Conte à rebours, du pouvoir à l'amour en un éclair de génie - Page 1 - test Philippe Rosset Conte à rebours DU POUVOIR A L’AMOUR EN UN ECLAIR DE GENIE Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 - Fax : 01 53 04 90 76 - mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-315-6 Dépôt légal : Juillet 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 A Claire, en qui j’ai foi et qui m’a fait découvrir une chose bien plus réelle et tellement plus précieuse que Dieu : l’Amour… 9 14 Lucio Al Dio Confortablement installée dans le salon privé du dernier étage des bureaux de la Trade Financial Corporation sur Santa Monica Boulvard, j’avais sorti un bloc sténo et mon dictaphone numérique. Je pouvais enregistrer jusqu’à huit heures de conversation. A toutes fins utiles, j’avais pris la précaution d’emmener mon ancien dictaphone à cassettes au cas où la technologie high tech ne m’aurait pas accompagnée jusqu’au bout de l’entretien ; ou si les huit heures du numérique ne suffisaient pas – ce dont je doutais beaucoup. Je ne savais pas vraiment combien de temps durerait cet entretien, mon interlocuteur avait été très bref au téléphone. Il m’avait demandé de réserver mon après-midi et avant que je n’aie le temps de reprendre la parole il m’avait donné l’heure et le lieu du rendez-vous en me spécifiant fermement d’entourer cet entretien du plus grand secret. Comprenez de n’en parler strictement à personne, pas même à mon labrador ! 13 Et j’étais là , sans même connaître l’objet de notre entretien. Je ne connaissais mon interlocuteur que de nom et de réputation. Une vague image, du genre épreuve en noir et blanc de mauvaise qualité. De fait, le mystère autour de notre rencontre m’impressionnait. Je n’y étais ni préparée ni habituée. J’écrivais d’ordinaire des papiers sur la santé, l’obésité et la mal bouffe. Je doutais fort qu’il m’ait fait venir pour me parler de son prochain repas. Fût-il le dernier ! Mes mains tremblaient et j’avais du mal à réprimer leurs frémissements. Une amie reporter du service Investigations m’avait conseillé d’imaginer mon interlocuteur en slip. Je crois après coup que si je l’avais fait je me serais évanouie. Lucio Al Dio aurait pu être ce gars qui se retourne et vous lance un « what else ? » ravageur… Quelques petites balafres en plus ne faisaient qu’ajouter à son élégance naturelle le charme du mauvais garçon. Or je n’étais ni dans Ocean Eleven ni dans une pub télé. Il était bien réel. Lucio Al Dio fréquentait la jet-set américaine, le gotha de Los Angeles. Il était l’un des plus grands industriels de la planète. Il était aussi prétendument un des gros parrains de la mafia de la côte ouest des Etats-Unis. Surveillé depuis plus de vingt ans par les autorités américaines, chaque agence, CIA, NSA et FBI avait sur son compte un dossier plus gros que le bottin de Los Angeles. Pourtant, aucun n’avait permis d’apporter une quelconque preuve permettant d’accréditer la thèse de son appartenance à la Cosa Nostra. Cela ne semblait pas le déranger outre mesure. Il n’avait jamais cherché à couper court à ces rumeurs. 14 Son groupe était composé de sociétés en tous genres. Du textile au bâtiment, de l’informatique à la finance, de la restauration à la santé, tous les corps de métiers étaient représentés. Remarquablement bien structuré, le groupe comptait en son sein de grosses multinationales qui employaient des dizaines de milliers de personnes à travers le monde. C’est sans doute cette diversité des activités du groupe autant que le nombre hallucinant d’entreprises et de filiales qui intéressaient et intéressent toujours les agences de renseignements. Une telle holding ne peut forcément pas être totalement blanche, d’autant que parmi elles figurait une banque, la TBOB (Ticanva Bank Of Bahamas). Laquelle était basée dans un paradis fiscal et dont Al Dio présidait le Comité de Direction. La fortune de celle-ci demeurant bien entendu une éternelle inconnue. Autre élément suffisant pour éveiller les soupçons des services fiscaux fédéraux. Et comme si cela ne suffisait pas, Al Dio était également membre honoraire et membre actif de nombreuses associations caritatives dans le pays et au-delà de nos frontières. Associations dont il était pour la plupart à l’origine de la création. Pour les uns ils était un bienfaiteur, pour les autres, ces initiatives cherchaient à fournir au personnage une respectabilité à seule fin d’en cacher d’autres bien moins honorables. Point d’orgue de la motivation des agences de renseignements. Une affaire très controversée le concernant avait été publiée dans le célèbre American Journal of Public Health. L’article expliquait que Lucio al Dio avait fait édifier dans plusieurs grandes métropoles du pays des cliniques privées destinées aux populations 15 des quartiers pauvres de ces villes. En cela, rien de condamnable ! Cependant l’article reposait sur une enquête des services sociaux de la ville de Los Angeles affirmant que, pour bénéficier de soins dans ces établissements, les patients devaient justifier dans leur entourage familial direct d’au moins un membre travaillant pour une entreprise du groupe Al Dio. Les enquêteurs dénonçaient ces