La valse des pantins - Page 2 - test Houcine OUACHANI La valse des pantins La force des lois d’une République Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-924-4 Dépôt légal : Juin 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Ce livre est un témoignage. Certaines personnes s’y retrouveront 6 Je dédie ce livre à mon père, À toute ma famille À Mustapha Ouchani À Hassan Benqeddi À Jean Claude À Driss Moussadek 7 PREFACE Dans cet ouvrage – premier pas décisif dans le monde de l’écriture – Houcine OUACHANI se révèle un vigoureux plaidoyer anti-injustice. Il revendique, à partir d’expériences personnelles vécues, l’application réelle de l’Etat de droit, en France comme au Maroc. Son cri, ou plutôt son hurlement, est lancé consciencieusement et civiquement comme une graine capable « in-fine » de contribuer à réduire l’efficacité des mécanismes administratifs et humains, juridiques et judiciaires producteurs d’injustice. Les rapports de forces très défavorables, voire malfaisants et parasitants sont dénoncés avec courage et véracité. L’expérience vécue intensément dans toutes ses péripéties en constitue l’argument. « La valses des pantins » est d’abord une histoire de trahison conjugale, dégénérant en cauchemar où chacun esquisse fébrilement un pas de danse compté sensé accomplir ce complément « civilisationnel » imposé, d’où l’importance des « pantins ». Dans un style conçu comme un claquement de drapeau que déchire un vent fougueux, l’auteur nous 9 laisse sentir l’immense amour paternel qu’il voue à ce fils – le sien – dont il fait l’axe central sur lequel se structure cette œuvre que je trouve initiatrice d’un écrivain authentique méritant. Belaïd BOUYOUSSEF Journaliste 10 « A quoi sert qu’une victime s’adresse au public pour raconter ses calvaires passés ? Il faut juger les responsables » Nadia Yassine 11 PRÉAMBULE « Une personne détenue est une personne qui par définition, conserve tous ses droits sauf celui de circuler librement dans la société » OUJDA. Centre de détention. Un cauchemar… les prémices de l’enfer ! Une prison humide, surpeuplée et loin d’être conforme aux principes rudimentaires de l’hygiène. Une place privilégiée d’un mètre sur deux, obtenue financièrement dans une cellule où s’entassaient soixante quinze personnes, en sueur, rendues incapables de se déplacer ou même de s’allonger. Nous étions là une quinzaine à tirer profit de cet avantage. Pour ma part, j’avais honte par rapport aux autres détenus mais profondément soulagé dans mon for intérieur. Absence de lit, de draps… Une seule couverture miteuse était offerte gracieusement par l’Administration ! La nourriture était composée d’un soi-disant plat de légumes, généralement riche en amidon. Un œuf 13 dur et quarante grammes de viande étaient distribués uniquement le vendredi, pliant les détenus au mode de vie végétatif, à un régime végétarien. Les couverts étant inexistants, les détenus étaient obligés de trouver des récipients de fortune, en papier ou en plastique, pour y recevoir, comme des chiens, une ration répugnante. Ce matin là, comme pour nous narguer, deux gros cafards ailés tournoyaient au-dessus de nos têtes, tels des charognards planant pour détecter des cadavres à la vue ou à l’odeur. Dès leur atterrissage, ils seront écrasés et mutilés par un détenu visiblement exaspéré. La chambrée puait la cigarette, la poussière et d’autres odeurs dont il valait mieux ignorer l’origine. Depuis plus d’une heure, mon voisin se récurait inlassablement le nez, puis après une pause de quelques minutes, recommençait à nettoyer ses narines en les frottant vigoureusement. Devant moi, un vieillard demeurait immobile. Les yeux bizarrement grands ouverts… il ronflait. Une défaillance cardiaque et un espace restreint avaient brisé sa dignité. En l’observant, une chanson de Jacques Brel me revenait à l’esprit. Ce grand chanteur disait que les « vieux s’excusaient déjà de n’être pas plus loin ». Pour combattre les interminables journées toutes chargées d’ennui et de monotonie, un groupe de personnes de la région de Nador, chaussures à la main, chassait les mouches du matin au soir. Ces nuées d’insectes malsains nous parasitaient la vie, une vie difficilement supportable. De l’autre côté de la pièce, une nouvelle bagarre éclatait entre deux prisonniers qui voulaient chacun utiliser, en premier, les lieux d’aisance. Une seule toilette servant également de 14 douche pour les soixante-quinze détenus que nous étions. Quelle impudeur ! Quelle honte ! Le surveillant restait en principe l’un des garants de l’équilibre dans l’enceinte carcérale puisque c’était lui qui palliait aux manques de l’institution et son rôle indubitable devait être rehaussé à sa propre valeur. Or au cours de la promenade quotidienne, un gardien, accusé d’avoir introduit de la drogue, manifesta son énervement en cognant sans raison sur un détenu. Ce dernier, immigré clandestin ayant risqué à maintes reprises sa vie pour un futur meilleur en Europe, s’était retrouvé incarcéré pour une durée de deux mois. Il revenait de l’infirmerie sans obtenir pour autant un calmant pour une rage de dents. Le pauvre homme avait été tabassé sans raison au vu et au su d’une centaine de prisonniers lâchement impassibles. Je compris alors pourquoi tant de jeunes marocains, n’ayant plus foi en l’avenir, soumis à la répression et à l’arbitraire, ne pensaient qu’à partir en terres lointaines au risque de perdre leur vie. Un jour, je demandai à ce prisonnier s’il n’avait pas peur de défier la mer dans une embarcation de fortune : Il me répondit aussitôt : « Je préfère la compagnie des requins que celles de certains marocains… Tu as vu ce gardien, c’est un véritable hors la loi et rien dans cet espace carcéral ne protège les droits des détenus. » Au fond de la cour, un sénégalais, nouveau prisonnier, tout en cherchant une petite place pour prier, regardait ce cirque. Affamé après deux jours de garde à vue, il semblait ne pas comprendre le pourquoi d’un traitement cruel et dégradant entre musulmans. Il n’osait même pas demander la direction de la Mecque pour implorer Dieu correctement. 15
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