Harry S. Truman et Hiroshima - Page 1 - 3 Claude Berland Harry S. Truman et Hiroshima Un moment crucial dans l’Histoire de l’Humanité Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2010 4 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 41 62 14 42 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3833-1 Dépôt légal : Juin 2010 © Claude Berland L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 7 Les personnages Prologue Harry Truman Président des Etats-Unis, 1945-1953 Une journaliste Acte 1: 12 avril 1945; Harry S. Truman , Président des Etats-Unis Mrs. Roosevelt Epouse de Franklin D. Roosevelt, 1933-1945 Une secrétaire Le Président de la Cour Suprême Edward Stettinius Secrétaire d’Etat Henry Stimson Secrétaire à la Guerre Deux membres du Cabinet Simmons Chef du service du Protocole Winston Churchill Joseph Staline Maragareth Truman Epouse d’Harry Truman Acte 2: 25 avril 1945; Conférence de San Francisco, création de l’ONU Harry Truman, Edward Stettinius Averell Harriman Ambassadeur des USA à Moscou Molotov Ministre des Affaires Etrangères de l’URSS Gromyko Ambassadeur de l’URSS à Washington Cordell Hull Ancien secrétaire d’Etat Tom Connaly Sénateur démocrate Arthur Vandenberg Sénateur républicain James Byrnes Secrétaire d’Etat, successeur de Stettinius Acte 3: 17 juillet 1945; Conférence de Potsdam, organisation de l’Europe Harry Truman, James Byrnes, Winston Churchill, Joseph Staline, Molotov Anthony Eden Ministre des Affaires étrangères du Royaume Uni Clement Attlee Premier Ministre, successeur de Winston Churchill Acte 4: 6 août 1945; Hiroshima, fin de la seconde guerre mondiale Harry Truman, Henry Stimson Leslie Groves Général en charge du Projet Manhattan McCloy Secrétaire-adjoint à la Guerre George Marshall Général commandant les forces terrestres Ernest King Amiral commandant la Navy Bibliographie Les mémoires d’Harry S. Truman, L’année des décisions Pourquoi Hiroshima? Barthélémy Courmont Les mémoires de Winston Churchill Des articles, documents et analyses piochés ici ou là 8 Prologue La décision était implicitement contenue dans le projet, Aurait-elle pu être empêchée, je l’ignore. Robert Oppenheimer, 27 octobre 1964 Nous sommes en 1953, Harry Truman est interviewé par une journaliste: -Monsieur le Président, bonjour. HT: -Bonjour Mademoiselle. -Aujourd’hui au début de 1953, vous venez de terminer votre deuxième mandat de Président des Etats-Unis d’Amérique. Vous avez vécu des moments historiques, la création de l’ONU, la bombe atomique, la fin de la seconde guerre mondiale, enfin la guerre froide. Que retenez-vous de ces huit années au pouvoir? HT: -Je n’ai jamais prétendu avoir été un grand président, par contre je peux dire que j’ai éprouvé beaucoup de plaisir et d’intérêt à essayer d’en devenir un. -Vous ne vous attendiez pas à devenir président, n’est-ce pas? HT: -C’est exact, Mademoiselle, et je précise que je n’ai jamais eu cette ambition, d’autant que rien dans ma vie ne m’y préparait. Vous savez! Avant d’entrer en politique, j’ai exercé bien d’autres activités, comptable dans une banque, boutiquier, capitaine d’artillerie en France durant la première guerre, agriculteur, enfin juge. -Quel parcours et que d’expériences qui, toutefois, ne conduisent pas à la politique! HT: -Oui, dans un sens c’est vrai! Mais mon rêve avait toujours été d’être élu sénateur du Missouri, l’état où je suis né. Je l’ai été effectivement en 1935 à la suite d’intrigues compliquées au sein de la machine du Parti Démocrate. Ensuite j’ai été choisi, par moquerie peut-être ou par légèreté, comme colistier de Roosevelt pour sa campagne présidentielle de 1944. -Roosevelt fut un très grand président! 