Tchat autour d'un suicide programmé - Page 1 - test Richard Weber Tchat autour d’un suicide programmé (Dialogues réels dans un monde virtuel) Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 5 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2064-0 Dépôt légal : Septembre 2009 © Richard Weber L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 6 Sommaire LUNDI 14 DECEMBRE 1998 ......................... 23 MARDI 15 DECEMBRE 1998 ........................ 43 MERCREDI 16 DECEMBRE 1998................. 47 LUNDI 21 DECEMBRE 1998 ......................... 69 DIMANCHE 10 JANVIER 1999 ..................... 81 LUNDI 11 JANVIER 1999 .............................. 95 DIMANCHE 25 AVRIL 1999 ......................... 103 JEUDI 8 JUILLET 1999................................... 117 SAMEDI 9 OCTOBRE 1999 ........................... 129 9 « A mon amie Suzanne, à ses deux enfants, et à tous ceux qui souffrent moralement ! » 11 J’ai observé le premier ordinateur de bureau en 1976. L’écran noir n’affichait que le texte saisi au clavier. Les caractères étaient de couleur blanche, parfois verte. D’ailleurs, les applications de l’époque se résumaient à du simple traitement de texte. L’apparition du système d’exploitation Windows nécessitait l’utilisation d’une souris et agrémentait la présentation sous forme de fenêtres en couleurs illustrées par des icônes. C’était la révolution dans le domaine de l’informatique avec toutes les applications qui se développaient. L’aspect ludique de son utilisation était très vite adopté par les jeunes et également les moins jeunes. C’est au cours de mon stage d’informatique de novembre 1996 jusqu’en février 1997 que j’ai découvert Internet et ses principales applications. Le nombre et la diversité des sites n’étaient qu’à leurs premiers balbutiements. A cette époque, on pensait que dix millions d’ordinateurs dans le monde étaient connectés à Internet, alors que début 2009 on estimait à environ deux milliards cinq cent millions le nombre d’internautes. Pouvoir contacter des personnes à l’autre bout de la planète, obtenir des informations grâce à des moteurs de recherche sans utiliser d’autres supports 13 matériels m’a véritablement fasciné. Récupérer du texte, des images, de la musique, des vidéos, convertir le virtuel en réel étaient les prémices d’une véritable révolution dans le monde de l’Education nationale. Ma profession d’enseignant en gestion bureautique m’a permis de développer ma passion pour Internet de sorte qu’en février 1997, lors de la journée « portes ouvertes » organisée par mon lycée, je proposai des démonstrations sur les réalisations possibles avec Internet. Pour la quasi-totalité du personnel de l’Etablissement, ainsi que pour tous les visiteurs, ce fut une véritable découverte. A partir de l’automne 1997, mon Chef d’Etablissement me proposa d’assurer des formations à des adultes en informatique générale et sur Internet en particulier. Parmi les auditeurs on relevait essentiellement des employés d’entreprises. Afin de pouvoir tester au mieux toutes les préparations de mes cours, je disposais sur mon ordinateur personnel à mon domicile de deux connexions Internet auprès de deux fournisseurs d’accès différents. La recherche documentaire sur Internet remplaçait petit à petit l’usage des encyclopédies. L’informatique en général, et Internet en particulier était des facteurs non négligeables en faveur de la préservation de notre planète : le support « papier » était de moins en moins utilisé, ce qui épargnera de plus en plus nos forêts. Pourtant, même en 2009, de nombreuses mentalités conservatrices n’ont pas encore tout à fait adhéré à ces excellentes habitudes. Dans le monde professionnel, particulièrement dans les administrations, les photocopieuses ont encore de beaux jours devant elles. Principale ombre au tableau à l’époque, les fournisseurs d’accès établissaient leurs factures en fonction de la durée de connexion. Afin d’y remédier, 14 il était possible d’utiliser des logiciels gratuits qui permettaient d’aspirer une partie ou l’intégralité d’un site Internet pour ensuite le consulter hors connexion. D’où leur nom : « aspirateurs ». Heureusement, apparaissait le système ADSL (Asymetric Digital Suscriber Line : service d’accès à l’Internet utilisant les lignes téléphoniques classiques conjointement avec les conversations téléphoniques). Les fournisseurs d’accès