La main portée - Page 1 - test Gérard Tabary LA MAIN PORTEE Editions Editeur Indépendant 75008 Paris – 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-074-7 ISBN 13 : 978-2-35335-074-2 Dépôt légal : Mars 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 « Un instant, un moment de repos sur le vent et une autre femme m’enfantera. » Khalil Gibran 7 Préambule La Vie Valise étiquetée d’un code barre, part sur le tapis roulant du hasard. On la fait, on la refait, au gré de ses destinations. Parfois elle se perd, s’égare, s’entrechoque, ressort estourbie mais toujours en vie. Chargée de souvenirs avec d’autres, des petites, des grandes, des belles, de moins belles, elle s’ennuie au fond de la soute, tout dépend de la durée de son vol. Elle arrive à destination, un bagagiste anonyme la met sur le tapis, une personne l’attend impatiente. « Ouf la voilà! » se dit-elle, « c’est ma vie ». G Tabary 9 La pensé est furtive, mais l’instant est magnifiquement fort et instructif. La vie est un chant d'encouragement, une parcelle grandissante de conviction démontrant que le cheminement d'une vie n'a pas de barrière. Que derrière et après il y a autre chose de beau, chaud, rempli de bonté, d'amour. À l'inconnu, à l'inconnaissable qui précède et suit notre vie. Penser, faire, imaginer, croire, créer, aimer, entreprendre, oser, vouloir, savoir, se faire. Guidé, écrire avec une main portée pour construire son temple humain… Les mots, les phrases, les chapitres s’empilent, tout se synchronise, sans réel contrôle, simple son, résonance interne d’une partition qui vient de loin, de très loin. Une simple note céleste de la pensée donne naissance à de doux mots, mots qui vagabondent dans le vent, écriture venue rechercher un doux regard, à des yeux si fatigués par cette terre humaine. Revenir avec émotion sur ces pages de mots enlacés, entrelacés, venus d’une intime main qui a guidé toute mon écriture. La vie du fils du vent, commence sur un bateau, son père est le capitaine, et sa mère le matelot. Je crie ! Je crie ton Nom : Samiel. Donne moi ta main, je suis un enfant nomade. 10 « Naître, c'est seulement commencer à mourir. » Théophile Gautier Akashique city Octobre 1947 Simoun s’apprête à partir dans le vent, à se fondre et être un ruisseau coulant qui chante sa mélodie à la nuit. Il est en concile sur le parvis de la maison céleste, il est fébrile, très attentif à la justesse des propos tenus. La situation n’est pas une évidence, c’est une crainte qui le serre de toute part, il va partir, tissé d’une nouvelle étoffe pour un nouveau monde, vers une nouvelle mission, reprendre le chemin d’une vie terrestre. Flanqué de son Maître Samiel, ce verbe, cet esprit divin qui a refait le plein de son âme, qui lui a redonné une structure, son ami, son guide fidèle, son thérapeute, il refait une dernière fois le plan de son futur. Avant la fermeture de ces derniers travaux célestes, son maître demanda la parole au vénérable des lieux et dit : « Pendant tout ce temps, tu as recommencé à être enfant pour mieux comprendre l'amour et l'annonciation. Il te faudra repartir, bâtir avec une autre dimension, commencer une médecine que tu aimeras jusqu’à la fin de cette nouvelle vie terrestre. L’amour devra manifester son éclat, le maintenir en toi, pour avoir de quoi méditer sur la vie et les hommes. 11 Se donner un niveau d’émerveillement qui donne une force de vivre, une volonté d’amour à toute épreuve. Recommencer ton œuvre, un commencement de convention de ton âme, une manifestation ardente interne que l’on t’a un jour donné. Chaque permanent a déjà maintenu sa place sur terre. L’après, tel un apprenti, tu recommenceras à être enfant pour mieux comprendre l'amour, l’annonciation d’une nouvelle vie initiatique, qui demandera du temps avant que tu puisses retrouver l'ensemble de ton âme, refaire tes premiers pas, reconstruire ton temple intérieur, communier, gravir la première marche. » « Paroles et recommandations pleuvent, n’oublie pas Simoun ! Que tu reviendras boire à la rivière du silence, alors comportes-toi avec honneur, agis du mieux que tu pourras ! Sois loyal, et aspire à la vérité. De nombreuses difficultés de la vie humaine t’attendent, avec des choix tout au long de ton parcours qui te feront douter, tu perdras parfois pied. La culpabilité, le manque de conviction, ton cœur travaillant alternera les frissons et les sentiments graves ; alors dans la plénitude de ton cœur et de ton esprit, tu devras chercher et puiser ta force pour sortir indemne de tes ombres et de tes maux. Pour faire front