La maison sous les arbres - Page 1 - Nadi-Ann Alexander La maison sous les arbres Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3677-1 Dépôt légal : Août 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire Prologue................................................................. 13 1er PARTIE L’IMPASSE 2e PARTIE DE LA LORRAINE À LA TURQUIE : CHEMINS MYSTÉRIEUX Vers un ailleurs ? ................................................... Rue des Grands Bois ............................................. Lycée Saint-Exupéry ............................................. « Notre mère à tous » ............................................ 1982 Rencontre avec un martien ! ......................... Une femme amoureuse .......................................... 3e PARTIE LA LONGUE MARCHE 1 – Cécile, « c’est le ciel qui me l’envoie ». ......... 95 La maison de La Chapelle : Premiers contacts...... 95 9 39 45 51 59 73 79 Chez moi, à Meylan ............................................... Mère adoptive ? ..................................................... Naissance ou re-naissance ..................................... Entre ciel et terre .................................................... 2 – Michaël « est de retour et je l’aime toujours… » ................ Ombres et lumière.................................................. Premier garçon ....................................................... « Un bon petit diable »........................................... Collège Edouard Vaillant ...................................... 3 – Pierre. « Et c’est sur cette pierre… » ............... Un petit ange .......................................................... 1996 A la découverte d’un monde perdu ............... Un nouveau monde ................................................ Noël à Cambrai ...................................................... Abandon ................................................................. 1998 Disparition d’un père .................................... Le calme avant la tempête ..................................... 4 – Un homme et une femme … dans la tourmente .............................................. 2001 ....................................................................... Collège Lionel Terray ............................................ « Une saison en enfer ».......................................... Restauration… Pierre après pierre ......................... Epilogue ................................................................. Annexe ................................................................... 101 113 119 129 145 145 151 159 173 187 187 195 215 245 261 267 281 289 289 301 315 345 391 399 10 A Burny, mon Saint-Bernard ! A mes enfants, Cécile, Michaël et Pierre. A Elisa C… A Catherine, ma « sœur d’histoire », A André, mon frère. 11 Prologue Le soleil sur la route enneigée m’éblouit, mais la beauté de ce paysage de montagne, le « paradis blanc » de mes rêves d’enfant, est source d’un émerveillement toujours renouvelé. J’aime ce retour de Font d’Urle après une bonne journée de ski. Dans la voiture où la chaleur grandissante commence à engourdir les enfants, le calme momentané est d’abord propice à la rêverie, mais je sais que, dans quelques instants, elle sera interrompue. Michaël et Pierre vont sortir de leur torpeur et se mettre à l’affût. Le mémorial de la Résistance est dépassé, encore deux ou trois virages et le jeu pourra commencer… Le plateau de Vassieux, au loin le village de La Chapelle en Vercors et la maison, notre maison au milieu des arbres. Les chamailleries fusent, Michaël et Pierre sont les plus acharnés, c’est à celui qui, le premier, parviendra à repérer le collège… Cécile, d’abord en retrait dans son rôle d’aînée, intervient alors, fière de ses compétences en la matière ! Légèrement à gauche, un espace boisé où l’œil averti devine plus qu’il n’aperçoit le sommet du clocheton. Surmontant l’ancien pigeonnier, devenu garage, il donne au lieu un parfum d’autrefois, un autrefois 13 emprunté à une autre famille. Le divertissement est terminé, l’excitation s’apaise. Les pins sapo, plus communément appelés sapins d’Espagne, les épicéas, les sapins, les mélèzes, seigneurs des lieux, ont rempli leur mission. La maison est bien entourée, protégée et aperçue depuis la route de Font D’Urle, elle devient la maison sous les arbres. Pourquoi les arbres ont-ils, depuis quelques années, une aussi grande importance ? Pourquoi mon regard se pose-t-il autrement sur eux ? Peut-être sontils empreints, depuis que je me suis retrouvée entre ciel et terre, d’une supériorité incontestable ? Leurs racines puisent dans le passé l’énergie qui les fait grandir, ils peuvent alors regarder vers l’avenir en s’élevant vers le ciel, symboles de la vie, de la marche de l’homme vers un infini mystérieux. Paix et sérénité, c’est ce que j’ai toujours recherché. A défaut d’y parvenir totalement à l’intérieur de moimême, j’ai voulu, j’ai désiré, dans cette maison qui m’était offerte, une pièce refuge, une pièce apaisement, ouverte sur le monde tout en étant reliée au cœur de l’ancienne maison dont on entend les palpitations. Elle y abrite une