Iridium Apocalypse - Page 1 - test Patrick LEHÉBEL IRIDIUM APOCALYPSE Roman Editions Editeur Indépendant 75008 Paris – 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-061-5 ISBN 13 : 978-2-35335-061-2 Dépôt légal : Mai 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. CHAPITRE 1 La tête contre les murs Qui situe le début de ce récit à Port-aux-Français des Kerguelen. Une animation inhabituelle régnait en cette après-midi du mois de juin sur les quais de Port-aux-Français, « capitale » de l’archipel des Kerguelen. Les guillemets autour du mot « capitale » s’imposent pour deux raisons. Tout d’abord, comme chacun sait, les Kerguelen ne sont pas indépendantes mais font partie du territoire d’outremer dénommé « Terres Australes et Antarctiques Françaises » (T.A.A.F.) depuis 1955. Ensuite, le mot « capitale » renvoie inconsciemment à des images de mégalopole, ce que n’est surtout pas Port-aux-Français. En fait, il ne s’agit que de quelques bâtiments épars le long d’une côte inhospitalière, qui ne témoignent que bien faiblement de la présence humaine en ces lieux. Précisons d’ailleurs que la population des Kerguelen ne s’élève à la belle saison qu’à une centaine d’habitants tout au plus. Ces 7 quelques constructions sans recherche architecturale, adoptant un profil bas pour ne pas offrir trop de prise au vent, presque toujours violent ici, ne s’imposent pas face à un paysage essentiellement minéral, bien peu accueillant. Il ne faut pas oublier que les Kerguelen, avant d’être ainsi rebaptisées, portaient le nom sinistre d’archipel de la Désolation... Qu’est-ce donc qui animait, ce 25 juin, un endroit habituellement si morne ? Le Marion-Dufresne, le navire qui ravitaille les îles Crozet, Saint-Paul, NouvelleAmsterdam et Kerguelen depuis la Réunion toutes les cinq semaines environ, venait d’accoster, ce qui, en soi, constituait déjà un petit événement. Mais cette fois il était accompagné d’un navire d’intendance de la marine nationale, la Garonne, ainsi que d’un cargo battant pavillon australien. Trois navires de cette taille dans le port, voilà qui n’est pas très fréquent et qui justifiait la présence de la foule sur les quais. « Foule » étant à prendre, bien sûr, avec les mêmes guillemets que « capitale » plus haut. En tout cas, le représentant du gouvernement français, qui porte là-bas le titre de chef de district des Kerguelen, plaisamment abrégé en « disker », et les principaux fonctionnaires de l’île s’étaient mis sur leur trente et un pour accueillir ces visiteurs, apparemment très attendus. Déjà, du Marion-Dufresne, à quai, sortaient quelques passagers. Ce bateau, outre sa mission de ravitaillement, offre quelques cabines pour le transport des voyageurs : relève, scientifiques de passage, voire « touristes ». En effet, les Kerguelen ne possédant pas d’aéroport, la voie maritime est jusqu’à présent la seule permettant d’y accéder. Cette fois, les passagers semblaient être des hôtes de marque, puisque le chef de district se dirigea droit vers 8 eux et les salua tour à tour avec empressement. S’agissaitil de personnages officiels en tournée d’inspection ? Leur tenue plutôt décontractée et peu apprêtée le démentait. Alors, de V.I.P. en manque d’exotisme froid ? Pas davantage; qu’auraient fait en leur compagnie les deux autres bâtiments ? Pendant ces salutations, les officiers de la Garonne débarquaient déjà, tandis que le cargo australien venait de mettre une annexe à la mer, son tirant d’eau lui interdisant de mouiller à quai. Mais approchons-nous un peu des nouveaux arrivants, pour assister aux présentations. Le premier à serrer la main au chef de district semblait le plus âgé, la quarantaine environ, de haute taille, peut-être un peu voûté, le front large et, il faut le dire, assez dégarni, une barbe poivre et sel, c’était apparemment le responsable du groupe. - Michel Resser, du C.N.R.S. - Bienvenue