Le serment de la Rose Noire ROMAN de Mathieu BRACC - Page 3 - Les racines des Ames de Mathieu BRACCO aux éditions EDILIVRE collection COUP DE COEUR Mathieu BRACCO Les Racines des Âmes TOME 1 Le Serment de la Rose Noire Roman Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Je suis un jeteur de sorts, un « sorcier » comme j’aimais le clamer quand j’étais plus jeune, pour impressionner ceux qui me pointaient du doigt. Il y a bien longtemps que l’être magique, le « Kami » que je suis, a pris le pas sur le reste de mon âme. Aujourd’hui, tout a disparu du jeune homme qui vivait sa vie sans trop se poser de questions. Je ne sais pas vraiment comment il s’en est allé, ni pourquoi. Je sais simplement que, dans les souvenirs que je vais évoquer, il avait déjà disparu… définitivement. Il y a eu, pendant mes vingt premières années, d’horribles drames comme de très beaux moments sur notre belle planète. L’humanité était, certes, insouciante et barbare, mais grandissait petit à petit. Probablement n’a-telle pas su atteindre la sagesse assez vite. Je ne sais pas vraiment, mais ce qui est certain c’est que, maintenant, tout a changé. Pour moi, comme pour le reste du monde. Finalement, les prophètes d’antan avaient vu juste. Beaucoup de personnes sont mortes, des millions que je ne connaissais pas, une poignée que j’aimais terriblement. En fin de compte, le genre humain a survécu ; oui, mais à quel prix ? J’évolue dans un monde qui n’est plus le mien. Autour de moi, je ne reconnais rien, ni personne. Je me trouve à Thémis, la splendide Thémis. Je suis arrivé là, sans trop savoir comment, après avoir erré pendant, ce qui m’a semblé, une éternité. Je ne sais pas vraiment quand tout a commencé. Peutêtre était-ce avant ma naissance ? Ou bien encore lorsque j’étais adolescent et que j’entendis parler, pour la première fois, des descendants d’Eren ? Qui peut véritablement le dire ? Ce qui est évident, pour Syrine comme pour moi, c’est que nous n’avons plus « maîtrisé nos destinées », à partir de ce soir de juin 2008. Je me retrouvai dans une petite salle sombre. L’air m’écrasait, humide et vicié. Je regardais autour de moi, promenant mes yeux un peu partout dans la pénombre. Les murs étaient en pierre grise, tous plus inquiétants les uns que les autres. De chaque côté de la pièce, de petits guéridons supportaient de magnifiques vases noirs où des roses blanches attendaient d’être appréciées. Je m’avançai de quelques pas, j’étais nu. Ma peau frissonnait devant cette mise en scène étrange, car je savais que quelque chose se tramait. Je continuai tout de même ma lente progression, cueillant une rose blanche dans le vase posé sur ma droite. En face de moi, l’ombre régnait, implacable comme elle a toujours su l’être. À ce moment là, je compris qu’il y avait, au fond de la pièce, quelque chose qui m’était cachée. Je devais aller voir, je voulais savoir ce qui se trouvait ici. Mes pieds se blessaient sur les pierres imparfaites du lieu. Tout était uniforme, gris et austère. Pourquoi des roses dans un monument aussi inquiétant, n’était-ce pas indécent de voir pareilles beautés dans une pièce aussi lugubre ? Je baissais les yeux. Des pétales blancs ornaient le sol, formant ainsi un chemin jusqu’à l’arrière de l’endroit sinistre. Je les suivis, le cœur battant à m’en rendre sourd. Je ne pouvais réfléchir, j’étais fébrile et redoutais la découverte que j’étais sur le point de faire. Une musique s’éleva soudain. Je connaissais la mélodie, lancinante et mélancolique. Elle me torturait, je ne savais d’où elle venait mais elle me recouvrait totalement, prenait l’ascendant sur mon être tout entier. Peu importait, je secouai la tête pour reprendre mes esprits, je devais continuer. Un air frais parcourut mon corps frissonnant, propageant une onde glacée le long de mon échine. Malgré l’absence d’habits et le courant aérien qui traversait la salle, je n’avais pas vraiment froid, je ne pensais qu’à avancer, encore et encore, et à ne pas me laisser perdre par la musique mystérieuse. Mes