscurité de ce ciel compact et imperméable. Le temps jouait d’ordinaire sur l’humeur d’Harold « Harry » Berthéol, étudiant en maîtrise à la faculté de droit de ClermontFerrand, mais pas ce soir. Il était trop soulagé d’avoir enfin achevé sa journée de cours. Le jeudi était éprouvant, huit heures à écouter palabrer des professeurs (dits maîtres de conférence) qui, s’ils étaient compétents dans leur domaine, n’en avaient pas moins du mal à faire passer leur savoir sans susciter quelques bâillements. Les cours étaient finis, Harry rentrait chez lui d’un pas pressé, vif et régulier. Il ne prêta donc aucune attention à la minuscule lueur qui semblait se situer à la verticale de sa chambre d’étudiant au 45 Avenue Léon Blum. Il ne savait pas encore que les événements de ce soir allaient radicalement changer sa vie ; brusque et étrange revirement. 23 heures, le film du jeudi soir tirait à sa fin. Il faisait nuit depuis déjà quelques heures et Harry décida de mettre un point final à cette journée en s’abandonnant à la chaleur réconfortante de sa couette, il éteignit sa lampe de chevet. Le volet gauche de sa chambre n’était jamais fermé, seul celui au-dessus de son lit était clos, la pièce n’était donc jamais totalement dans un noir complet mais ce soir-là, elle semblait beaucoup plus éclairée qu’à l’accoutumée. Et ce n’était pas qu’une impression. Cet excès de luminosité, trop intense pour provenir du lampadaire qui jouxtait la fenêtre intrigua Harry et quand la luminosité redoubla de vigueur, inondant l’espace d’une extrême clarté, la curiosité se mua très rapidement en angoisse. Il faisait de plus en plus clair, au rythme implacable d’un métronome. Dans le ciel, la lueur lointaine se rapprochait et c’était maintenant un rayon flamboyant qui descendait inexorablement sur le 45 Avenue Léon Blum. L’impact parut inéluctable pour le promeneur nocturne du boulevard situé perpendiculairement à l’avenue Léon Blum qui, partagé entre la peur et la fascination, observait la scène avec impuissance. Lui seul pourra témoigner qu’entre l’impact du rayon et l’explosion qui en résulta, il s’écoula à peine une minute. Le fracas de l’explosion réveilla le quartier, on entendit la détonation de Jaude jusqu’à Aubière. Les pompiers arrivèrent rapidement sur les lieux. La vision d’apocalypse qui s’offrait à leurs yeux leur laisserait un macabre et indélébile souvenir. La maison avait été totalement soufflée, les flammes dansaient sur les demeures aux alentours et la fumée qui s’en dégageait était d’une rare opacité. La vieille bâtisse du 45 abritait d’ordinaire deux familles de quatre personnes. Les enfants avaient entre 2 et 10 ans. Deux chambres individuelles étaient occupées par des étudiants. Voilà les informations que les pompiers glanèrent auprès des voisins affolés. Les pompiers parvinrent à juguler rapidement la propagation de l’incendie sur les maisons voisines, évitant qu’il ne fasse des victimes supplémentaires. En revanche, l’espoir de trouver des rescapés au 45 était nul. Même l’espoir de trouver leurs corps était infime au jugé de la chaleur intense qui avait dû être dégagée pendant l’explosion. Tout ce qui n’avait pas été désintégré était fondu. Presque tout. Une ombre à peine perceptible, voilée par la fumée, émergea de cette fournaise, de ce tombeau ardent. Une silhouette se dessina. Celle d’une personne courbée par la douleur, avançant péniblement parmi les ruines brûlantes de la bâtisse martyre. C’était un jeune homme sorti tout droit des enfers. Véritablement un miraculé. Un pompier se précipita à son secours. Le jeune homme s’effondra dans ses bras. On le conduisit rapidement au CHU. L’ambulance quitta les lieux, la sirène hurlant frénétiquement. Le jeune survivant fut examiné pendant le trajet. La première chose qui surprit les pompiers fut qu’il n’avait pas l’ombre d’une égratignure. Il était néanmoins inconscient comme si c’était son esprit et non son corps qui avait été meurtri par l’explosion. L’un des pompiers le fouilla dans l’espoir de mettre un nom sur le visage de ce miraculé, en vain. Mais le jeune homme eut une réaction imprévue. Lors de la fouille, ses paupières s’entrouvrirent et un crépitement d’énergie s’échappa de ses yeux, comme un bruit de courtcircuit, comme une décharge d’électricité. On aurait dit une réaction d’autodéfense. Le pompier qui le fouillait recula immédiatement. Quand l’ambulance arriva au CHU, les pompiers informèrent le médecin des circonstances dans lesquelles ils avaient trouvé le jeune homme et le mirent en garde en lui confiant avec un peu d’embarras que ses yeux avaient « irradié » pendant un court instant. Le médecin acquiesça poliment, mettant les allégations fantaisistes des pompiers sur le compte du surmenage. Les yeux du patient semblaient parfaitement normaux quand il examina ses globes oculaires. Le jeune homme fut identifié peu de temps après son arrivée. Le miraculé avait