Le livre aux songes - Page 1 - Séverine Benveniste-Calviac Le Livre aux Songes Conte Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-355-2 Dépôt légal : Décembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire Préambule ............................................................. 13 Chapitre 1 – Persévérance et Volonté ................... 19 Chapitre 2 – Choix, Doute et Décision.................. 29 Chapitre 3 – Bonheur ............................................ 43 Chapitre 4 – Honnêteté et Vérité ........................... 57 Chapitre 5 – Altruisme, Entraide et Gratitude ...... 73 Chapitre 6 – Respect et Tolérance......................... 91 Chapitre 7 – Sa propre Voie .................................. 113 Épilogue................................................................. 117 7 A Thomas, Valentin et Louis, Mes enfants tant aimés, Qui donnent du sens à mon existence Et pour lesquels je nourris l’humble espoir Qu’ils vivent pleinement les aventures de la vie… Que ce récit Les aide à grandir, Les invite à questionner le monde, Et les conduise à trouver leur chemin Ainsi que celui de la sagesse… A Pascal, Mon époux et fidèle auditeur de mes essais, Qui m’encourage tellement dans l’écriture… A mon père, Qui a guidé ma vie… A ma mère, Qui n’en a pas eu le temps… 9 Si… Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties Sans un geste et sans un soupir ; Si tu peux être amant sans être fou d'amour, Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre, Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, Pourtant lutter et te défendre ; Si tu peux supporter d'entendre tes paroles Travesties par des gueux pour exciter des sots, Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles Sans mentir toi-même d'un mot ; Si tu peux rester digne en étant populaire, Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, Et si tu peux aimer tous tes amis en frères Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ; Si tu sais méditer, observer et connaître, Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, Penser sans n'être qu'un penseur ; Si tu peux être dur sans jamais être en rage, Si tu peux être brave et jamais imprudent, Si tu sais être bon, si tu sais être sage, Sans être moral ni pédant ; Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite Et recevoir ces deux menteurs d'un même front, Si tu peux conserver ton courage et ta tête Quand tous les autres les perdront ; Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire Seront à tout jamais tes esclaves soumis, Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire, Tu seras un homme, mon fils. Rudyard Kipling, 1910 11 Préambule Le jour commençait à poindre. Un faible rayon de soleil passait par les minces fentes des persiennes, nimbant la pièce d’une douce lumière. Léo somnolait. D’étranges images traversaient son esprit où tout était confus. Avait-il encore fait un mauvais rêve comme cela lui arrivait souvent depuis quelque temps ? Mais cette fois-ci, cela semblait si réel, si proche de lui… Il se retourna plusieurs fois dans les draps, comme pour dissiper les singulières visions qui le poursuivaient malgré lui. Que se passaitil donc ? Il était engourdi et rompu de fatigue. Il se résolut cependant à se lever. Il s’assit au bord du lit, se frotta les yeux énergiquement et s’étira en bâillant. Il contempla sa chambre, s’assurant que tout y était à sa place : ses jeux s’amoncelaient dans les caisses, ses nombreux livres s’alignaient sur les rayonnages de la bibliothèque, son cartable chargé s’affaissait au pied du bureau jonché de feuilles griffonnées et d’ouvrages d’astronomie… Pourtant, Léo était perplexe, en proie à la troublante et irrationnelle sensation que quelque chose, ici, avait changé… 13 Machinalement, il allongea le bras vers sa table de nuit. Négligemment, il y prit sa montre. Distraitement, il la fixa à son poignet et en avisa le cadran : il était sept heures cinq. Ses yeux s’attardèrent de nouveau sur chaque recoin de la pièce. Un détail lui avait échappé, il en était certain… Après quelques minutes de vaine observation, il dut se rendre à l’évidence : rien n’était différent… Agacé, il haussa les épaules et secoua la tête pour éloigner ses derniers doutes… Il était sept heures dix. Il s’apprêtait à se mettre debout lorsque, soudain, son regard se figea : sur son chevet se trouvait un livre qu’il n’avait jamais vu, mais qui lui semblait pourtant bien familier… Intrigué, il le saisit, le posa sur ses genoux et l’observa attentivement. C’était un imposant volume aux épais feuillets, habillé d’une reliure en velours rouge. Ses doigts effleurèrent délicatement la couverture brodée de minutieuses arabesques entrelacées. Léo ouvrit le livre à la première page. Une magnifique clé dorée et finement ciselée y était dessinée. Elle semblait si réelle que Léo eut envie de la toucher. Non sans une certaine appréhension, mais