Brouillon de vie - Page 1 - test Sylvain DUWALD Brouillon de vie Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-8121-0368-1 Dépôt légal : Novembre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 PREFACE DE L’AUTEUR « Brouillon de vie » est un roman policier basé sur des faits réels, ce qui assombrit davantage le côté déjà sordide de l’histoire. J’ai personnellement diligenté cette enquête d’un bout à l’autre, il y a quelques années de cela. Dans un souci déontologique et pour rendre impossible toute identification des participants à cette affaire, j’ai volontairement modifié les noms des lieux et des personnages. Néanmoins, j’ai conservé la véritable trame de cette tragédie, retranscrite de façon poignante, au travers de ces quelques centaines de pages. Je n’ai pu m’empêcher par ailleurs, d’intercaler quelques scènes humoristiques et érotiques, rédigées dans un style parfois truculent, destinées à adoucir ce récit frisant les limites du supportable… 7 CHAPITRE 1 Gustave écrasa la pédale de frein. Sa puissante BMW s’immobilisa sur la route étroite, sillonnant la forêt engourdie par la nuit torride… Un frisson lui parcourut l’échine en quittant son véhicule. Hallucinait-il, ou bien alors une forme humaine avait surgi dans le halo de ses phares, à moins de quinze mètres devant lui ? S’il avait percuté quelqu’un, il aurait ressenti le choc, même à faible allure… Accroché à la portière, Gustave sentait ses jambes se dérober. Terrorisé, il n’osait pas avancer pour aller voir. D’ici, il ne distinguait aucune masse sur la chaussée… L’homme était peut-être passé sous les roues ? Gustave sortit un mouchoir en papier et épongea son front dégarni. Il rajusta ses lunettes glissant sous l’effet de la transpiration, puis se décida à jeter un œil… Il tenta de se donner bonne conscience et soliloqua : – Si ça se trouve, c’était un animal ! Il doit être loin… 9 Face à sa calandre, Gustave soupira de soulagement. Il n’y avait personne sur le sol ! Néanmoins, cette heureuse constatation ne le rassurait qu’à moitié. Il n’avait pas rêvé ! Il avait aperçu une fugitive silhouette, traversant de gauche à droite… Et l’hypothèse de l’animal ne le satisfaisait que partiellement ! Nerveusement, il essuya ses mains moites sur sa chemisette blanche, bâillant sur sa bedaine de lutteur Sumo. En trente-cinq ans de conduite, il n’avait jamais eu d’accident, pas une contravention, rien… Et aujourd’hui il aurait renversé un être humain ? Impensable… Soudain, son cœur s’emballa. Dans un refus inconscient d’admettre l’évidence, son discernement momentanément inhibé par l’effrayante image envahissant son esprit, Gustave réalisa qu’il avait négligé une alternative… Recouvrant sa lucidité, s’appliquant à respirer calmement pour contrôler son rythme cardiaque, il raisonna à haute voix : – Et si le corps avait été éjecté dans le fossé ? Oui, c’était probable, il fallait vérifier… Redevenu maître de lui, comme il l’était avant cette vision cauchemardesque, il retourna promptement à son véhicule. Dans la boîte à gants, il empoigna fermement une torche électrique et une puissante lumière inonda l’habitacle… – Parfait ! Dit-il. Si victime il y a, je vais obligatoirement la trouver… Il claqua la portière et se dirigea en se dandinant comme un pingouin, vers le bas-côté droit… 10 Braquant le faisceau de sa lampe sur les herbes folles de l’accotement, il se mit à examiner les lieux avec soin… – Mince, je suis responsable de rien après tout ! Se disculpa-t-il. Cette personne a surgi de nulle part… Et je ne l’ai pas touchée, j’en suis sûr… Gustave arpentait la route en éclairant le fossé, suffisamment profond pour dissimuler un corps… – Si je ne le trouve pas, je préviens les flics ! Décida-t-il. Je n’ai rien à me reprocher… Il a traversé devant moi, c’est tout… Gustave s’arma d’un bâton pour écarter la végétation, se contentant de fouiller les environs immédiats. – Il ne doit pas être bien loin, estima-t-il. Il a débouché juste devant moi… Si dans cinq minutes j’ai rien trouvé, je laisse tomber… Ces cinq minutes lui parurent une éternité. N’ayant pas abouti, il jeta son bâton et regagna sa berline dont le moteur ronronnait encore… Il hocha sa grosse tête de bébé joufflu. – Vraiment désert ce coin ! Constata-t-il. Aucun automobiliste n’est passé depuis que je suis là ! Il attrapa son téléphone portable sur le tableau de bord. Puis résigné, il s’apprêta à composer le « 17 » pour solliciter les secours… Pendant qu’il enfonçait la première touche, il crut que son cœur allait s’arrêter. Au travers de la vitre latérale avant droite, il aperçut une ombre s’approcher en titubant. Effaré, il eut un mouvement de recul et lâcha son téléphone. Il vit deux mains se coller à plat sur la glace, puis glisser le long de la portière… 11 Une voix faible, quasiment inaudible depuis l’intérieur capitonné de sa BMW, le fit frémir : – Aidez-moi… Je ne veux pas mourir… Ce devait être l’homme qu’il cherchait dans le fossé. Celui-ci venait de s’effondrer, il ne le voyait plus… Il reprit sa lampe et sortit hâtivement. En contournant la carrosserie, son estomac jouait du yoyo à l’idée du spectacle auquel