désormais un nom : Harold Berthéol. Il fut placé en observation pendant la nuit, cette nuit furieuse qui semblait devoir ne plus finir. Le CHU accueillit une autre personne qui semblait avoir vécu une expérience similaire à celle d’Harry. Son nom était Claude Giraud. Il fut amené de Limoges à Clermont pour qu’il subisse les mêmes tests que ceux auxquels allait être soumis Harry. Claude avait également été frappé par un rayon vers 23 heures alors qu’il rentrait chez lui. On l’avait retrouvé allongé au beau milieu d’une route, un taxi carbonisé encastré dans une bijouterie non loin de lui. Le chauffeur avait brûlé vif. * * * Quand Harry reprit conscience, il n’ouvrit pas les yeux immédiatement. Il percevait le chuchotement de deux voix distinctes. C’était ces voix qui l’avaient tiré de ce profond sommeil. L’une était grave et monocorde, l’autre plus suave. « – Voilà donc le fameux miraculé de l’explosion de l’avenue Léon Blum ! Ce jeune homme doit avoir un ange gardien efficace, ses colocataires n’ont pas eu la même chance que lui ! déclara la voix suave. – Vous pouvez constater par vous-même que monsieur Berthéol n’a aucune lésion bien qu’il se soit trouvé à l’épicentre de la déflagration qui rasa presque trois maisons. Le mot « miracle » est vraiment approprié, répondit la voix grave. » En un instant, ces propos perçus dans un état de semiconscience ramenèrent Harry à la réalité. Tout ce qui s’était passé au moment où il avait vu la lumière s’intensifier jusqu’à l’explosion lui revint en tête tel un boomerang. Ce n’était donc pas un mauvais rêve, la lumière lui avait parlé et il avait eu ensuite l’impression qu’elle était entrée en lui. Harry se souvenait avoir crié puis, le trou noir. Il se rappela vaguement les flammes, l’odeur de la fumée saturant ses poumons, les sirènes, la douleur, l’incompréhension et puis plus rien. Ces flashback électrisants lui revenaient en rafales, ce tourbillon d’images, d’impressions et d’émotions le submergea. L’angoisse lui fit ouvrir les paupières. Harry vit que deux personnes en blouse blanche se tenaient au pied de son lit. Il mit alors un visage sur chacune des voix qu’il avait entendues : la voix grave était celle d’un médecin plutôt grand, brun, la peau mate ; la voix suave appartenait à une femme médecin dont la raideur des traits contrastait avec la douceur de la voix. « – Bonjour Monsieur Berthéol, comment vous sentezvous ? S’enquit le médecin. – Je ne sais pas trop. Pour tout vous dire, j’ai l’impression d’être passé dans une moissonneuse-batteuse et ma tête me fait horriblement souffrir, comme un lendemain de cuite, confia Harry. – Estimez-vous heureux d’avoir encore des impressions, tout le monde n’a pas eu la même chance que vous. J’ai le regret de vous annoncer que vous êtes le seul et unique survivant de l’explosion qui a détruit votre maison la nuit dernière », déclara la femme qui visiblement n’avait aucune sympathie pour lui. Pourquoi la grande faucheuse choisissait quelqu’un plutôt qu’un autre ? On éprouvait de la compassion pour ceux qui mouraient, certes, mais pour ceux qui restaient et qui n’avaient pas plus de raisons d’être en vie qu’autrui, quel était le sentiment approprié ? « – Nous n’arrivons pas à comprendre le fait que vous n’ayez aucune blessure alors que vous étiez au cœur de l’explosion. Avez-vous une explication ? » poursuivit la femme en le regardant comme une bête de foire. Harry n’en avait pas la moindre et il resta muet, baissant les yeux. Il n’arrivait pas à soutenir le regard interrogateur de la femme médecin, comme un gamin qui aurait fait une bêtise. Seul un mot lui revenait en tête comme un leitmotiv : « Ethilie » « Ethilie » « Ethilie »… Était-ce là l’ébauche d’une réponse à toutes les questions qui assaillaient son esprit ? Ce mot résonnait en lui comme l’écho d’un rêve brisé. Il pressentait que ces événements étaient un prélude à quelque chose, comme des oiseaux de mauvais augure. Le médecin coupa net le fil de sa pensée en lui déclarant que la police souhaitait le questionner. Il ajouta que l’hôpital avait réussi à joindre sa mère, qui fut rassurée d’apprendre que son fils n’avait rien, et que sa petite amie Emma devait lui rendre visite sous peu. Cette nouvelle le réconforta ; un peu. Il était 9 h 58 à l’horloge ronde suspendue en face de son lit, les deux médecins sortirent de la pièce… Le temps ne s’écoulait pas très vite quand on était cloué sur un lit d’hôpital. L’aiguille de l’horloge mit une éternité à glisser sur le X en chiffres romains. Le temps était-il suspendu ? Harry cessa alors de fixer l’horloge, il ferma les paupières et se concentra sur ce que pouvaient percevoir ses autres sens. Au même instant, la porte de la chambre voisine grinça en s’ouvrant… Des bruits de pas… Des voix… Une conversation semblable à celle des stations de radio que l’on n’arrive pas à capter.
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