importante source de richesse, la bibliothèque, une maison sans bibliothèque ayant toujours été pour moi une maison vide. Elle capte la lumière grâce aux cinq fenêtres qui, disposées sur trois côtés, diffusent une vision demi-circulaire, au loin, du village, plus prés, du collège et en arrière plan, de la montagne. A droite, le regard enveloppe la cime du mas, qui, pratiquement à portée de main, suscite constamment l’envie de se lever, de grimper, d’atteindre le sommet, puis il glisse à gauche sur les hauts plateaux du Vercors et en ramène des images 14 d’espaces libres, des images imprégnées d’énergie vitale. Un sentiment positif, fait d’espoir et de confiance, m’accompagne toujours lorsque je pénètre dans ce bureau. Les puissantes branches du pin sapo ne cachent pas le paysage, mais s’allient plutôt à lui : elles enveloppent la pièce, donnent une impression de protection et diffusent une douce énergie à la fois apaisante et régénératrice, cette énergie qui devrait accompagner l’enfant dans sa marche vers l’adulte. Le plancher en merisier, les lambris vert amande, les poutres du plafond, les meubles chauds et choisis un par un, à deux, avec complicité, les tapis d’orient aux couleurs profondes, les livres dont je me suis nourrie et qui constituent autant d’étapes précieuses sur mon chemin, toutes ces choses ajoutent une touche supplémentaire d’harmonie au cadre ainsi crée, ce cadre que j’ai choisi, dont j’avais besoin pour que mes doigts acceptent d’effleurer le clavier de l’ordinateur, médiateur de mon désir d’écrire. Pouvoir enfin écrire l’histoire, mon histoire, notre histoire, l’histoire d’une famille, d’une maison, d’un lieu où se concentrent les forces réparatrices qui doivent atténuer les blessures transmises par les générations qui nous ont précédés. Travail de longue haleine qui ne s’achèvera pas avec ce livre, mais qui permettra peut-être d’alléger les missions léguées inconsciemment à nos enfants, même si un long chemin de communication avec le monde et de construction les attend eux aussi. 15 J’ai vécu au fond d’une impasse toute mon enfance, mon adolescence et le début de l’âge adulte, une impasse située dans une petite ville du Midi de la France à l’endroit où le Rhône se divise en deux bras et forme un delta, enserrant une plaine marécageuse, la Camargue. C’est une région qui pourrait faire rêver une petite fille, la région de Crin Blanc, des paysages où les différents éléments eau, ciel et terre ne font qu’un. J’ai lu des livres, vu des films contant les aventures des figures mythiques de cette Provence bercée par le chant des cigales. Et pourtant, la petite fille que j’étais, la petite Nadi, ne se sentait pas une habitante de cette région, ne la connaissait pas, elle ne connaissait que le fond de cette impasse. Ses rêves allaient au-delà, beaucoup plus loin dans le vaste monde, exprimant un refus de se sentir chez elle dans cet extrême sud de la France. L’impasse était située entre la gare S.N.C.F et une route qui menait vers Tarascon, la petite route de Tarascon disait-on à l’époque. Tout au fond, la maison, la plus grande, avec un jardin indépendant qui, bien que peu soigné, avait pour moi l’attrait de l’ailleurs et du mystère, appartenait à mon parrain et à ma marraine. J’y passais de grands moments à explorer le bric-à-brac entreposé par le parrain, à 19 inventer des scénarios dont j’étais l’héroïne, à découvrir la nature. J’adorais y observer les libellules, c’est tellement léger une libellule, virevoltant, libre, aérien. Je réussis un jour à en attraper une et m’amusai à la faire avancer sur une meule qui se trouvait là : sa tête fut arrachée. Première blessure, je venais de porter atteinte à la vie, je venais de prendre conscience pour la première fois de la mort, de l’irrémédiable. Juste avant la maison du parrain, sur la droite, une maison mitoyenne nous abritait mes parents, ma grand-mère maternelle et moi-même ; de l’autre côté de l’impasse, une dépendance contenait les W.C et une sorte de lavoir. Je redoutais d’y aller. Un aspect un peu sombre, mal entretenu, des toiles d’araignées dans les recoins et suspendues au plafond : tout un décor qui alimentait mes craintes enfantines. Ma mère avait obtenu l’autorisation de mettre une barrière en bois pour délimiter notre tout petit domaine et pour me protéger de la route toute proche. Mais il avait fallu pour cela des palabres longues et laborieuses avec le parrain qui se prévalait d’un droit de regard sur l’ensemble de l’impasse. L’intervention de ma marraine, sœur de ma mère, avait fini par donner gain de cause aux préoccupations de sécurité d’Yvonne Roux qui pouvait se montrer dans ces cas-là très obstinée. Cette barrière en bois est un souvenir de ma petite enfance ; le parrain, je disais rarement mon parrain, a exigé qu’elle soit supprimée lorsque j’avais sept ou huit ans, mais j’en ai encore longtemps entendu parler, elle était devenue un regret familial et sa suppression, le symbole de la toute-puissance du parrain. L’espace, donc clos entre le fond de l’impasse et la barrière, était jalousement entretenu par mon père qui 20
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