irrésistiblement attiré, il tendit la main vers le petit objet. Il interrompit presque aussitôt son geste : il lui avait semblé entendre un léger tintement. Stupéfait, il fronça les sourcils. Après une brève hésitation, il approcha lentement son visage. Le bruit se fit plus perceptible. Les yeux écarquillés, il se pencha un peu plus. Cette fois-ci, c’était comme si des milliers de clés retentissaient… Tout à coup, l’air se mit à scintiller. Assourdi, aveuglé, effrayé, Léo tenta de crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il voulut jeter le livre quand 14 tout se mit à tourbillonner autour de lui. Puis, un à un, chaque objet de sa chambre s’engouffra et disparut dans le mystérieux ouvrage. À son tour, avant même d’avoir eu le temps d’esquisser le moindre mouvement, Léo fut aspiré comme un minuscule grain de poussière… Tout l’univers de Léo avait disparu. Autour de lui, il n’y avait rien, sinon un océan de sable brûlant. Le soleil et la chaleur l’écrasaient. « Où suis-je ? Que m’arrive-t-il ? » parvint-il à articuler à grand-peine. Une voix qui se voulait à la fois douce et solennelle s’éleva : « Tu es entre rêve et réalité. Le Livre aux Songes t’a choisi Et est venu à toi pour t’aider à affronter Tous les obstacles qu’un jour sèmera sur ta route la vie. Des épreuves dont grandi tu sortiras Vont à toi se présenter. Pour les surmonter, de toi, et de toi seul, il dépendra… A chaque instant, si tu le souhaites, ton monde tu peux retrouver, Ou à l’inverse, rejoindre celui du Livre en prononçant ces mots : Songes, venez à moi ! Ce sera fait aussitôt. Mais attention : ce ne sera possible que trois fois ! Si, malgré tout, tu décides d’abandonner, Certes, tu n’auras pas tout appris de l’expérience Qu’à vivre tu es appelé, Mais tu la conserveras en toi comme une véritable chance… Le Livre se refermera alors. Peut-être s’offrira-t-il à toi plus tard, qui sait… S’il estime que tu le mérites et que tu es suffisamment fort. Sinon, il disparaîtra de ta vie à tout jamais. » 15 La voix s’éteignit brusquement. « Mais qui êtes-vous ? Et que dois-je faire ? » s’exclama l’enfant. Il ne savait que penser… Il avait entendu les mots, bien sûr, mais, confondu par la surprise et le désarroi, il n’y avait pas prêté suffisamment attention pour en appréhender la pleine signification et en apprécier toute l’importance… Était-il aux confins du rêve ou de la réalité ? Comment le découvrir ? Tout cela était si obscur et déroutant… Accablé de désespoir et de remords, il se laissa tomber à genoux et éclata en sanglots. « Mais que se passe-t-il donc ? Pourquoi ai-je pris ce livre ? » ne cessait-il de se répéter en se lamentant… Un bref instant, il crut se rassurer à la pensée évidente qu’il allait se réveiller : il se trouvait tellement naïf d’avoir pensé que ce qu’il vivait pouvait être réel… Mais le doute revint, sournoisement, et l’envahit de nouveau… Léo n’avait pas encore saisi le sens de ce qui lui arrivait. Il n’y voyait là qu’une redoutable et invraisemblable mésaventure. Il ignorait bien sûr que le Livre aux Songes allait ainsi à travers le monde et s’ouvrait à tous les enfants afin de leur dispenser les vertus humaines. Les adultes ne soupçonnaient pas son existence, ou plus exactement l’avaient oubliée, car chacun d’entre eux avait été enfant et avait voyagé un jour dans ce livre magique dont personne ne se souvenait plus, une fois les épreuves traversées. Les enseignements transmis, aussi minimes fussent-ils, demeuraient cependant à jamais gravés dans les âmes et dans les cœurs. 16 « J’ai soif, songea Léo, j’ai tellement soif… » Il se redressa, se releva péniblement et observa le paysage : rien que du sable à perte de vue et pas âme qui vive… Un immense abattement et une extrême confusion l’habitaient. Il ne parvenait plus à réfléchir. Il était découragé, profondément découragé. Il n’eut d’autre souhait que de revenir chez lui. Il se retrouva immédiatement dans sa chambre où rien n’avait changé. Il était assis au bord de son lit. Sa montre indiquait sept heures dix. « Quel rêve désagréable ! » Léo était soulagé… Il s’empressa de s’habiller et de faire son lit. Tandis qu’il remettait les draps en place, quelque chose en tomba et glissa sur le tapis en faisant un léger tintement. Léo baissa les yeux et aperçut un petit objet brillant. Il le ramassa. C’était une délicate clé dorée et finement ciselée. Il la posa précautionneusement dans le creux de sa main et l’examina sans parvenir à en détourner son regard. « Mais alors… je n’ai pas rêvé ? » Il était tout à la fois troublé et sceptique. Les étranges paroles de son rêve lui revinrent par bribes. « Et si ?… Non, non, ce n’est pas possible ! A moins que ?… » Il mit la clé dans sa poche puis regarda sa montre : sept heures et quart. Il était en avance ce matin et pouvait bien s’accorder encore quelques instants de songerie… 17
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