La Mascotte de Jonciers - Page 1 - test Bernadette LONGUET- NICOLAS La mascotte de JONCIERS Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-904-6 Dépôt légal : Août 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Une belle matinée d’octobre s’annonce… L’air est léger, un peu frais – normal, en cette saison ! – la montagne paraît lavée des brumes de la veille… Frédéric, 35 ans, grand brun au physique plutôt agréable, se retrouve très loin de sa vie habituelle : il possédait jusqu’alors un cabinet d’architecte à MARLY-LE-ROI, dans la banlieue parisienne. Tout allait bien, pour lui… Après de brillantes études, il avait pu, grâce à un petit héritage, ouvrir son propre cabinet. Il commençait même à faire des projets de mariage… mais la vie en a décidé autrement… Chantal, sa « fiancée », l’a quitté, et le monde s’est écroulé. Le moral au plus bas, il est complètement désorienté, n’a plus ses repères, voit son avenir en noir… Cependant, sur les conseils et l’insistance de son meilleur ami, Fabrice, qui n’a pas voulu le voir tout perdre et se laisser couler, il a vendu son cabinet, et s’est résolu à acheter une vieille maison, à la campagne : à JONCIERS exactement, petit village dans le midi. Fabrice, l’emmenait chaque année dans ce joli coin de Provence, et c’est vraiment la chance qui a voulu qu’une maison soit à vendre à cet endroit, au moment précis où il voulait tout laisser tomber – son cabinet d’architecte, sa maison… sa vie ! (Tout ça pour une femme ?). 7 Fabrice l’avait « pris en main », et s’était occupé de lui comme une vraie nounou… Et le voilà maintenant à JONCIERS, mais tout seul… Fabrice quant à lui, a eu l’occasion d’une promotion : son journal l’envoyait 5 ans au Canada, avec une mission spéciale… Il disparaissait donc de la vie de Frédéric au moment où celui-ci en avait le plus besoin… mais dispose-t-on de la vie des autres ? Que pense Frédéric de sa situation présente ? S’en sort-il aisément ? 8 Ce sont les oiseaux, qui m’ont réveillé. Et les mouches. Quel potin, les piafs ! C’est certainement le manque d’habitude, mais pour un citadin comme moi, les chants d’oiseaux, ça réveille, agréablement, d’accord, mais ça réveille ! Les mouches sont moins bruyantes, mais alors, pour t’enquiquiner, de première force ! Et pas de grasse matinée prolongée, avec elles ! C’est normal, des mouches en octobre ? C’est vrai qu’on est à la campagne, il y a des bêtes… ça les attire ! Mais tout de même, elles sont résistantes ! Remarque, je suis loin de me plaindre : à MARLY, pas besoin de réveil non plus, le trafic était là… Et nettement moins plaisant… ! Quant à la vue qui s’offrait à moi, inutile d’en parler… Tout compte fait, je préfère les mouches ; au moins, on peut s’en débarrasser… Enfin, je l’espère ! Demain, j’achèterai une plaquette, et ce sera terminé. De toute façon, la nuit, elles dorment… Donc j’ai quand même dormi, comme une souche ! Mon remplaçant doit être en ce moment sur la route, en plein bouchon… Aux heures de pointe, tu n’y coupes pas… Et moi, je n’ai qu’à me prélasser, me lever, et me régaler de la vue magnifique et des odeurs de montagne… Pourquoi me plaindrais-je ? Je suis bien mieux, ici… Je sens 9 que cette année –2005 ! – va marquer un tournant dans ma vie. Déjà, la pensée de Chantal s’éloigne… Je sens que je vais oublier tout ça… Chantal et le reste… Que c’est bon, cette impression d’être en vacances, enfin presque… ! En fait, je le suis… jusqu’à ce que je me trouve un petit travail. Mon pécule ne sera pas éternel… Cette fois, j’ai fini par prendre ma décision ; je m’installe à JONCIERS ; normalement c’est définitif… Mais enfin ça, on le verra par la suite. Quand je dis je m’installe, c’est beaucoup dire… Disons que je campe, pour le moment. Le confort…faut l’oublier… Finalement, je me trouve bien, ici ; la maison, on l’arrangera. J’ai le temps. L’environnement est un cocktail idéal, celui que je recherchais : calme, magnifique, avec