méthodes tout en accusant la Direction de la clinique de ne pas leur avoir permis de pousser leurs investigations jusqu’au bout, et de fait, aucun élément probant n’étaient venus étayer leur thèse. Leurs démarches auprès des anciens patients n’avaient pas donné plus de résultats. Les enquêteurs dénonçaient une omerta en faveur de l’établissement. Les remous déclenchés par cette affaire avaient jeté un léger discrédit sur Al Dio et ses cliniques. L’intéressé ne s’étant pas prononcé sur cette intrigue, les lecteurs s’interrogeaient sur son absence de réaction. Mais pouvaient-ils condamner un homme qui apporte la possibilité de soins pour tous, et en particulier aux plus démunis ? Bien sûr que non ! Même si la condition d’admission énoncée par les services sociaux s’avérait exacte. Encore une fois, on cherchait à jeter l’opprobre sur le personnage. Ses cliniques n’avaient, à ce qu’on disait, aucune autre raison d’exister que pour son intérêt personnel. Les plus virulents de ses détracteurs voulaient absolument faire admettre l’idée qu’Al Dio se taillait un costume vénérable à grands coups de millions de dollars investis sur une corde sensible des américains. C’est à se demander s’ils se sont interrogés une seule fois sur les résultats positivement humains de telles démarches. Des rumeurs de cet acabit circulaient occasionnellement. 16 En outre, sa discrétion ne faisait qu’éveiller à la fois la curiosité, le doute et la crainte. Du coup, dans des articles à sensations touchant aux milieux de la drogue et du blanchiment d’argent on devinait souvent en filigrane son identité. Or jamais son nom n’était cité par les journalistes ; mais l’on sentait clairement leur volonté d’associer Al Dio d’une manière ou d’une autre à ces faits divers. Cependant la crainte de l’attaquer de front était perceptible. Et pour cause ; les journalistes d’investigations ne pouvaient pas oublier cette affaire qui avait vu deux de leurs collègues du Sunday Post reprendre leurs études en architecture avec l’option « travaux pratique sur les soubassements de building en béton ». Al Dio avait été blanchi car au moment de sa construction il n’en était pas propriétaire. Les cadavres n’étaient donc pas de son fait. Il est d’ailleurs très étonnant de voir un individu médiatique éveiller un tel phénomène de crainte alors que rien, ni dans ses actes ni dans ses propos ne soit de nature à le justifier. Comme si la crainte était proportionnelle à sa respectabilité et à sa discrétion !? Al Dio comptait dans ses relations de nombreux politiques des deux bords, de riches industriels, des juges fédéraux, d’éminents journalistes et des stars du show business qu’il invitait régulièrement à ses dîners pour amuser la galerie de spectacles très privés. 17 13 Mabrouk Je refaisais mentalement le résumé de sa biographie que je m’étais empressée de compulser dans le Who’s Who national lorsqu’un homme très élégant entra dans la pièce. Je ne le reconnus pas tout à fait. Il y avait un air mais quelque chose semblait différent. Il s’avança vers moi d’un pas décidé en arborant un large sourire. Sous un large chapeau texan, il était vêtu d’un jean classique, d’un pull ocre à col montant et d’une veste de velours noir manifestement de qualité. Ce détail fit digresser mes pensées un instant mais je parvins à recouvrer mes esprits en modifiant quelque peu les conseils de mon amie. J’imaginai en un éclair qu’il s’avançait vers moi pour me donner une gifle. L’acuité visuelle me revint immédiatement et permit de saisir la main qu’il me tendait pour me saluer. – Bonjour Madame Swenson. Je ne vous ai pas trop fait attendre j’espère ? – Mademoiselle ! – Veuillez m’excuser. Mademoiselle Swenson. 19 – Pas du tout. Je ne suis là que depuis quelques minutes. Vous êtes Monsieur ? – Pardonnez-moi je ne me suis pas présenté. Lucio Al Dio. – Excusez-moi, je ne vous voyais pas comme… je… heu… j’avais une image différente de vous. – J’espère que celle-ci vous satisfait ? J’aurais aimé pouvoir ajouter on se marie quand tu veux mais je m’en tint à un : – Heu… oui… Votre salon est très agréable. Manifestement, j’étais impressionnée. Les quelques mots qui étaient sortis de ma bouche me paraissaient être des énormités. Tout comme j’avais le sentiment que ma voix résonnait comme une crécelle. Le cuir de votre sofa est très souple, je reprendrais bien un peu de tarte aux fraises, agnagna gazou gazou ! Je devais me reprendre avant que de telles inepties me sortent de la bouche. Comme il sentait bon ! J’aurais donné n’importe quoi pour m’évanouir et tomber le nez sur son épaule. Pas très glamour je sais, mais j’aurais pu le sentir de très près. Et puis il m’aurait prise dans ses bras, au moins pour que je ne m’écrase pas comme une figue mûre à ses pieds. Malheureusement, je devais me contenter de mon esprit d’à propos et autant vous dire que dans de telles circonstances, il est aussi vif que les réflexes d’un aï ! – Je vous en prie, asseyez-vous. ! – Merci. Vous avez déjà eu la sensation d’avoir la souplesse et la légèreté d’un pachyderme ? C’est exactement ce qui m’avait étreint à cet instant. Deux poteaux 20
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