Nés le même jour, même heure, même année - Page 3 - test Ludovic MESANGE Nés le même jour, même heure, même année Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-144-6 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 LE MANS, 1er mai 1968. Il est 13 heures 35 à la seconde où Robert, un homme petit, trapu, des cheveux noirs très épais et une fine moustache, claque sont verre vide sur le comptoir comme pour faire comprendre au barman son goût prononcé pour l’alcool. Si tôt fait, si tôt rempli. R – « C’est pour fêter la naissance de mon fils ! » Crie cet alcoolique déjà ivre. En effet Eric vient de naître, avec pour seule compagnie sa maman fortement épuisée et moralement abattue. Son mari n’aura pas assisté à l’accouchement. Même jour, même heure et même année à Londres. Steve voit également le jour. Quoi de plus normal ? C’est vrai, sauf que ces deux beaux bébés s’apprêtent à vivre un destin hors du commun. Comme si tout cela était écrit. Que fait son père ? 7 Il ne boit pas et ne fume pas, alors quel est son vice ? Toujours est-il que lui non plus n’est pas là pour immortaliser ce jour merveilleux que sa femme vient de vivre pour la première fois. Monsieur n’apparaîtra à la maternité que le lendemain. Juste le temps pour lui d’entrevoir son fils et son épouse, tellement la visite fût écourtée. Six jours plus tard, les yeux écarquillés, Eric découvre sa première maison. Est-ce celle du bonheur ? S’exclamerait-il, s’il était en âge de la parole. Et là, premiers cris et bruits de claquements étranges. Mais où est-il tombé ce petit bonhomme ? Que fait-il ici ? Qui est ce type ? Pourquoi fait-il cela ? Vous l’avez bien compris, celui qui est censé jouer son rôle de père, est rentré dans un état aussi déplorable qu’à l’habitude. Steve, dort profondément dans sa belle chambre tapissée et peinte d’une très belle couleur bleue. Plongé dans ses premiers rêves, il est tout à fait normal qu’il ne puisse pas voir et entendre Gérald, son père, qui pousse la porte principale du garage d’où il n’en sortira qu’une heure plus tard. Ici, dans cette belle maison anglaise, c’est plutôt silencieux. Même trop d’ailleurs. Si la jeune maman avait le 8 malheur de perturber ce silence en posant des questions, elle risquerait fort de le regretter et descendre beaucoup plus vite les escaliers jusqu’à la chaufferie. Elle a pour obligation, d’y mettre à laver d’urgence le linge épouvantablement sale que son mari lui a confié. La jeune et jolie femme nous laisse à penser qu’elle est soumise et toujours sous les ordres d’un macho au visage trempé par la sueur de son front. Quinze jours de vie plus tard, Eric s’habitue à son rythme dans cet environnement de cris et de hurlements. D’autant plus que la manifestation des étudiants descendus dans la rue, a débuté. Ce qui effraie le plus ce petit bambin, c’est la transformation du faciès meurtri de sa maman quand elle le prend dans ses bras pour le bercer et atténuer son chagrin. Quand à lui, Steve ne pleure que si le biberon tarde un peu trop à venir. Pourtant le drame est bel et bien présent dans cette petite famille à l’allure paisible. Son père qui a été licencié ne travaille plus, mais est tout aussi absent que celui d’Eric. Que fait-il ? Où va-t-il ? Sa maman quant à elle passe le plus clair de son temps dans la chaufferie pour laver et repasser du linge. En quantité plus importante que la maîtresse de maison des voisins qui eux, ont huit enfants. Trois mois se sont passés, Eric fait toujours face à son destin qui défile. Il écoute, regarde, subit, et surtout enregistre. Soudain c’est la suffocation, tout le contenu 9 de son biberon lui ressort par le nez. Sa maman panique et ne sait que faire devant l’urgence. Crier ne servirait à rien puisque les voisins en ont l’habitude. Eric sera finalement emmené aux urgences par les pompiers, alertés au téléphone. Au même moment Steve ne respire plus et ne bouge plus. Sa maman qui comme à ses habitudes remonte de la chaufferie après cinq minutes d’absence, réalise le drame et alerte les secours. Au plus vite le beau bébé de trois mois est pris en charge par les médecins qui ne parviendront pas à le réanimer. Steve est plongé dans un coma artificiel des plus profonds. Eric est également dans les mains du corps médical à l’hôpital du MANS. Malgré tous leurs efforts pour réanimer l’unique fils de cette mère en souffrance permanente, ils n’y parviendront pas. Eric sombrera de la même façon que Steve dans un identique coma. Comme à l’accoutumée, sa maman qui pleure toutes les larmes de son corps, reste à son chevet tandis que son père raconte des histoires débiles, le coude avachi sur le comptoir de son nouveau bar favori situé dans la vielle ville. Il en va de même pour la maman de Steve. Elle est seule auprès du petit lit de son fils tandis que son mari absent depuis le matin, ignore ce qui se passe. Il est de toute façon bien trop occupé. D’ailleurs à cette heure-là, il doit probablement décharger le coffre de sa voiture dans une des petites forêts à l’extérieur de la ville où ils résident. Ceci est un rituel extrêmement précis et calculé qui dur depuis plusieurs mois. Mais que fait-il donc ? 10
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