9 HT: -En effet vous avez raison, cela ne fait aucun doute. Ce que vous venez de dire me rappelle une phrase de Churchill: ‘Pour être rangé parmi les grands de ce monde, il faut trois conditions; être un grand homme, dans un grand pays et pour un grand projet‘. Roosevelt a réuni ces trois conditions en même temps. Par contre, il m’avait tenu totalement éloigné des épreuves que traversait alors le monde. Rendez- vous compte que depuis sa réélection au début de l’année 1945, je ne l’ai rencontré qu’à deux reprises. Je vivais alors dans la crainte qu’un malheur n’arrivât à ce grand chef, et le 12 avril lorsque la pire catastrophe s’est produite, je n’étais absolument pas préparé à affronter une telle situation. -En revanche, si je peux me permettre, Monsieur le Président, en vous se trouvent réunis deux traits de caractère qui vont assez rarement de pair: la modestie et le goût de l’action. HT: -C’est très aimable de votre part de le mentionner. Au Congrès, j’avais tout de même acquis l’expérience des affaires intérieures. Par contre aucune en matière de diplomatie! Comme la plupart des Américains, je ne connaissais strictement rien du monde en dehors des Etats-Unis. Dès le mois de juillet à Potsdam, j’ai du affronter et travailler avec deux fortes et puissantes personnalités, Churchill et Staline, tous deux très expérimentés. Sans Churchill, l’Europe Occidentale aurait pu être réduite en esclavage, et sans Staline, l’Europe de l’Est aurait pu être libre. Oui, je n’étais pas préparé à cette haute fonction à un moment si critique de notre histoire, particulièrement difficile et dangereux. Mais je me suis toujours efforcé d’écouter et de tenter de comprendre le vrai sens des avis qu’on voulait bien me prodiguer. Ensuite, je prenais une décision, donnais des ordres et m’y tenais. -Et puis, il y eut Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août, moins de 4 mois après votre prise de fonction. HT: -Quel concours de circonstances! Imaginez que j’appris, seulement quelques jours avant la capitulation du Reich, le 8 mai 1945, que nous allions expérimenter une nouvelle bombe très puissante dans le désert du Nouveau-Mexique. Les Nazis étaient pour ainsi dire vaincus, certes. Par contre, le Japon, malgré des pertes colossales en hommes de part et d’autre, refusait de capituler. En outre je devais traiter la Russie d’une main de fer, sans état d’âme. La meilleure façon de résoudre ces deux problèmes à la fois a été cette nouvelle arme que l’on appela atomique. -Oui, en effet, je me souviens vous avoir entendu dire au soir d’Hiroshima: ‘Nous pouvons dire que nous sortons de cette guerre la nation la plus puissante du monde, la nation la plus puissante de l’Histoire’. HT: -Cette phrase fut une de mes rares manifestations d’orgueil. Ce n’est pas mon tempérament, mais j’étais réellement fier pour mon pays. La deuxième guerre mondiale était enfin terminée et nous avions vengé le désastre de Pearl Harbour. 10 -Quelle revanche pour le petit du Missouri que vous aviez été! HT: -Ma vraie fierté, as a matter of fact, c’est plutôt d’avoir recherché la paix durant ces quelques quatre mois terribles. En premier lieu, par la mise sur pied de l’Organisation des Nations-Unies, l’ONU, lors de la Conférence de San Francisco qui commença seulement deux semaines après ma prise de fonction, puis à la mi- juillet de cette même année 1945, lorsque nous nous sommes réunis à Potsdam avec l’Angleterre et l’Union Soviétique pour organiser la paix en Europe après la capitulation de l’Allemagne. -Ce ne fut pas facile. Je me souviens d’un Staline brutal, peu coopératif et sournois. HT: -Oui, en effet. Mais le plus difficile restait à faire. Prendre la décision d’utiliser pour la première fois de l’Histoire cette nouvelle arme cent fois plus meurtrière que les bombes dont nous disposions par millier, pour obtenir la paix plus tôt et à moindre coût humain… Le paradoxe de l’Histoire avec un grand H, est que Staline voulait, lui, asservir le monde à une idéologie inacceptable pour nous, Américains. Je parle du communisme qui annihile toute liberté individuelle. Et ce fut alors le début de la guerre froide. -Mais c’est une autre histoire! HT: -Non pas une autre histoire, Mademoiselle, mais la continuation de l’Histoire. Tout se tient en politique et aucune action n’est sans conséquence. C’est à Potsdam que s’est fait l’ancrage de l’idéologie communiste en Europe de l’Est. Le rêve de Staline était de l’imposer au monde au même titre qu’Hitler avait rêvé d’imposer le national-socialisme. Hitler/Staline, même combat mégalomaniaque et dogmatique! Leur échec est inexorable… un jour ou l’autre. Off the records, je vous avouerai néanmoins aujourd’hui que Staline avait, à Potsdam, réussi à nous manipuler, Attlee bien sûr car nouveau premier ministre, Churchill peut-être, quant à moi certainement, je le reconnais. -Merci, Monsieur le Président. Vous avez été un grand président dans des circonstances exceptionnelles; l’Histoire le reconnaîtra bientôt. HT: -Mademoiselle, je vous remercie. Au revoir! 