Rottenweiss - Page 2 - test Rottenweiss 3 David Rolandi Rottenweiss Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0459-6 Dépôt légal : Janvier 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire PRE-SCRIPTUM ................................................. 11 1er SÛTRA ............................................................ 13 2e SÛTRA ............................................................. 39 3e SÛTRA ............................................................. 45 4e SÛTRA ............................................................. 65 5e SÛTRA ............................................................. 69 6e SÛTRA ............................................................. 71 7e SÛTRA ............................................................. 77 8e SÛTRA ............................................................. 81 9e SÛTRA ............................................................. 87 10e SÛTRA ........................................................... 89 11e SÛTRA ........................................................... 93 12e SÛTRA ........................................................... 111 13e SÛTRA ........................................................... 127 14e SÛTRA ........................................................... 135 15e SÛTRA ........................................................... 139 9 17e SÛTRA ........................................................... 153 18e SÛTRA ........................................................... 163 19e SÛTRA ........................................................... 167 20e SÛTRA ........................................................... 171 10 PRÉ-SCRIPTUM « On court tous à notre perte, du moment qu’on a croisé le chemin de Marie-Hélène Rottenweiss » : voilà ce qu’elle m’avait dit durant cette histoire. Elle m’a aussi dit avoir connu la mort. Elle ne se souvenait par contre et clairement que de ceux qui l’auraient rendue à la vie. Son cœur ne battait pas, je l’avais remarqué, sa chair même ne saignait pas, rien ne semblait couler dans ses veines et sa peau était d’une pâleur magnifiquement bleutée. En fait, cette fille calme et mystérieuse qui se laissait abuser de gré ne vivait que grâce à un appareil qui stimulait son système nerveux… Vanille, c’était son nom. Vanille, combien de fois aurais-je voulu profiter de sa chair froide ? Une semi-morte aux airs de fillette dépressive… J’en étais fou à mourir. On lui avait fait croire qu’elle avait trouvé la mort, tabassée par des ivrognes à Argen, mais elle ne se souvenait de rien, même pas de l’époque. De même, elle n’avait plus jamais dormi depuis sa résurrection, l’appareil qui la maintenait en vie ne lui permettait pas de trouver le sommeil. Et pourtant ses 11 cernes, elles prouvaient de plus en plus sa lassitude. Elle a voulu goûter à la liberté, au fait d’être aimée… tout en acceptant une mort hâtive, car c’était là le prix à payer. 12 1er SÛTRA Je m’appelle Marie-Hélène, une petite adolescente, cheveux blonds et bouclés. J’ai seulement quinze ans et je suis orpheline. Les guerres ont fait rage sur la planète et les quatre cinquièmes de l’humanité ont péri avec son décor, il y a maintenant longtemps de cela. Des guerres affreuses, et pour cause : l’énergie Gaïa. C’est le pétrole de mon monde. Les nations se l’arrachaient, et violemment. Elles se sont déglinguées à coups de bombes pour s’approprier les territoires où il y en avait… Voilà le résultat. Maintenant, si ce n’est l’empire de Sainte-Alderis, ce sont des nobles qui se sont approprié les champs d’extraction d’énergie Gaïa. Ces bourgeois ont l’argent et du financement, mais beaucoup d’entre eux exploitent terriblement leurs ouvriers. Pour ma part, je me suis fait violer par des anges. Vous ne me croyez pas. Personne ne me croit. Mais me voilà ici, dans la douleur animale de l’enfantement. Sur cette plaine de bitume et de pylônes qui ne veut rien dire, le vestige d’un monde industriel absurde. Avec un chemin de fer perdu dans cet horizon infini. Des puits çà et là. Une région sous 13 un ciel bleu matinal perdue au fin fond de l’univers. Le soleil orange est écrabouillé au loin sur le sol, comme une chaude flaque luminescente. Pas la peine de détails approfondis de mon horrible enfantement, il est dur et sanglant… J’ai finalement enfanté d’un fils. Je l’appellerai Abel, c’est le fils ultime. C’est maintenant à lui que je consacrerai ma vie. Il est le but et le sens de mon existence. Il est beau. Je n’ai que lui, ma robe et une carte d’identité où il n’y est montré que ma photo, un code-barres et le nom de Marie-Hélène Rottenweiss. Ma Flymotoria ne marche plus, cette fameuse moto sans roues qui plane à un mètre au-dessus du sol avec ses trois gros réacteurs. Elle n’a plus assez d’énergie Gaïa pour avancer. Je ne sais pas vraiment comment je suis arrivée dans cette galère. J’ai juste été aussi loin que je pouvais dans l’espoir d’un nouveau départ. Dorénavant, je dois faire table rase de mon passé et me focaliser sur mon futur. J’ai la haine contre l’humanité, ça se comprend. Mais je hais plus précisément les hommes… Les femmes, je les épargne. Tout est de la faute aux hommes, tout les concerne. Les Saintes Écritures ne concernent que les hommes et répudient facilement les femmes, la femme a été faite à partir de l’homme, disent-ils, les noms de famille sont les noms des hommes, même Dieu a un déterminant masculin. Je ne crois ni aux hommes, ni en Dieu. Les anges sont des mâles, d’ailleurs, c’est des anges qui m’ont violée, et c’est un ange même qui a mis sa semence dans ma matrice. J’ai la rage. Un jour, la planète sera la mienne, j’y mettrai mon fils Abel au pouvoir pour qu’il perpétue mon règne. J’aurai mon château, j’aurai ma princesse. J’appellerai mon château du 14 même nom que je donnerai à la planète, mon nom : Rottenweiss. Je passe donc mes journées à survivre. Seule avec mon fils, je ne fais que subsister mais je ne vis pas, et le temps pour rêver ne m’est même pas accordé. Pour l’instant, je cauchemarde éveillée et endormie. Je n’ai que l’espoir de cette vie meilleure : celle de la châtelaine du Rottenweiss, la mère du prince de Rottenweiss. Et les mois passent, je n’ai pas pu les compter mais je sais qu’on est entré dans l’été… C’est dur de s’occuper d’un gamin quand on a seulement quinze ans. Moi-même, je suis une petite ado sans défenses, une minette blonde aux cheveux bouclés qui arrive même pas à se dégoter un plat normal. Je sais même pas cuisiner. Je suis rien. De toute façon, toutes les ados de là d’où je viens sont comme ça… Des pétasses pourries gâtées qu’on a trop choyées. Et j’ai surtout pas envie de dire d’où je viens, parce que cela ne sert à rien. J’ai juste fugué de mon bercail pour ne pas tourner en rond tel un poisson dans un bocal. Le passé d’une adolescente de mon genre, ce n’est que la pitoyable vie d’une gosse sans expériences, alors voilà, ma vie commence seulement maintenant. Et c’est là que je remarque que c’est dur d’avoir un truc à grignoter. Rien que du riz avec des haricots, ce plat qui est normalement à deux ou trois sous m’est carrément inaccessible par manque de fric. Dire qu’il y a des filles qui se casent avec des gros moches pour grailler, j’en connais, c’est des sortes de putes et elles sont nombreuses. J’ai déjà de la peine à me trouver de la bouffe, d’accord, mais j’ai le droit de rêver et d’avoir de l’ambition dans ce monde de rien dénué de sens. 15
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