Kam Naaba - Page 1 - test Raphaël Compaoré & Jean-Yves Chatellier Kam Naaba La vie d’un Mossi de Songrétenga Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2006 3 er Le Code de la propriété intellectuelle du 1 juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions Editeur Indépendant – 2006 ISBN : 2-35335-019-4 Dépôt légal : Novembre 2006 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Sommaire Avant-propos……………………………………… …...….7 1 – Ici, tout le monde est parent de tout le monde………..11 2 – Les grands pouvoirs de grand-père Laldaogo……...…21 3 – Papa assassiné, je suis orphelin…………………...…..35 4 – Juste après, je deviens un handicapé……………….....54 5 – Mon second papa me nomme le « mécanicien »……..77 6 – Rencontre avec le sage Kam-Naaba, et avec, l’école !………………………………………………...…95 7 – Pour un œuf d’âne…………………….….………….113 8 – Chasse au marigot de Gibilga et les secrets de Paul…………………………………………………..…..130 9 – Chasse au rat voleur avec Yabyouré…………….…..142 10 – Nos premier 600 F et Kam-Naaba à la fête du roi…157 11 – La chasse au margouillat…………..…………….…175 12 – Mort de Jean-Baptiste………………………..…….190 13 – Premier amour………………………...…………....220 14 – La machine intelligente des blancs !…………….…229 15 – A 26 ans, je rentre en seconde AB32……………....248 16 – Marie est enceinte, et pas de moi !…………….…...266 17 – Mort de Kam-Naaba, et la peine des enfants du siècle…………………………………...………………..285 18 – Une fille m’a remarqué……………………….…....296 19 – L’espoir d’opération était un mensonge………...….303 20 – Enfin l’amour, et ce sera Martine…………...…...…324 21 – Epilogue…………………………………………....351 Les enseignements du sage Kam-Naaba………..…...…..353 Pour faire connaissance avec notre culture………….......375 Contes & légendes de nos grand-mères………….……...411 Glossaire Mooré-français………….…………………….465 5 Il était une fois, il était une foi….. Ce que je vais vous raconter, c’est l’histoire d’un jeune Mossi qui non seulement fut très tôt handicapé par la polio, mais dont le père fut assassiné juste après. De plus, il vit dans l’un des pays les plus pauvres de la planète…. C’est en effet de moi dont il s’agit ! Alors penserez-vous, cet enfant-là doit être le plus malheureux du monde ; comment fait-il pour trouver encore la force de vivre ? Et bien, laissez-moi vous raconter cette très courte histoire que je tiens du sage Kam-Naaba : Il y avait un homme qui était très très pauvre. Il avait tous les problèmes du monde et ne possédait en tout et pour tout que son benda (caleçon). Un jour, qu’il était plus qu’avant dépassé par ses problèmes, il décida de se suicider. Il prit une corde et alla en brousse pour se pendre. Arrivé en brousse, il vit un autre monsieur tout nu le suivre! Ce monsieur qui le voyait monter sur l'arbre pour se pendre, s’adossa au tronc de l'arbre tout en souriant. Le premier le voyant aussi joyeux lui posa la question : - Eh toi, que veux-tu de moi ? Pourquoi viens-tu à côté de l'arbre et souris-tu ainsi ? Laisse-moi donc seul faire ce que je veux faire !... 7 Le monsieur tout nu lui répondit : - J'attends que tu te sois pendu pour profiter de ton benda car vois-tu, tu possèdes bien plus que moi qui n'ai rien du tout, pas même ce simple benda. Si même nu je n’ai pas envie de me pendre, alors, je serai content lorsque j'aurai en plus ton benda ! L’homme qui voulait se pendre voyant la relativité de son malheur, renonça alors à son entreprise, et reprit la route de la maison avec sa corde…. Je répondrai aussi : comment le savez-vous, tout ce qui m’est arrivé? Non pas que je sois bien malheureux, mais que j’aie pu vous le faire savoir, moi qui n’aie qu’un âne