11 Acte 1, scène 1 Mrs. Roosevelt s’adresse à une secrétaire: -Voulez-vous, je vous prie, appeler le vice-président Truman et le convoquer de ma part de toute urgence à la Maison Blanche. -Bien Madame! Entre HT tout pâle: -Me voici, Mrs. Roosevelt -Harry, bonjour, aujourd’hui 12 avril 1945, le Président Roosevelt est mort. HT après un temps: -Je suis, Madame profondément peiné. J’avais une très grande et respectueuse admiration pour tout ce que votre mari a fait pour l’Amérique et le monde depuis plus de 12 années et j’étais subjugué par le courage qu’il déployait malgré son état de santé pour affronter les terribles épreuves que nous connaissons. Recevez mes très sincères condoléances et croyez à mon amitié… Y a- t-il, Madame, quelque chose que je puisse faire maintenant pour vous? -Y a-t-il plutôt quelque chose que nous puissions faire pour vous? C’est à vous d’assurer maintenant la charge des Etats-Unis. Arrivent alors le président de la Cour suprême avec une Bible et les membres du cabinet: -Monsieur le Vice-Président, vous devez maintenant prêter serment. HT:-Moi, Harry S. Truman, jure solennellement que je remplirai loyalement la charge de Président des Etats-Unis et que je m’efforcerai, dans toute la mesure de mes moyens, de conserver, de protéger et de défendre la Constitution des Etats-Unis contre tous les ennemis extérieurs et intérieurs. Président de la Cour suprême: -Vous êtes maintenant le Président des Etats-Unis d’Amérique. Recueillement de quelques minutes. Ne restent que les membres du Cabinet qui applaudissent HT. HT: -Nous allons, Messieurs, si vous le voulez bien, tenir notre première réunion de cabinet dès à présent. Y a-t-il des questions qui doivent retenir aujourd’hui notre attention. 12 Stettinius: -Monsieur le Président, je pense qu’il y en a une. Avez-vous l’intention de maintenir la conférence de San Francisco prévue dans moins de deux semaines, le 25 avril. HT: -La conférence, Monsieur le Secrétaire d’Etat, se réunira bien à cette date comme l’avait décidé le Président Roosevelt. La question ne fait aucun doute pour moi. Il est d’une importance suprême que nous édifions une organisation pour aider à préserver la paix future dans le monde. Nous l’appellerons l’ONU, l’Organisation des Nations Unies. Stettinius: Bien, c’est noté, Monsieur le Président, je poursuis donc sa préparation. HT: -Y a-t-il une autre urgence?…Chacun reste silencieux. Bien! Je voudrais maintenant vous dire quelques mots sur le fonctionnement du cabinet comme je le conçois pour les jours à venir. Je serais très heureux et je souhaite vous voir tous rester à vos postes. La guerre avec l’Allemagne et le Japon se poursuit avec intensité sur plusieurs fronts et les relations avec nos deux Alliés anglais et russe sont délicates et essentielles. Ce n’est donc pas le moment de déclencher des changements de responsabilités. De plus, l’expérience que vous avez acquise et votre connaissance des dossiers me seront précieuses. Il est pour l’instant dans mes intentions de continuer la politique intérieure et extérieure du gouvernement Roosevelt. Mais néanmoins je tiens à préciser: j’entends faire usage de mon autorité et assumer la responsabilité pleine et entière de mes décisions. HT marque un temps d’arrêt et regarde un à un chacun des membres présents. Sans forcer la voix, il poursuit: -J’ai l’espoir que vous n’hésiterez pas à me donner votre avis et je serai heureux de l’écouter. Si vous en sentez la nécessité, je vous demande d’exprimer clairement et de façon argumentée votre opinion, même si et surtout si elle est différente de la mienne. Mais le pouvoir de prendre la décision n’appartient qu’à moi. Une fois la décision prise, je compte sur votre entière loyauté, c’est à dire que vous l’acceptiez telle quelle et que vous me soutiendrez sans hésitation ni murmure…. Un temps d’arrêt et de silence pour tous…. En ce qui concerne ma philosophie politique, je m’étiquette démocrate comme l’était Jefferson, mais moderne. J’appliquerai les principes de ce grand Homme d’Etat à la