De la France à Port-Vendres - Page 2 - test Rachid Ezziane De la France à Port Vendres Une vie, un voyage… Roman Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-8121-0105-2 Dépôt légal : Août 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Pour Marie-Thérèse Rhan et toute sa famille A Nadia Tamene sans qui cet ouvrage n’aurait jamais vu le jour Pour l’amitié et le pardon entre les peuples. 7 « Vous pouvez arrachez l’homme du pays, mais vous ne pouvez pas arracher le pays du cœur de l’homme. » J. Dos Passos 9 Le vent soufflait les vagues ; elles devenaient montagnes et se tordaient en houle menaçante. Le Santa Maria tanguait, montait puis descendait ; l’eau submergeait le pont, frappait aux portes des cabines. La tempête méditerranéenne soufflait sa colère sur l’atlantique ; elle réclamait son droit sur le détroit de Gibraltar. Le rocher, imperturbable, assistait au duel ; inégal et sans fin. Depuis bien avant l’arrivée du fils de Numidie, quand il dit, sur ce même lieu : « voici l’ennemi devant vous et la mer derrière vous, vous n’avez que la victoire ou le martyr », le rocher, du haut de sa splendeur, invitait les hommes à y monter. A y mourir ! Le petit bateau, en route vers les côtes d’Afrique du nord, s’obstinait à défier poséidon. Quand le destin ficelle le futur : vas-y ; ne regarde pas derrière toi. Fusses-tu au milieu de la guerre des titans : la mer et les éléments. Lui, le destin, passe entre les filets de la nasse. C’est la force tranquille du temps. Du néant ! Le Santa Maria craquait sous le poids des ans et de la furie des eaux. Mais il savait son destin ; c’est sur les belles côtes d’Algérie qu’il accosterait en ce début du vingtième siècle. 11 – Terre en vue ! Terre en vue ! Nemours ! Voici Nemours, là-bas, qui sort des brumes. Miguel libéra sa femme et ses enfants de l’étreinte, quand la mer se libéra de la colère des éléments. – Gracias mi Dios ! Seigneur, gracias ! Dieu soit loué nous sommes saints et saufs, s’écria presque thérésa en embrassant ses enfants. – C’est fini ! reprit Miguel, c’est fini, préparonsnous à rejoindre le pont. Tous groggy par le mal de la houle, les passagers montaient sur le pont prendre l’air et dire des prières. De loin, la silhouette d’un rivage se dessinait avec le soleil qui montait dans le ciel. Miguel sourit. Dans quelque temps il sera chez lui. Il montrera à sa femme ce pays qu’il connaît déjà. Ça fait presque quatre ans qu’il y est. Il lui a déjà donné de sa sueur. Mucho sudor ! Il partit du côté ensablé de l’Andalousie. Il revit son passé, son enfance, sa jeunesse, et son rêve de toujours, celui de rejoindre Luis, son frère, là-bas, dans cette contrée qu’il lui avait tant décrite. Terre fertile, féconde : tu plantes, ça pousse ! Accueillante depuis des lustres, des siècles. Pas comme chez eux, dans le creux du versant abrupt ; rocs et terrains incultes à perte de vue. Et le vieux Carlos, le père, qui ne voulait pas de cet exil ; déracinant à long terme. « Le pastis et l’anisette vous manqueront leur disait-il. Il n’y a que des bédouins et des soldats ; et puis, vous ne parlerez plus espagnol, ni andalou, encore que, la langue de làbas, c’est quoi ? » 12 Juste au moment où le doute pointait son nez, que Miguel le pourchassa d’un trait. Non, il était revenu pour ramener sa famille ; et les quatre années passées à défricher la terre et à faire du charbon de bois lui ont fait aimer cette terre. La « tierra de trabajo ! », la « tierra de sudor ! », la « tierra del sol !» Et il y est presque ! L’Afrique du nord, l’autre Andalousie : féconde et docile… Le vieux bateau annonça son entrée au port. En arrière plan, la montagne exhiba sa forêt de caroubiers. Elle étala son empire tout le long du rivage. Nemours ouvrit ses bras, les deux frères « rochers » saluèrent l’entrée au port du Santa Maria en cette fin d’année de 1905. Comme un enfant blottit dans les bras d’une mère, la ville fuyait la mer pour aller enlacer la montagne protectrice. Le port, refait juste à la fin du siècle sortant, donnait à Nemours une allure de ville neuve. Il faisait froid. Les rues étaient désertes. Le brouillard marin accentuait la tombée du soir. Les derniers passagers quittaient le bateau. Le silence couvrit la ville. Un autre doute percutant empoigna la gorge de Miguel. Pourquoi ? Rêve prémonitoire ou mauvais présage ? Enfin, lui, il ne croit qu’à la sueur ; ses muscles savaient en distiller. Alors, les rêves, les pressentiments et les superstitions ne lui ont jamais chatouillés l’esprit. Les siens ; le père, la mère, les frères et sœurs, justement, ne voulaient pas qu’il parte car ils avaient besoin de lui pour les travaux de la 13
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