pas me paressaient lourds, difficiles, ralentis. J’arrivai pourtant, je transcendai les ténèbres épaisses pour découvrir ce que renfermait le lieu cauchemardesque. Un cercueil en bois se trouvait devant moi. Là, le lit funèbre était exposé sur une table de pierre, gardé par des brûle-encens de métal argenté. L’atmosphère était saturée par les volutes de fumées qui s’élevaient tout autour de moi. Le noir profond qui distinguait la couche mortuaire n’était troublé que par la présence des roses blanches, disséminées ça et là sur le couvercle. La main tremblante je balayai les fleurs qui reposaient paisiblement sur le cercueil. Elles tombèrent sur le sol, tels de pauvres soldats occis pendant une ultime bataille que l’on aurait jetés avec empressement dans la fausse commune. J’hésitai un moment, le temps que les pétales s’amassent en un petit monceau informe. Qu’allais-je découvrir ? Que faisais-je ici ? Et cette musique qui persistait à troubler le silence ! Décidant finalement d’ignorer mes interrogations, je soulevai le couvercle. Paralysé par l’horreur qui s’offrait à moi, j’admirai, les yeux déformés par la peur et la douleur, le corps de celui que j’aimais depuis si longtemps. Celui avec qui je partageais ma vie depuis plusieurs années déjà, celui avec qui j’habitais depuis quelques temps, était allongé là, le corps sans vie. Son âme avait fui, je le découvrais mort, dans cet endroit sans nom, dans cet endroit que je ne connaissais pas. Pris de panique, je fis volte-face, le cœur serré par cette blessure qui venait de m’être infligée. J’essayai d’avancer, mais quelque chose me retenait. Je baissai les yeux vers mes jambes tremblantes. Là, des roses blanches, qui avaient été déposées au bas du cercueil et que je n’avais pas remarquées, s’étaient accrochées à mes pieds. Ces fleurs si belles d’habitude m’inspirèrent un sentiment de révolte lorsque je les vis se mouvoir lentement, tirant leur agilité de je ne sais quelle force invisible. Quelques unes s’enroulaient autour de mon mollet, grimpant au plus haut de ma jambe pour bientôt arriver sur mes cuisses. Les épines écorchèrent ma peau dans un premier temps, puis affirmèrent leurs prises en déchirant ma chair. Bientôt mon sang coula à flot, et les roses de pureté se gorgèrent de mon élixir de vie jusqu’à se teinter d’un pourpre profond. Tout se passait au ralenti, j’avais l’impression que les roses m’avaient sauté dessus depuis des heures. J’avais mal, les larmes commençaient à couler sur mon visage, des larmes de peine entremêlées à des larmes de souffrance. Peut-être allais-je mourir ? Ne pas survivre à l’être aimé est un acte de beauté, un témoignage indélébile d’un amour passionné après tout… J’y étais préparé, j’allais mourir. J’avais vraiment mal, et c’est ce mal brûlant et aigu qui me ramena à la réalité. Mes mains s’agrippèrent aux fleurs les plus hautes sur mon corps, d’abord mon torse, puis mes hanches, j’arrachai les plantes assoiffées de sang. Elles s’écrasèrent violemment au sol, les unes après les autres, me forçant à mener un combat contre chacune d’elle. Bientôt mes mouvements furent libres. Je bondis sur le tas mouvant, tentant de broyer le plus de roses possible. Chaque fois que l’une d’elle était déchiquetée par mes bonds, du sang jaillissait. Mon sang. Oui, c’était mon sang qui souillait les murs de l’endroit où reposait mon Amour. La scène me devint insupportable, alors je courus jusqu’à la porte de marbre, n’osant pas même un regard vers le lit dont Il ne sortirait plus. Devant moi, des escaliers. Je les gravis sans même y penser, mes pieds et mes jambes sanguinolents, mais je ne sentais plus la douleur physique. Seule celle du cœur me tenait un langage familier, une dernière sérénade pour mon ange trépassé. Mon ascension terminée, je me trouvai dans une grande pièce, sombre elle aussi, où je découvris la source de la musique qui avait accompagné la scène horrible. Je savais maintenant quel était cet air qui me paraissait si ami : c’était le « Thème 2 » de