Thomas dit Tom - Page 1 - test Alain Legal Thomas dit Tom La bulle des rêves Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-134-7 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Ce livre est dédié à mon âme sœur, à la fée qui veille sur moi, et à tous ceux sans qui je ne serais pas devenu fou. 7 S’il y a un mot que je déteste, c’est bien celui-ci : Réveil. Il parait que j’en fais une consommation excessive, mais c’est plus fort que moi, cet… engin de torture s’acharne après moi depuis toujours, tous les matins, m’arrache à mes rêves les plus doux et là, forcement, ça se termine souvent mal… pour lui ! Voyons quelle définition nous en donne le dictionnaire : – Petite pendule dont la sonnerie… GRRR !!! Alors quoi d’autre… ah voilà : Passage de l’état de sommeil à celui d’éveil – Hum… Et si je considère que ce mot provient de la contraction de rêve et d’éveil, alors cela ressemblerait à un rêve qui s’éveille ? Mais non, puisque justement lors de ce fameux réveil, il nous semble bien qu’il s’arrête le rêve en question ! Donc il ne s’éveille pas mais se rendort pour la journée ! 9 Ce n’est pourtant pas si compliqué ! Ainsi donc, voici MA définition du susdit mot : Le réveil, c’est la mise en veille du rêve, en mode pause quoi ! Et ce, jusqu’à ce que cette foutue journée soit terminée et qu’enfin je puisse me replonger, dans ce monde fascinant où tout devient possible. Tiens, c’est l’heure d’y aller justement, alors, bonne nuit à tous, et faites de beaux rêves. 10 Quelle horreur ! – Oh non, ce n’est pas possible, je n’ai pas pu faire ça ! Le corps d’Anne était étendu sur le sol, couché sur le côté, le ventre suffisamment entaillé pour que la blessure puisse sembler mortelle. Ses vêtements étaient déchiquetés comme après l’attaque d’un fauve, un gros, avec des griffes bien affûtées, du genre de celles qui laissent des traces. À travers le chemisier dégoulinant, Thomas aperçut aisément les deux grosses balafres qui saignaient toutes autant dans le dos de son épouse, juste au niveau des omoplates. À quelques mètres d’elle, un feu mourant terminait de consumer quelque chose d’impossible à identifier en cet état, et ce qui calcinait, envoyait voltiger dans le ciel une foultitude de lucioles brûlantes et multicolores. Ce qui était certain, c’est qu’Anne ne bougeait plus depuis maintenant plusieurs minutes, et là, vraiment, 11 Thomas était désespéré. Il ne parvenait pas à comprendre ni comment ni pourquoi il se trouvait ici. Tremblant de peur et d’angoisse, il lâcha le couteau de cuisine qu’il tenait en main fermement depuis plusieurs minutes, un des couteaux de sa cuisine, le gros avec un manche tout blanc qu’il utilisait d’ordinaire pour découper le poulet hebdomadaire. Il le regarda tomber tout droit et se planter jusqu’à mi-lame dans le gazon, juste devant son pied. Enfin, il fixa ses mains recouvertes de sang et les essuya machinalement sur son tee-shirt, histoire de cacher à ses yeux cette preuve accablante. Le front brûlant et les jambes vacillantes, prêtes à le laisser tomber, il leva la tête et fixa les visages de ceux qui venaient d’assister silencieusement à la scène. – Ce n’est pas de ma faute ! leur cria-t-il. – C’est elle qui a voulu me tuer la première, c’est de la légitime défense ! Il pointa du doigt l’arme blanche et reprit : – Regardez ! C’est son couteau, je le reconnais bien ! C’est elle qui l’a apporté ici ! Je vous assure ! Pourquoi aurais-je tué ma femme ? En plus, quand je suis arrivé sur la colline, elle m’attendait déjà, bien cachée là, regardez, juste derrière la petite cabane où jouent les enfants, même eux, ne l’ont pas remarquée, j’en suis sûr ! Les personnes qui se trouvaient là formèrent une ronde autour de lui et finirent de l’encercler. Thomas 12 en reconnut à cet instant un bon paquet et en avala sa salive de travers. Il y avait là une belle brochette de tordue et même s’il n’avait pas beaucoup d’ennemis dans la vie, tous s’étaient donné rendez-vous ici, juste pour lui. Se tenant par la main, ils commencèrent à tourner, quand la musique