aux Kerguelen. Je suis très fier de vous serrer la main, Professeur. - Merci. Je vous présente mes collaborateurs : monsieur Matsumoto Yamagata, ingénieur de recherche chez Sony, chargé de la maintenance du matériel électronique embarqué. - Enchanté, bienvenue aux Kerguelen ! - Thank you, se contenta de répondre le représentant nippon qui, il faut le dire, ne comprenait pas un traître mot de français. Notre digne officiel, conscient du problème, décida de s’exprimer dorénavant dans la langue de Shakespeare (ou quelque chose d’approchant...) puisque, effectivement, le reste de la délégation ne comptait plus un seul compatriote. Pour des raisons de commodité, nous avons quant à nous, décidé de « doubler » en français les dialogues. Tour à tour, Michel Resser présenta donc : 9 - John Terry Maston, capitaine de la Navy : il sera notre chauffeur à bord, si le terme ne te vexe pas, John... - Pas du tout ! répondit, avec un clair sourire, le citoyen des States. Il correspondait assez bien à l’idéal masculin véhiculé par Hollywood. Ses dents blanches étincelaient (presque) comme celles de Burt Lancaster dans « Vera Cruz ». - Docteur Hansen, du centre de glaciologie de Westfonna, Norvège. - Ravi de vous accueillir sur notre petite île, Docteur, composa l’hôte en anglais, avec un vrai accent de sincérité. Il faut dire que le docteur en question était une beauté nordique dans toute sa splendeur, peut-être un peu trop habillée pour que notre sémillant chef de district apprécie pleinement ses mensurations, mais le climat des Kerguelen impose certaines contraintes vestimentaires... Une autre jeune femme la suivait, un peu plus petite mais tout aussi blonde. Son visage était moins canoniquement proportionné, mais ses grands yeux au regard pénétrant portaient l’empreinte du fameux charme slave. C’était en effet une Russe qui allait être maintenant présentée à notre digne ambassadeur austral de la galanterie française. - Docteur Natalia Fedorovna, du centre spatial de Baïkonour, planétologue de l’expédition. - C’est un événement pour Port-aux-Français de recevoir le même jour deux si charmantes personnes. - Merci, en notre nom à toutes les deux, répondit la planétologue russe dans un français qui, par contraste, reléguait l’anglais du « disker » au rang de baragouin. Enfin venait un sixième et dernier personnage, un géant roux débonnaire qui prit à la main un instant la pipe qui semblait vissée entre sa moustache et sa barbe pour 10 répondre au compliment du chef de district. Michel Resser l’avait présenté comme Ray Branican, géologue de nationalité australienne. Laissons un instant le représentant du gouvernement français saluer les officiers des trois équipages, pour donner au lecteur quelques réponses aux questions qu’il est en droit de se poser sur les six personnes que nous venons de présenter sommairement, sur leur association cosmopolite et les raisons qui avaient pu les amener en ce point peu fréquenté du globe. On aura peut-être remarqué que, si ces six personnages étaient de nationalités différentes, ces nationalités présentaient toutefois un point commun. Quel est donc ce point commun entre la France, le Japon, les États-Unis, la Norvège, la Russie et l’Australie ? Un indice ? Nous sommes aux Kerguelen, c’est-à-dire par 49° de latitude sud, entre les Quarantièmes Rugissants et les Cinquantièmes Hurlants, soit à 2000 km environ de la côte antarctique. L’Antarctique ! C’est la réponse. Les six pays énumérés ci-dessus font partie des vingt-six qui mènent des recherches scientifiques sur le continent blanc, avec, entre autres, ses « voisins » : l’Argentine, le Chili, la NouvelleZélande, l’Afrique du Sud, mais aussi le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, etc. On aura également remarqué que le niveau scientifique de notre équipe était assez relevé. À partir de ces indices, on aura donc pu facilement supposer que Michel Resser, Matsumoto Yamagata, J.T. Maston, Hulda Hansen, Nadia Fedorovna et Ray Branican faisaient escale aux Kerguelen sur le chemin d’une expédition polaire, et on aura eu raison de le supposer. 