Silencieux Sacrifices - Page 1 - Bêlê Hégo Silencieux Sacrifices Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 3 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2378-8 Dépôt légal : Décembre 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 4 Aux Africains d’Afrique et du monde 5 PRELUDE « L’absurde naît de la confrontation de l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ». C’est en lisant cette phrase d’Albert Camus dans Le mythe de Sisyphe, qu’il m’est venue l’idée de faire entendre ces silences, ou dirais-je ces cris qui retentissent au fond d’une subjectivité tourmentée. Le premier, de loin le plus pressant, est certainement celui de toute une génération embarquée malgré elle dans une tempête sacrificielle au cœur de l’Afrique : l’« ivoirité » et sa traînée tragique. Mon parcours de jeune Africain fraîchement diplômé d’une Grande Ecole française se retrouve dans la rémanence de cet écho singulier qui pousse forcément tout esprit non indifférent à un début de réflexion « porte-pensée » de tous ceux qui se taisent et surtout de ceux qui ne peuvent dire mot. Je pars ensuite de mon Afrique pour arriver en Occident où dis-je, les regards, retours et transferts pour être vraiment utiles devraient changer de voies et directions. Après avoir ratissé large, nous redescendrons enfin dans la galère de l’étudiant Africain en France pour mettre le doigt sur une notion périmée de co-développement qui bon gré, 7 mal gré embourbe une possible locomotive de l’avènement d’une coopération équitable France- Afrique. Parler clairement pour l’utile et chasser avec trois simples discours, le dépit de l’absurde sacrifice d’une génération qu’il faut inviter aux débats en lieu et place des combats. Voici pour une entrée en littérature. 8 IVOIRITE : DU RÊVE AU CAUCHEMAR Tout se passe dans ma petite tête et n’est pas personnel au sens stricte du terme, mais me colle de près, pour laisser suivre le malaise d’une génération angoissée par le feu qui aujourd’hui a ravagé le socle de leurs rêves d’hier. L’« ivoirité » qui est l’origine indexée et le produit lugubre du conflit Ivoirien, a été présentée, vue et analysée sous l’angle de belligérants et politiciens, ou disons « afro- politiciens »1 qui se sont arrogé la parole pour donner des raisons, des justifications et des explications du pourquoi et du comment des conséquences et perspectives de leurs actes. Le petit peuple aurait eu la parole et la compréhension du monde qui va avec, le mieux aurait été de l’entendre 1 Il faut plutôt lire « affreux politiciens ». Nous allons utiliser ce terme ici pour désigner les politiciens véreux, égoïstes et incapables de construire, mais experts en destruction. On en trouve beaucoup en Afrique. C’est une question de conscience individuelle. On se sent en être un ou pas. 9 lui. Mais là, il s’agit des sans voix qui ne penseront jamais à parler, occupés qu’ils sont à survivre. Des enfants de ce pays survivront, et pour les avoir vécues, diront les choses mieux que quiconque. Au milieu de la haute sphère des chefs et la base, il y a vous et moi qui vivons indirectement et, ou observons cette autre tragédie d’un pays de l’Afrique noire. C’est un conflit qui en plus des ravages humains classiques perchés au plus haut de l’échelle de la souffrance, a brisé tout l’élan d’une génération qui d’Abidjan, Yamoussoukro, Bouaké au continent Américain en passant par la vieille Europe, a vu son rêve viré au cauchemar. Les mouvements littéraires, les grandes idéologies et les espoirs africains d’après les indépendances, ont reposé sur des perspectives de nations émergentes. Aujourd’hui, voir l’Afrique de l’extérieur donne le vertige. Surtout quand on en est parti avec l’idée de rentrer un jour prendre part à son progrès. En Côte d’Ivoire, la génération consciente retient son souffle, le temps que la destruction laisse place à la construction. Ce parcours d’hier à aujourd’hui et pour demain, il ne faut plus attendre d’en parler, fût-il avec une terrible clairvoyance que des aînés littéraires parlant de leur chère Afrique, m’ont donné de reconnaître : « A force de rêver nos identités et d’idéaliser l’histoire de nos communautés, nous avons transformé le présent en cauchemar » Henri Lopez Ma grand-mère Bantoue et mes ancêtres les Gaulois 10 « Nous sommes orphelins de nation pour le moment. J’écris avec cette douloureuse conscience » Sami Tchack, réplique à Boniface Mongo Mboussa. L’indocilité, Supplément au Désir d’Afrique. 11 Débordo est parti de Côte d’Ivoire dans les années 90s. Bénéficiant de la continuation par le régime du président Bédié2 , du programme de formation aux sciences et technologies de pointe, dont le président Houphouët Boigny3 avait fait un élément important de sa politique d’éducation, il s’est retrouvé en classes préparatoires dans un grand lycée du sud de la France. Il faisait parti d’un groupe de promotions qui fraîchement sorties du Lycée ont été lancées dans l’aventure de la formation scientifique, dans un contexte socio-économique particulier en Côte d’Ivoire. L’éléphant d’Afrique n’était pas encore né et ne l’est toujours pas d’ailleurs, cependant la mode était de le célébrer. Célébrer avant de construire, une méthode afro-africaine qui n’a jamais payé et ne payera jamais, mais qui perdure pour servir la politique « afro-politicienne ». Cependant, il faut reconnaître que le concept tel qu’on nous l’a vendu dans nos écoles, lycées, universités et Grandes Ecoles de l’époque, promettait une dynamique qui faisait 2 Deuxième président de la république de Côte d’Ivoire, de 1993 à 1999. 3 Premier président de la république de Côte d’Ivoire, depuis l’indépendance en 1960 jusqu’à sa mort en 1993. 13 rêver ceux qui comme nous, avaient un peu de science pour comprendre ou avaler ce qui ressemblait à la préparation d’un cocktail de révolution Meiji à la nipponne et de New Deal à l’américaine. Il ne faut pas beaucoup de connaissances historiques pour comprendre qu’une partie de la jeunesse se laisse, après la dévaluation du franc CFA, prendre à ce jeu qui en mon sens, ne pouvait qu’être porteur d’espoir si l’on se souvient de comment l’Amérique s’est relevée de la crise économique issue du crash boursier de 1929, avec le New Deal du président Franklin Delano Roosevelt. C’est dans cette ambiance de « Nouvelle Donne » pour la construction de l’éléphant d’Afrique, qu’a baigné Débordo avant son départ pour la France. Tout scientifique naissant ne pouvait qu’en sortir enivré et rêveur. Aujourd’hui, ingénieur tout de même, force lui est de constater que son rêve a mué dans le mauvais sens et son quotidien loin du pays, ne l’empêche pas d’y penser. « En effet, je suis arrivé en prépas avec l’objectif de me former scientifiquement et être prêt à répondre à l’appel d’un certain gouvernement de trente trois ministres, qui devait faire construire l’éléphant d’Afrique en douze travaux. Dans douze travaux de construction de l’éléphant d’un continent aussi vaste que l’Afrique, je me disais et bon nombre de mes camarades de lycée avec, qu’il y aurait forcément de la place pour ingénieurs, managers et techniciens formés en France. Et pour cause, l’année de mon Bac a été en plus de ce mouvement « éléphant d’Afrique », celle où nous avons été visités par bon nombre d’aînés scientifiques que nous avons 14
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