à cette belle épreuve qu’est la vie, tu dois envahir en permanence ton corps de tendresse et de compassion. Taille ta pierre humaine, taille cette pierre avec une équerre, pour l’adapter aux exigences du grand édifice. Que ta tête puisse faire couler l’énergie qui dirige l’action de tes mains. Simoun ! Il ne faudra pas avoir peur quand tu reviendras sur le parvis, mourir c’est se tenir dans le vent et se fondre dans le soleil. Ne sois pas inquiet, rappelle-toi simplement que raison et passion sont le gouvernail et les voiles de ton âme navigante. C’est dans la rosée des petites 12 choses que ton cœur trouvera son matin et sa fraîcheur. Ta vie quotidienne sera ton temple et ta religion. » Simoun reste silencieux, ses choix sont faits, mais sont-ils les bons ? Va-t-il avoir le courage de s’élancer ? Il avait certes pendant sa pause céleste, pris connaissance du grand livre de toutes les destinées humaines et plusieurs choix lui furent exposés pour préparer son retour. Mais à cet instant ce qui le dérange, c’est bien de se plonger dans un monde où les avancées technologiques ne sont pas encore connues, ou du moins pas encore déployées, et que les pays sortent meurtris d’une guerre Mondiale. Une autre inquiétude plus profonde l’interpelle, ce choix d’être nomade, et artiste constructeur, est-ce bien raisonnable ? Ce choix porté sur cette femme, celle qui va lui donner le lait céleste, va-t-il être en adéquation avec sa mission ? - Maître ! Et lui, l’homme, qui est-il ? , demanda Simoun. Il venait tout juste de réaliser que son maître ne lui en avait que très peu parlé. - Un marinier, un nomade des rivières et canaux ! répondit Samiel. Il ne sait ni lire ni écrire, mais il te fournira l’environnement nécessaire à ton développement physique. - Et elle, cette femme, qui sera mère ? - Elle te donnera tout le fond d’un artiste créateur, pour qu’un jour tu puisses communiquer avec les sphères. Simoun tu as déjà deux sœurs ! Simoun, je serai toujours prêt de toi. Tu vas allez les rejoindre, soit bon capitaine de ton vaisseau terrestre, unis ton corps et ton âme dans l’amour. Toute l’initiation que nous t’avons donné, tu vas l’oublier, tout 13 s’efface Simoun ! Dans le long processus que tu vas entreprendre, nous te rendons ta liberté, ton libre arbitre, mais sache que l’ensemble est gravé au fond de tes cellules émotionnelle. Ce furent les dernières paroles du maître. Un coup de maillet retentit dans le temple, il se tint debout et à l’ordre devant l’assemblée, pareil à un jeune arbre qui ne craint ni le vent ni la tempête, il est simplement triste de quitter le bien être du jardin mystique. Empli d’une vive anxiété, mais le regard affectueux, il se prépare à plonger, à se baigner dans un torrent de lumière. Il atteint son vaisseau sphérique, et se jette en regardant une dernière fois son maître, il voit disparaître Akashique City, cette ville aux milles faces, composée du patrimoine de toute la mémoire du monde. Tel un oiseau migrateur, Simoun vole à la recherche de son vaisseau terrestre où il doit rentrer de manière délicate, discrète, sans entrave. Il sait que cela va être un moment exceptionnel, qu’il va rencontrer la symphonie de la vie, dans ce nouveau chant d’amour. Du plus grand silence il revient, avec un énergique et puissant empressement à la recherche d’une proche libération. Il se pose dans son nouveau vaisseau, nous sommes le 5 octobre 1947 à Remiremont. Simoun se présente au corps plongé dans cette mer d’énergie qui entoure cette enveloppe, il vient de perdre sa protection éthérique. « Bonjour ! Je vais être ton âme pour ta période Terrestre, je suis Simoun, celui qui vient du vent, celui qui vient d’être exaucé. Je pense que nous allons faire des heureux et de 14 grandes choses tous les deux, mais il nous faudra replonger dans l’inconscient avant de reconstruire le temple. » Dans ce moment de dialogue, il se souvient encore de ce qu’il avait écrit sur la planche tracée de ses travaux pour une tenue régulière au temple de sa vielle cité. Temple de pierres Temple de chair, Impassible Perfectible La chair s’agite Mer sans limite, ni mesure L’autre ne craint pas l’usure Symboles d’ornements Restent muets Gardent leurs secrets L’un et l’autre face à face Sur le chemin de la vérité Rien ne se perd Rien ne se détruit Tout se retrouve Réservoir d’âmes Venu pour une communion Prétexte à une joie particulière Forces sans cesse renouvelées Chair sur la planche à tracer Travaille pour les ouvriers de demain Lieux mystiques 15
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