11 Toutefois, certaines questions demeurent : Michel Resser avait présenté John Maston, officier de la marine américaine, comme « chauffeur ». Mais de quoi ? De plus, qu’une expédition polaire moderne compte un électronicien, une glaciologue, rien de plus normal, un géologue, pourquoi pas ? Mais une planétologue ? La spécialité du chef de l’expédition fournira-t-elle une réponse ? Nous savons que M. Resser travaille au C.N.R.S., mais dans quel domaine ? M. Resser est paléontologue... Enfin, le fait le plus troublant est peut-être celui-ci : nous sommes en juin. Or, si juin est pour nous synonyme de début de la belle saison, tout le monde sait que, dans l’hémisphère sud, c’est au contraire le début de l’hiver. En cette saison, la nuit régnait sur pratiquement tout l’Antarctique, avec des blizzards qui pouvaient en balayer le plateau central à plus de 250 km/h, par des températures inférieures à -80°C ! Comment envisager une expédition polaire à cette époque de l’année ? D’ores et déjà, le terrible vent des Kerguelen fouettait cruellement les protagonistes de la scène que nous décrivons, sur les quais de Port-aux-Français. Suivons-les donc dans la grande salle de banquet préparée à leur intention : il y fera plus chaud et nous obtiendrons peut-être la réponse aux questions restées en suspens. Le « restaurant » des Kerguelen est le lieu unique où la petite colonie de résidents habituels prend ses repas. C’est un vaste bâtiment rectangulaire qui s’apparente plus à un hangar qu’à un véritable restaurant, mais on y est abrité du vent et la température y est agréable, ce qui est bien le comble du luxe sous ces latitudes. De plus, pour l’occasion, on avait décoré la salle de quelques rubans et guirlandes – les fleurs sont bien sûr inexistantes en cette saison aux Kerguelen – et derrière les places d’honneur 12 était tendue une banderole où était inscrit : « Succès pour l’expédition FRANJU ». Au XIXème siècle, on aurait peut-être servi à ces invités de marque du pétrel et le fameux chou des Kerguelen, d’ailleurs plutôt réputé pour ses vertus antiscorbutiques que gastronomiques, mais en ce début de vingt et unième, c’est devant une soupe lyophilisée, qui serait suivie de quelques pavés de poisson pané, que les convives engagèrent la conversation. - Entre nous, professeur, commença le disker, qui avait placé M. Resser à sa droite, j’ai compris que FRANJU était un acronyme constitué des initiales des six pays participant à l’expédition mais, franchement, ce n’est pas très beau à l’oreille. - Ah, vous savez qu’à l’ère de la communication, tous les grands projets se cherchent un acronyme séduisant, je ne sais pas, moi... Par exemple, GEOSS pour « Global Earth Observation System of Systems », ou TIGR, pour « The Institute for Genomic Research ». Nous avons choisi FRANJU pour la raison que vous avez évoquée, mais aussi parce que, rangées dans cet ordre, les initiales de nos pays forment un nom propre. - Franju est un nom propre ? Michel Resser esquissa un mouvement d’étonnement devant l’inculture du chef de district. Une certaine naïveté le poussait à attribuer aux responsables administratifs une supériorité sur les scientifiques dans l’ordre des lettres et des arts. Se reprenant, il dit de sa voix la plus pédagogique : - Mais oui, c’est un cinéaste français, Georges Franju, très bon, d’ailleurs, quoiqu’un peu oublié. Et il se trouve que l’un de ses films les plus connus s’intitule La tête contre les murs. Nous avons trouvé que cela s’appliquait à merveille à notre expédition. 13 - Ah oui ! La tête contre les murs ! Très bon ! Ha ! ha ! la tête contre les murs... 14
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