et quelques chèvres, sans oublier les poules ! Nous voilà dans le mystère, nous voilà dans mon pays, où tout est tradition, où l’un de vos pieds foule peutêtre un lieu sacré ! Ma vie est compromis entre futur et passé. Nos sages ont hérité de l’art de guérir d’un très lointain passé! Pour eux, les outils du savoir sont ces nombreux gris-gris dont je vous parlerai, puisque les sages l’ont permis ! KamNaaba fut l’un d’eux ! Les génies nous observent, parfois bons, parfois mauvais, mais ils sont bien là! Au début de ce siècle, les religions sont venues rajouter des noms aux grands de l’invisible. Puis, beaucoup plus tard est venu, pour nous les jeunes, le vrai miracle ! Une incroyable fenêtre sur le monde. Le monde, ce sont toutes ces images accrochées sur le tableau de ma salle de classe. Alors, de ce pays de misère, moi le Mossi, j’ai pu communiquer, car j’ai compris que ce qui est grand dans l’homme, c’est le pouvoir de parler et aussi celui d’entendre. Je suis un passionné, mais vous verrez de quoi ! 8 Je viens de reprendre l’école, et peu importe qu’à 27 ans en première, cela fasse sourire! Nous l’école, c’est quand il y a une place qui se libère ! Beaucoup de mes copains s’en sont allés ! Beaucoup de mes proches ont, eux, choisi d’aller chercher fortune ailleurs que sur ce sol que leurs pieds d’enfants ont foulé. Trouvent-ils la fortune et le bonheur ? Ils trouvent l’illusion et vivent nostalgiques comme le chantait ce sage griot blanc Jean Ferrat ! Mon père - je l’ai si peu connu - a tout perdu en croyant tout gagner. Moi, j’ai choisi de rester et de vous inviter à visiter, non pas comme un touriste, mais en ami à qui on fait tout voir, mon pays et ma vie ! 9 1 J’ai été élevé dans une famille africaine, une très grande famille, car ici, dans le village tout le monde a un lien de parenté avec tout le monde. Il n’y a que des grands-parents, parents, oncles et tantes, cousins et cousines, neveux et nièces…. Toute cette communauté familiale, cette race descend du fondateur du lointain royaume Mossi. Dans ce pays où nous vivons, il n’y a que respect ! Petit, l’enfant doit le respect à ses parents, à ses frères et sœurs et tous ses semblables, qu’ils aient ou non le même âge. Il en va de même pour la femme avec les autres femmes, et pour les hommes entre eux. Il n’y a que du respect dans sa relation avec les autres. Bien sûr, vous avez tout loisir de refuser, de critiquer sans que l’on vous fasse le moindre reproche, mais attention, manquer de respect à quelqu’un de supérieur est un crime grave ! Manquer de respect à quelqu’un de supérieur peut avoir des répercussions sur l’intéressé lui-même. Je dirais que le respect est dans la pensée de mon village. 11 Mon peuple, tout comme bien d’autres, vit dans un petit village reculé, sur cette même terre qu’ont foulée nos aïeux. Ce village se nomme Songretenga. Il est lieu de fraternité, d’entraide ainsi que l’exprime le sens de ce mot en langue Mooré. Ma langue maternelle est en effet le Mooré, et tout le village parle cette langue. Elle se parle sans s’écrire ! C’est aussi la langue que parlent tous les Voltaïques. Peut-être n’est-elle pas bien connue, car là où nous vivons est un lieu de misère dans un bien pauvre pays de cette planète, sans expansion possible de sa culture. Ici, la vie d’un homme est très rattachée à celle de ses grands-parents et parents. Il y a toujours un trait caractéristique reliant l’homme à son grand-père, à sa grand-mère, son père ou sa mère. Moi, ma vie se rattache plus directement à celle de mes parents dont les deux sandales n’empruntaient pas la même voie, et qui