une juste dose de basse montagne, d’air, de ciel, de verdure et de terre. Bien sûr, Fabrice va me manquer : un ami de toujours – et le meilleur ! – qui s’en va au Canada, si loin, même si on est heureux pour lui parce qu’il l’a voulu, ça laisse un vide… Il a beau être un peu farfelu (comme moi !) il lui était impossible de refuser cette place… Journaliste au Canada, pour ce grand journal qu’est le « Nichol’s and White », sa situation future est assurée ! Même s’il veut changer, il n’aura qu’à dire d’où il vient, il trouvera du travail n’importe où ! C’est la plus grosse boîte du monde, et pour y entrer, la sélection est si dure que peu y parviennent ! C’est dire qu’il ne pouvait pas laisser passer ça… Il a fait le concours, comme ça, avec l’espoir d’y arriver, bien sûr… mais ils étaient si nombreux ! Et le voilà nommé, premier sur 2 000 candidats… ! Enfin, la roue tourne, peut-être qu’il reviendra au bout de ses 10 5 ans d’engagement… peut-être qu’il renouvellera, qui sait ? On verra bien. Ah ces parties de rire, tous les deux ! Ça ne risque pas de m’arriver ici, enfin je ne pense pas… Avec qui je vais plaisanter, maintenant ? Avec moi, pardi ! Je me ferai la conversation tout seul, hein ? Je vais me tutoyer, et je me ferai questions et réponses d’un seul tenant. Bien obligé… La communication, ici, ça m’a l’air plutôt étriqué, et pourtant j’en ai besoin, comme tout le monde ! Enfin, on verra… J’ai choisi, n’est-ce pas ? Il faut laisser passer le temps… Huit heures ! Et je rêvasse, je feignante… Des lunes que je n’ai pas fait la grasse matinée ! Les mouches ne sont pas parvenues à me tirer du lit… D’habitude, Fabrice, mon voisin de palier (en plus !) me secouait… même en vacances, « Debout, fils ! La vie nous attend ! ». Pas de pitié, Fabrice, mais quel entrain ! Et je suivais, il est tellement boute-en-train et marrant que tout le monde aurait suivi ! Aussi, il est recherché… Il faut dire qu’il t’aide à voir le beau côté de la vie, ce n’est pas donné à tout le monde ! On disait tant d’idioties, entre nous, que nous en avons pris l’habitude : même tout seuls, on s’en raconte ! En pensée, bien sûr… Peut-être pour s’entraîner… ? C’est une façon de prendre la vie comme une autre… Ce n’est pas plus mal ! En tout cas, même si ça vole bas, c’est plus efficace que de se prendre au sérieux, comme beaucoup… Fabrice, c’est plus qu’un copain, c’est un ami, un vrai : je n’oublierai jamais la façon dont il m’a aidé, quand Chantal est partie… On s’entendait sur beaucoup de choses, avec Chantal, mais pas sur tout, bien sûr ! C’est impossible, de s’entendre sur tout, il faut que chacun y mette du sien ! Mais elle, non : elle 11 ne voulait qu’y mettre… du mien ! Forcément, ça a fini par craquer : elle est partie. D’un coup d’un seul, ma vie s’est effondrée. C’est incroyable ce qu’une personne peut faire de toi, quand tu l’aimes ! J’avais vraiment l’impression que ma vie était finie, que rien ne pourrait jamais m’intéresser… Fabrice était là, heureusement. Il m’a parlé, longtemps (lui qui n’a pas voulu d’attaches sentimentales !), il m’a obligé à voir les choses en face : quelle vie j’aurais eue, avec Chantal ? Une vie superficielle, toute faite d’artifices, de mondanités… choses que j’ai en horreur… Finalement, il m’a amené ici, à JONCIERS, et m’a aidé à me redécouvrir et à me fondre dans cette campagne que j’aime, maintenant, comme si j’y étais né… C’est vrai que la beauté du paysage – nous étions en automne, à la même période que maintenant – m’a fait comprendre que la vie pouvait quand même être belle, même sans Chantal, surtout sans Chantal, finalement ! Dire que j’allais engager TOUTE ma vie avec cette fille ! Quelle monstrueuse erreur j’aurais commise ! Ma vie, c’est ça, la nature, l’air… Mais bien sûr, il me faudra aussi travailler, comme tout un chacun… Ça fait un an ce mois-ci, qu’elle est partie, et je commence à renaître ! Bon, les pensées affligeantes, de l’air ! En parlant d’air, il fait encore bon, pour la saison ; pour l’instant le mistral est très, très léger. S’agit-il du mistral, d’abord ? Il me paraît bien mou… C’est vrai qu’il n’a pas du tout la réputation d’être un vent mollasse… Fabrice m’aurait dit : « Sors ton compas, matelot, fais le point ». J’aurais répondu quelque chose de complètement débile, il aurait rétorqué sur le même ton, et on aurait ri… Oh on aurait dit des âneries énormes sur le sujet, pas du recherché recher12 ché, pas fin du tout, oh non ; comme d’habitude vraiment des âneries, d’accord ; mais ça aurait suffi, ce serait parti, et on aurait ri comme des bossus… Sacré Fabrice ! Avec lui, on ne risquait pas de s’ennuyer ! À propos du mistral, d’ailleurs, depuis hier seulement que je suis là, j’ai entendu autour de moi de sacrées controverses (malgré la maigreur de la population…) : pour les rhumatisants et autres sympathisants, c’est un vent indispensable pour assainir et assécher l’atmosphère… C’est un vrai cocktail molotov pour les allergiques, répondent les détracteurs : non content de tourbillonner sous votre nez en vous irritant les sinus, il propulse dans vos bronches innocentes des tonnes de pollens divers et meurtriers… ! Ça, c’est à constater à l’usage. Tu ignores tout des allergies, mais tu peux t’instruire, sur le tas, et devenir un sujet d’élite… Il paraît que nous, gens des villes, nous sommes d’excellents cobayes… Les expériences sont toujours enrichissantes. Dans ce cas précis, elles le sont surtout pour les allergologues… Je me demande pourquoi j’ai choisi ce coin. Enfin, choisi… Je connaissais, c’est vrai. Il y a dix ans, Fabrice m’en avait parlé, et m’y avait amené une première fois. Le bon air, la nature, la paix, quoi ! Depuis 7 ans, en fait depuis qu’il est libre une partie de l’été, en même temps que moi, il m’invite régulièrement. Nous aimons la marche, tous les deux, la solitude (relative), la vie la plus proche possible de la nature ; le feu de cheminée, le soir, les grillades au thym ou au romarin, au besoin les nuits au clair de lune, bref, tout ce qu’on ne trouve pas partout, mais qui est la vie d’ici, et pour lui, la vraie vie… Je suis 13 prêt à partager son point de vue ! Quinze jours en août, c’était pour moi le maximum que je pouvais soustraire à mon travail ; j’ai eu le temps d’apprécier ! De plus, mon arrière-grand-mère est du coin, c’est vrai. C’est rare, d’avoir encore son arrière-grand-mère à 35 ans… Déjà que c’est rare de l’avoir petit… Par contre, le mot « arrière-grand-père » n’était pas autorisé chez nous… Qui était-ce ? Mystère ! Que je sache, nul n’en a jamais entendu parler… J’aimerais bien savoir pourquoi ! Mais je le saurai, un jour ! Quand même, c’est un village plutôt désert ; presque au pied des Cévennes, mais encore plus proche du Géant de Provence, comme on appelle le Ventoux… Et quand je dis village, c’est un bien grand mot, pour désigner les quelques maisons dispersées sur le territoire, vaste il est vrai… Ce serait plutôt un hameau, mais attention ! Pas ce mot devant les autochtones, ça les vexerait ! D’ailleurs, c’est bel et bien un village, officiellement (il y a un Maire !) et nous sommes nombreux, en comptant tout le monde ; mais à part les maisons groupées autour de l’église et du café, les autres, les plus nombreuses, sont tellement éparses ! De la terrasse nord, j’ai une vue magnifique sur le Mont-Ventoux. Il aurait l’air d’une montagne à vache, en haute montagne, mais ici, il doit se sentir valorisé… Comme il est seul, il est le plus grand, le plus beau… Là, Fabrice m’aurait dit d’un ton docte : « Attention, vieux, tu fais une projection de tes névroses sur cette montagne… Tu vas la vulnérabiliser… » Et ça serait reparti… On aurait encore rigolé à s’étouffer, comme d’habitude… Si tu ne rigoles pas un peu, dans la vie, rien ne va… Sans compter qu’il y a souvent du vrai dans ce 14
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