il allait être confronté. Gustave était retraité du ministère des Finances, un métier où les sensations fortes ne figurent pas au menu… Pour lui, le choc fut terrible. Un corps positionné en chien de fusil gisait sur le talus, le visage appuyé contre la roue avant, les jambes à hauteur de la portière arrière. A sa grande surprise, Gustave constata qu’il s’agissait d’une femme. Elle était pieds nus et ses longs cheveux blonds et raides, flottaient sur un ciré vert jardin… Gustave pesta : – Pas étonnant que je ne l’ai pas repérée dans l’herbe, avec une couleur pareille… Ce n’était pas le moment idéal pour critiquer le ton des vêtements. Cette réaction était nerveuse, destinée à tromper l’angoisse qui l’étreignait… Sans perdre une seconde, Gustave grimpa sur le talus, s’agenouilla près de la victime et lui secoua le bras en chuchotant : – Madame… Hé ! Madame… Celle-ci paraissait inconsciente et il décida de la mettre à plat sur le dos, afin de lui faire du bouche-àbouche… 12 Il l’agrippa au niveau de l’épaule, par le ciré, afin de lui dégager la tête qui était en contact avec l’enjoliveur. Il opéra lentement, sachant qu’il fallait éviter de bouger un blessé inutilement. Mais dans ce cas de figure, il n’avait guère le choix… Il manœuvrait tout en conservant sa lampe dans la main droite. La femme était mince, légère, et il n’eut aucun mal à la faire pivoter. En éclairant son visage, il remarqua que celuici était couvert de sang coagulé. Ce n’était pas une femme, tout au moins pas encore… C’était une gamine ! Quel âge pouvait-elle bien avoir ? Quinze ans, pas plus… Gustave se mordit les lèvres. – Merde ! C’est pas possible, pauvre môme… Que fait-elle ici en pleine nuit ? Et pieds nus, par-dessus le marché… Il appuya ses doigts sur la carotide de l’enfant et se sentit soulagé : – Ouf ! Le cœur bat… Elle est vivante ! Mais respire-t-elle ? Avec tout ce sang, le bouche-à-bouche c’est pas l’idéal… Gustave avait son brevet de secourisme, mais c’était loin… Et il n’avait jamais pratiqué le boucheà-bouche, sauf sur un mannequin… – Le mieux, se dit-il, c’est de voir si son abdomen se soulève, je vais vite être fixé ! D’un geste prompt, Gustave descendit la fermeture éclair du ciré et en écarta les pans pour examiner la jeune fille… La stupeur de Gustave fut totale. Elle était entièrement nue ! Deux petits seins ronds, en forme de pomme, offraient leurs mamelons roses et pointus au ciel étoilé… 13 En d’autres circonstances, Gustave aurait apprécié cette image érotique, mais là… Il détourna pudiquement le regard de cette poitrine dénudée, puis posa une main sur le ventre plat et ferme de la jeunette inconsciente… Cette initiative le rassura. Il sentit la peau de cet être fragile, gonfler sous sa paume par intermittence. Elle respirait ! Il vérifia le pouls une seconde fois. Le cœur semblait remplir ses fonctions… – Elle est juste en état de choc ! Diagnostiqua Gustave en se relevant. Pour l’instant, il ne lui venait pas à l’idée de faire intervenir les secours. Malgré lui, il s’était assigné la mission de prodiguer les premiers soins. Comme si cette tâche lui incombait naturellement… Il alla quérir une bouteille d’eau minérale et un plaid sur la banquette arrière, ainsi qu’une boîte de « kleenex » dans sa sacoche. Il retourna près du corps inanimé et le couvrit avec le plaid… Il déboucha la bouteille et imbiba un mouchoir en papier, qu’il appliqua en compresse sur le front innocent… Il en imprégna un second et nettoya doucement les joues, le menton, les lèvres et le cou, maculés de sang séché. Du sang séché, elle en avait aussi sur la poitrine et le ventre… Gustave l’avait noté en ouvrant le ciré. Il fit la moue : – Hum ! Elle a dû saigner abondamment du nez… Et elle devait être nue lorsque c’est arrivé, ça sent l’agression… Conclut-il avec perspicacité. Il trempa plusieurs autres mouchoirs pour ranimer l’enfant et éliminer le sang tenace… 14 Soudain, elle ouvrit les paupières. Elle prit une profonde inspiration et redressa la tête. Son doux regard bleu, empreint de terreur, croisa celui de Gustave… Elle paniqua : – Ne me faites pas de mal ! Hurla-t-elle. Pitié… Elle laissa retomber sa tête sur le sol et sanglota. Sa respiration devint haletante. Gustave tenta de la calmer en caressant son front, remontant ses mèches blondes qui masquaient ses yeux… – Tu n’as plus rien à craindre ! Je m’appelle Gustave… Et toi ? Réagis ma belle… Je t’en prie… Gustave poursuivait ses caresses. Il aurait tant aimé avoir une fille. Il avait eu deux garçons et trois petits-enfants ! Il se sentait frustré, quelque part… Son obstination finit par porter ses fruits. La respiration de l’enfant se fit moins saccadée. Il lui tapota la main. – Tu vas mieux ? C’est comment ton prénom ? La protégée de Gustave ouvrit les yeux et balbutia : – Je… Je m’appelle Aurélie. Vous… Vous m’avez sauvée ? Gustave l’encouragea à s’exprimer : – Oui, tu n’as plus à avoir peur. Quel âge as-tu ma grande ? Aurélie soupira : – Quatorze ans. J’ai mal… Je veux rentrer chez moi. Gustave prit une voix sucrée : – Je vais te raccompagner, où habites-tu ? 15
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