Damien Saez. L’air semblait vouloir me charmer, que je reste ici, mais je ne m’arrêtai pas pour autant, je lui résistai, je voulais être ailleurs, loin de ce mal qui ne me quitterait pourtant jamais. Je sortis de l’endroit, toujours nu comme un ver, mes blessures avaient déjà commencé à cicatriser. Une fois dehors, la nuit m’enveloppant de son obscur linceul, froid et humide, je me retournai. La grande bâtisse d’où je m’extirpais était, en fait, un mausolée de pierre noire. J’étais dans un cimetière. Je ne voulais pas demeurer ici, je pleurerai plus tard, pas maintenant je ne pouvais pas. Mes jambes, pourtant si fatiguées, me portèrent rapidement à la sortie du cimetière où le silence était devenu l’unique règle du jeu. Seul le fracas de mes pieds nus sur la terre boueuse dérangeait la tranquillité du lieu. Je me précipitai jusqu’au portail rouillé. Il n’était pas fermé à clé. Je poussai la vieille grille qui, dans un strident grincement, me libéra. Je courus sur la chaussée humide, le vent contre moi, mais soudain, deux yeux jaunes jaillirent. Les jets de lumière m’aveuglèrent, je n’eus pas le temps de réagir. La voiture surgit et la dernière chose que j’entendis, fut le bruit sourd de mon corps sur son capot. Chapitre Premier Le téléphone sonnait sûrement depuis plusieurs minutes. C’est lui qui me sortit de ma léthargie, de l’horreur de mon songe. J’étais en sueur, ce rêve avait été si fort et tellement troublant ! Je rivai mes yeux à côté de moi, personne. L’espace d’un instant, une lueur d’angoisse me submergea. Non, je me souvenais, il travaillait encore de nuit. Je regardai mon réveil, il était tard, trois heures du matin, Roman aurait dû être rentré. Il devait sûrement être obligé de rester dans ce grand aéroport où ses patrons l’exploitaient, comme toujours. Le téléphone sonnait inlassablement, et je n’avais pas l’intention de répondre. Je regrettais de ne pas avoir investi dans un répondeur, ni pensé à décrocher le combiné avant d’aller me coucher. Roman était bien trop gentil pour refuser le travail supplémentaire qui lui était confié, toujours à la dernière minute, et qui n’aurait pas dû lui revenir. La personne qui téléphonait paraissait acharnée, je ne comptais même plus les sonneries. Visiblement elle n’abandonnerait pas. Je sortis de mon lit. De toute façon, j’étais réveillé alors autant aller répondre. J’étais tout à fait conscient maintenant. Je fis quelques pas sur la moquette bleue, puis m’arrêtai. Quelque chose me faisait terriblement mal. Je baissai les yeux, admirant mes jambes nues. Un nombre incalculable de plaies, presque toutes refermées, couvraient la partie inférieure de mon corps. Je ne compris pas tout de suite pourquoi, puis mon rêve me revint à l’esprit. Je me tournai vers le lit, les draps étaient tâchés de sang. Mon cœur s’emballa, je courus à travers la maison, me précipitant sur le téléphone. « – Allô ? – Bonsoir monsieur, c’est l’hôpital de la Croix Rousse. Pourriez-vous venir immédiatement, il s’est passé quelque chose. – J’arrive. » Je raccrochai le téléphone, je n’avais pas eu besoin de demander ce qu’il s’était passé. Je savais déjà que mon Amour, Roman, n’était plus. Une demi-heure plus tard je me garai sur le parking de l’hôpital de la Croix Rousse. Je n’aime pas particulièrement les hôpitaux, il y a souvent trop de monde et toujours des gens qui pleurent. La plupart des personnes n’ont pas de pudeur lorsqu’elles souffrent. Ce n’est pas mon cas, parce que, d’une part je ne souffre jamais longtemps et, d’autre part, parce que je suis bien trop orgueilleux pour exprimer ma souffrance. Je marchai rapidement jusqu’à l’accueil et donnai le nom de mon ami. On me dirigea vers un autre bâtiment, plus éloigné, plus sombre, plus délabré. Je rentrai dans l’unité de soins intensifs. Là, à l’entrée, attendaient mes beaux-parents. « – Kami … » sa mère ne put dire plus et s’effondra en larmes dans mes bras. « – Que s’est-il passé ? dis-je en m’adressant au père.
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