Geyser - Page 1 - test Adeline Ribierre Geyser Roman Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1489-2 Dépôt légal : Août 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 A Ludo, pôle magnétique de ma boussole interne… A Rémi, Clémentine, Marguerite et Quentin, Mes quatre petits points cardinaux… A Nath et à ses pouvoirs magiques… 7 Sommaire Première partie LES SIGNES Chapitre premier ................................................... 15 Chapitre 2 ............................................................. 27 Chapitre 3 ............................................................. 35 Chapitre 4 ............................................................. 45 Chapitre 5 ............................................................. 57 Chapitre 6 ............................................................. 69 Chapitre 7 ............................................................. 79 Chapitre 8 ............................................................. 87 Deuxième partie L’EXIL Chapitre 9 ............................................................. 105 Chapitre 10 ........................................................... 119 Chapitre 11 ........................................................... 129 Chapitre 12 ........................................................... 145 9 Chapitre 13 ............................................................ 157 Chapitre 14 ............................................................ 171 Chapitre 15 ............................................................ 189 Chapitre 16 ............................................................ 201 Chapitre 17 ............................................................ 211 Chapitre 18 ............................................................ 221 Troisième partie LE JUGEMENT DES DIEUX Chapitre 19 ............................................................ 237 Chapitre 20 ............................................................ 255 Chapitre 21 ............................................................ 271 10 Nous avons renversé cette cité de fond en comble et nous avons fait pleuvoir des pierres d’argile sur ses habitants – voilà vraiment des Signes pour ceux qui les observent. […] L’heure vient sûrement ! Pardonne d’un beau pardon ! Le Coran, Sourate XV, Al Hijr 13 Chapitre premier Thalim sortit de la maison en se frottant les yeux et huma la brise tiède chargée d’odeurs minérales. Loin devant lui, les silhouettes familières du Grand Veilleur et du Vieux Fumeur se découpaient en contre-jour sur les dos bleus et les ventres roses des nuages matinaux. A l’est, un nouveau soleil montait derrière les montagnes, mais il passerait vite au-dessus de la couche nuageuse : la journée serait sombre et lourde. L’adolescent soupira et décrocha le seau suspendu par un clou à une poutre du toit, puis il descendit chercher de l’eau au torrent. Le Moharig courait à cent pas de là, toujours vif et blanc d’écume, même en été. Il venait de la Mariée Verte, qui se dressait au sud-est du village, ainsi nommée à cause de la gigantesque cascade blanche qui ornait son flanc nord-ouest, comme un voile de jeune épousée. Le torrent était la seule source d’eau potable de Den-Aristha. Etrange, pour un village où sources, mares et puits abondaient ! Cependant, c’était ainsi : les autres points d’eau appartenaient aux divinités et nul n’avait le droit d’en prélever une goutte pour autre chose que les rituels sacrés. 15 Il faut dire que, pour la plupart, ces eaux bouillonnantes, jaunâtres et malodorantes n’étaient guère appétissantes. Pourtant Thalim aimait ce paysage modelé par les dieux. La vallée était pour lui tout l’univers. Où qu’il portât les yeux, elle était encerclée de montagnes majestueuses, immenses, éternelles. Jamais personne ne les avait franchies, et jamais être vivant, à part les oiseaux, messagers divins, n’était venu d’au-delà les montagnes. Le monde des hommes s’arrêtait là. Après, c’était le domaine des Immortels ; tout ce que l’on en savait était mystérieusement fixé dans l’argile des Tablettes de Kenasfel, disait-on, et seuls les chamanes