avaient un pied dans la tradition et l’autre dans le monde moderne. Mon apprentissage s’est fait sous la double influence de la religion chrétienne et de l’éducation moderne. La vie de mes grands-parents était, elle, plutôt basée sur des pratiques coutumières avec l’animisme comme grand principe. Je suis donc né dans une période de transition moderne, où nos parents commençaient à délaisser progressivement les coutumes et s’adaptaient à la vie moderne, celle de la colonisation et de la religion. En effet, les pères blancs, apôtres du Christianisme vivaient non loin de chez nous. Grand-père se nommait Laldaogo. Ce nom donné par son père Toulougma avait une raison, comme presque chaque nom en a une en pays Mossi. J’ai eu la curiosité de 12 poser cette question, pour connaître le sens de ce nom ! Voici son histoire : ….Eh bien tout simplement, la mère de mon grandpère avait tué un rat sacré appelé Laolé. Si un garçon ou une fille en vient à tuer un tel rat, il a déjà l’obligation de l’enterrer ! Mais obligation lui est faite aussi d’attribuer ce nom à ses enfants, en accord bien-sûr avec le sexe de l’enfant. Ainsi, si l’enfant est une fille, elle doit l’appeler Lalpoko, et si c’est un garçon, Laldaogo. Poko signifie femme et daogo, homme. Laldaogo vécut en homme juste et sage. Il détenait un grand pouvoir mystique en vivant dans la maison surnommée « spectre des ancêtres », que lui avait léguée son père. On ne l’appelait plus jamais par son vrai nom, car le chef du village l’avait baptisé « chef des bouchers ». Et il est en effet interdit chez nous, vis-à-vis d’un chef, de prononcer son vrai nom. Celui qui viendrait à s’en rendre coupable serait alors immédiatement sanctionné par une amende payable en noix de Kola. Grand-père était polygame ; il avait deux femmes : Kirisamba et Barkimba. Kirisamba, sa première femme, porte un nom à la fois masculin et féminin. Vis-à-vis de celui qui porte un tel nom, on peut affirmer que son deuxième grand frère ou sa deuxième grande sœur possède un jumeau. Ce nom signifie en effet l’esclave des jumeaux ou des jumelles ; selon le cas. Kirisamba a mis au monde trois enfants. 13 Son premier, une fille, fut nommée Noaga. Le second enfant, un garçon, s’appela Noraogo (il deviendra plus tard Kam-Naaba). Enfin, le troisième enfant, une fille, devint Gandnoaga. Les prénoms de ces trois enfants avaient presque la même signification, dans le sens où ils dérivaient de la racine commune Noaga. Noaga pouvant être masculin ou féminin, signifie ou bien poule, ou bien coq. Il est interdit à toute jeune fille ou femme de tuer une poule ou un coq, même sans le faire exprès. Celle qui par maladresse le faisait se voyait alors contrainte de faire porter ce nom à tous ses enfants. Voilà donc pourquoi tous les enfants de Kirimsamba portaient la racine commune Noaga. Noraogo est donc le nom de celui qui deviendra le grand sage Kam-Naaba. Par contre, Gandnoaga pouvait avoir deux sens ! C’est un nom composé qui regroupe Noaga et Ganda. Cela vient d’une situation qui consiste à surprendre deux serpents en train de s’accoupler. Le devoir pour celui qui voit cela est de les tuer ! Mais, ce faisant, il est alors tenu de donner le nom de ses victimes « Ganda » à ses futurs enfants. De ce fait, nous avons Gandaogo pour un garçon et Gandnoaga pour une fille. Grand-mère Kirimsamba a donc malencontreusement tué une poule, puis après la naissance de son premier enfant vu deux serpents s’accoupler ! Barkimba était donc la seconde femme de Laldoagao, la mère de mon père. C’était une fille d’un 14
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