commença. Oh, il identifia bien le chanteur, et dès les premières notes. Il détestait cette chanson qui lui résonnait de plus en plus fort dans les oreilles qui gonflaient à et en mesure. Le futur condamné ne savait plus quoi faire, il devait sortir de là, et vite. Ne trouvant d’autre solution, il recula pour prendre quelques pas d’élan puis en fonçant tête baissée, sauta par-dessus sa vieille mégère de voisine. C’est sûrement elle qui dirigeait la danse ! Sans plus jamais vouloir se retourner, il entama une course effrénée à travers le parking, les yeux fixés sur la cible à atteindre, de l’autre coté du jardin. Thomas pleurait, des larmes noires glissaient sur ses joues et venaient mourir dans le coin de ses lèvres. En grand sportif qu’il était, cette épreuve physique plus qu’intense l’obligea à adapter sa respiration. La bouche grande ouverte, Thomas ne put s’empêcher de les y laisser entrer et chacune de ces perles lacrymales laissaient à la fois un goût d’huile d’olive au basilic sur sa langue et des traces indélébiles autant qu’urticantes sur tout le visage. Il courait vite, si vite que bientôt, il arriverait près du gros caillou, celui qu’il venait de repérer tout là13 haut, et y serait probablement en sécurité, d’autant qu’à l’oreille, personne ne semblait le pourchasser. À mesure qu’il approchait d’ailleurs, ce rocher prenait une forme assez particulière. C’était plus un tas de grosses pierres posées là volontairement pour former une sorte de cabane, une caverne préhistorique peut-être, et puis quelle importance en fait, dans un moment pareil ! Lorsqu’il arriva enfin devant l’entrée, essoufflé comme un bœuf venant de finir un marathon, il baissa la tête pour pénétrer à l’intérieur, le plafond était plutôt bas et il y faisait sombre. Il put se redresser légèrement une fois les premiers mètres parcourus et continua ainsi sa progression jusqu’au fond. Cet abri commençait à ressembler à un entonnoir, et bien qu’il devînt plus spacieux à mesure que Thomas avançait – il faisait huit ou dix mètres de longueur –, le fond lui semblait minuscule. Enfin, il put s’y réfugier, la peur au ventre et le souffle court. Il s’accroupit doucement, le dos contre la dernière pierre, la plus petite, celle qui obturait ce couloir et qui transformait ce goulet rocheux en une souricière géante. Les pierres entassées n’étant pas parfaitement jointes, quelques rayons de soleil traversaient par ci par là et procuraient assez de luminosité pour le sauver de l’obscurité. En essayant d’allonger son souffle pour se calmer un peu, la crise cardiaque n’était pas si loin, il écoutait avec la plus grande attention les bruits 14 autour de lui, tournant la tête à droite puis à gauche à chaque bruissement de feuille ou hurlement du vent. Ce faisant, il remarqua une inscription gravée dans la grosse roche qui lui meurtrissait l’épaule gauche à chacun de ses mouvements. Le manque d’éclairage l’obligea à plisser les yeux et il dut se concentrer pour déchiffrer. Son cœur battait encore à toute allure, il claquait des dents, mais cela ne l’empêcha pas de lire le mot « vie » apparemment, un mot qui avait donc été buriné dans la pierre par les fameux hommes préhistoriques ou peut-être plus simplement par des jeunes du quartier se dit-il, puis il y avait encore un autre « v » mal fait celui-ci, et un « s » ensuite, ou un cinq ! Plus trop le temps d’approfondir, Thomas sursauta et hurla lorsqu’il vit sa femme quasiment nue surgir de nulle part devant l’entrée, lui faisant face, le couteau blanc à la main et les tripes à l’air. Elle affichait un sourire de vengeance diabolique et ses yeux rouges brillaient dans la nuit. Il cria de toutes ses forces : – Ahhhhhhhh !!! – Oh, oh !!! Tu vas te calmer oui, qu’est-ce qui t’arrive ? Ça ne va pas de brailler comme ça ! – Hein ! Quoi ! Non, ce n’est pas possible, elle est morte… Quand il ouvrit les yeux, Anne venait d’allumer la petite lampe et le regardait bizarrement. Après quelques secondes, Thomas comprit : 15
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