avaient accès à ces secrets. Thalim frissonna quand l’eau glacée bondit sur son bras. Il posa le seau plein sur la rive herbeuse à côté de lui, plongea ses mains en coupe dans le ruisseau et s’aspergea le visage. Puis il but directement dans le torrent. Il savoura le plaisir de sentir les minuscules bulles d’air éclater entre sa langue et son palais saisis par le froid. Quand il se releva, essuyant son menton dégoulinant, il jeta un œil au village, tout proche, sur l’autre rive. Les gens commençaient à sortir de leurs maisons, ils n’allaient pas tarder à venir à leur tour remplir leurs seaux. Il croisa quelques regards qui se détournèrent vivement. Cela ne l’affecta pas. Il en avait l’habitude : depuis sa naissance, il avait toujours vu les gens de Den-Aristha se comporter de cette façon. Quelqu’un, pourtant, agita la main dans sa direction. Son visage s’éclaira et il répondit par le même signe à son amie Djolinn qui lui sourit de toutes ses dents avant de se faire rabrouer par son père. Elle se remit à nourrir les poules. 16 Djolinn était l’un des rares habitants du village à fréquenter Thalim et son grand-père. Elle avait quatorze ans – un de moins qui lui, à quelques jours près-, des cheveux châtain clair toujours libres et emmêlés, une jolie bouche rieuse et de grands yeux vert mousse. Le jeune garçon la suivit des yeux quelques instants, avec l’espoir qu’elle se retournerait furtivement. Mais ses parents devaient avoir l’œil sur elle, car elle n’en fit rien. Thalim reprit son seau et grimpa le talus jusqu’à sa maison. Une quinte de toux l’accueillit au moment où il franchissait le seuil. – Me voilà, Padjen ! Ne bouge pas. – Bonjour, mon petit… – As-tu mal, ce matin ? – Pas trop, mentit Arkannon, la voix rauque. Puis il déglutit plusieurs fois pour couper court à une nouvelle quinte. Thalim remplit d’eau une tasse en céramique et y ajouta un peu de miel, un miel foncé et parfumé où flottaient quelques bouts de cire. Il le mélangea à l’aide d’une cuillère en bois et porta le tout au vieil homme qui reposait sur sa couche, dans la chambre. De ses mains tremblantes, Arkannon prit la tasse et but à petites gorgées le liquide sucré. Après cela, il se sentit un peu mieux. Il se redressa et fit mine de se lever. Thalim se précipita pour l’aider et l’accompagna jusqu’à la porte, où, comme chaque matin, il allait regarder la Vallée et les montagnes environnantes, respirant profondément comme si l’air de ce pays pouvait guérir son mal. Ensuite, ils s’assirent tous deux à la table et se restaurèrent de lait de chèvre bien chaud et de pain. 17 Thalim caressa de la main son bol de terre cuite, couvert de cette magnifique glaçure bleu-vert dont seul son grand-père avait le secret. – Je vais aller chercher de la terre, ce matin, dit-il. – Bonne idée, mon garçon, nous n’en avons plus guère en réserve. – As-tu besoin de quelque chose pendant mon absence ? – Non, merci, sois tranquille. De toute façon, tu seras là avant midi. Je vais me contenter d’engober quelques pots. Arkannon adressa un sourire rassurant à son petitfils. Du coin de ses yeux bleu clair un peu tombants, un éventail de rides se plissa en rayons de soleil, et Thalim fut envahi par une bouffée d’affection mêlée de tristesse. Il se leva et, par-dessus la table, serra l’épaule se son grand-père. Puis il partit, tirant derrière lui sa brouette. C’était un travail pénible qu’il s’apprêtait à faire. Mais c’était l’une des rares occasions qu’il avait de passer de l’autre côté de la rivière et de traverser le village. L’hostilité de la plupart des gens de le gênait pas tellement. En revanche, c’était plutôt agréable de regarder travailler les autres artisans, de respirer les odeurs de cuisine, de répondre aux sourires des enfants encore trop jeunes pour se préoccuper de sa situation de paria. Il ralentit devant le four banal – en briques, contrairement aux autres maisons du village, construites en pierre noire avec un toit de chaume. La délicieuse odeur du pain en train de cuire s’en échapperait bientôt… Les habitants les plus matinaux 18
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