situation actuelle. Le pays doit être gouverné au bénéfice de tous et non pas seulement pour les quelques favorisés qui tiennent la corde. Un membre du Cabinet: -Monsieur le Président, je pense être l’interprète de tous autour de cette table pour appliquer également ces principes auxquels nous adhérons tous. Vous pouvez compter sur nous. 13 Un autre membre: -Les correspondants des journaux accrédités auprès de la Maison Blanche réclament une conférence de presse. HT: -Je préfère ne pas tenir maintenant une telle conférence. Dites-leur que je m’efforcerai d’accomplir ma mission comme je crois que l’aurait fait le Président Roosevelt. Dans ce dessein, précisez-leur que j’ai prié tous les membres du cabinet de rester en fonction. Ce sera tout pour aujourd’hui! Messieurs, je vous remercie. Vous pouvez disposer. Reste Henry Stimson, secrétaire à la Guerre: Stimson: -Monsieur le Président, je me dois de vous dire en particulier dès maintenant quelques mots sur une question excessivement urgente et confidentielle, ce qui explique que je n’ai pu prendre la parole quand vous nous l’avez proposé tout à l’heure. HT: -Allez-y, Monsieur le secrétaire à la Guerre. De quoi s’agit-il? Stimson: -Une de nos équipes travaille intensément au développement d’un nouvel explosif d’une puissance destructrice presque incroyable. Je n’en connais pas les détails et de plus je ne suis même pas autorisé à vous en dire davantage aujourd’hui. HT: -Comment cela? Votre dernière phrase me laisse perplexe. N’oubliez pas, Monsieur le secrétaire à la Guerre, que je suis maintenant le Président des Etats- Unis. Si ces travaux devaient nous conduire à disposer d’une puissance effrayante, je dois en être pleinement informé comme devait l’être le président Roosevelt. Stimson: -Je vous organiserai très prochainement, Monsieur le Président, une réunion avec les personnes concernées, dont le Colonel Groves, responsable de ce projet appelé Manhattan. HT: -Je compte sur vous, Monsieur le secrétaire à la Guerre . On ne doit rien me cacher d’important. Je vais avoir beaucoup de choses à apprendre dans les jours qui viennent. A vous les membres du cabinet de savoir faire le tri en fonction de leur importance pour notre pays, des priorités et de l’urgence des décisions à prendre. 14 Acte 1 scène 2 HT et une secrétaire dans le salon Ovale: -Aujourd’hui, 13 avril, sera ma première journée de présidence. Madame, je vous remercie de prendre les objets personnels du Président Roosevelt et de les remettre à Mrs. Roosevelt. Bien. Dites- moi, s’il vous plaît, quel était le rituel? La secrétaire: -Les visiteurs et les coups de téléphone vont bientôt arriver. HT: -Je sais que je vais devoir improviser, mais je ne peux pas être dérangé à chaque instant si je veux faire du bon travail. Demandez à Monsieur Simmons du service du Protocole de les recevoir, de faire le tri et d’organiser les rendez-vous lorsqu’ils sont vraiment nécessaires, en fonction de mon agenda. La secrétaire: -Le Président Roosevelt recevait tous les jours en priorité le secrétaire d’Etat, Edward Stettinius Jr., qui lui remettait un résumé de deux pages des évènements diplomatiques en cours et les lui commentait. HT: -Faites-le donc entrer dès qu’il arrive. Et dites aussi aux autres membres du cabinet et au chef d’état-major interarmes de procéder de la même façon. Je lirai ces documents à tête reposée, ce sera pour moi la meilleure façon de m’informer des principales affaires du pays et de rester up to date. On frappe à la porte, la secrétaire va ouvrir et dit: -Monsieur le Président, Monsieur Stettinius est arrivé. Il demande s’il peut vous voir maintenant. HT: -Bien sûr. Faites-le entrer! Entre Stettinius, la secrétaire se retire. Stettinius: -Monsieur le Président, bonjour. HT: -Bonjour Ted, convenons dès à présent que vous pouvez m’appeler Harry en privé, nous aurons beaucoup à travailler ensemble et je préfère simplifier nos rapports. Stettinius: -Je vous remercie, Harry, de cette marque d’amitié et de confiance. Mon département préparait chaque jour pour le Président un résumé de deux pages des événements diplomatiques importants. Voici celui d’aujourd’hui. HT: -Je souhaite vous voir continuer cette pratique.
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