proposaient un forfait indépendant de la durée de connexion. Pour faire profiter au maximum mes auditeurs durant mes cours, je testais toutes les applications offertes par Internet. J’appréciais particulièrement les salons de discussions, plus que jamais d’actualité encore aujourd’hui. Rencontrer virtuellement des personnes de l’autre bout de la planète pour effectuer des échanges culturels sans surcoût dû à la distance ou à la durée de communication était une véritable révolution. La page d’accueil de mon fournisseur d’accès à Internet se divisait en trois parties. Dans la marge de droite s’affichait la liste de tous les internautes connectés et en train de discuter. Chacun était repérable à l’aide de son pseudonyme sous lequel il s’était inscrit. La partie centrale de l’écran présentait les dialogues écrits par chacun des participants. Lorsque les personnes présentes étaient nombreuses, le texte défilait à une vitesse trop rapide de sorte qu’il était pratiquement impossible de tout lire. Une présence trop nombreuse de « tchateurs » était source de cacophonie et les propos échangés très souvent dénués de tout intérêt, comme c’est souvent le cas encore aujourd’hui. Au bas de l’écran on pouvait taper son texte et l’envoyer dans la discussion générale. Précédé du pseudonyme il s’affichait rapidement et 15 s’ajoutait à la suite des autres. Le plus souvent, les dialogues se résumaient à quelques mots écrits en abrégé et étaient d’un niveau particulièrement désolant. Le langage codé ou exprimé phonétiquement était né, c’était l’ancêtre des textos ou SMS d’aujourd’hui dont les adolescents en usent et en abusent sans modération, ce qui n’arrange pas leurs lacunes en orthographe. Heureusement, il existait des salons de discussions classés par thèmes. Dans ces salons, les dialogues portaient sur un sujet précis et affiché, les internautes y étaient beaucoup moins nombreux et le niveau de discussion était nettement plus élevé. Plus le niveau de discussion était intéressant, moins on trouvait de participants, ce qui présentait un avantage non négligeable. On pouvait consulter la liste de tous les salons existants et participer à celui de son choix. De plus, le site Internet proposait une formule que je considère aujourd’hui comme très avant-gardiste pour l’époque. Chaque internaute avait la possibilité de créer son propre salon et d’y inviter les correspondants de son choix, de préférence une seule personne lorsque le dialogue était plus personnel. Un salon privé n’était pas visible par les internautes non invités et ne pouvait être intégré que sur invitation de son auteur. Effectuer des échanges écrits entre deux, trois ou quatre personnes sur un thème précis était très appréciable. Mon métier d’enseignant m’a permis d’acquérir avec l’expérience quelques rudiments de la psychopédagogie. Comprendre, prévoir et gérer les comportements des adolescents devint pour moi une passion. Définir les principaux traits de caractère d’une personne à partir d’un regard, de l’intonation et du choix de ses mots dans une conversation, du savoir être en groupe, du fond et de la forme d’un texte manuscrit, 16 m’était très utile lors de l’accueil de nouveaux élèves à chaque rentrée scolaire. Durant toute ma vie, et surtout dans ma carrière professionnelle, j’ai toujours été très sensible aux problèmes humains qui pouvaient se manifester chez les jeunes particulièrement. Voir des personnes malheureuses ou tristes m’a toujours peiné. Leur apporter un minimum d’aide et obtenir un premier sourire en échange me combla toujours profondément, surtout lorsqu’il s’agissait d’adolescents. Mon bonheur intérieur réside dans le sourire de la personne que je croise, que je connais, ou avec laquelle je partage ma vie. Durant mes fonctions électives, je présidais la commission des affaires sociales et de l’emploi à la Communauté de communes. Diverses actions intercommunales me permirent de prendre conscience que la détresse humaine touchait de nombreuses personnes, non seulement dans les pays lointains, mais également dans son propre environnement géographique. Lors de la réception qui salua le départ à la retraite de certains élus, le Président me qualifia de « Saint-Bernard du social ». Au fil des discussions sur Internet, il m’arrivait souvent de repérer des sujets de conversation très intéressants. Une analyse rapide des propos exprimés me permit de déceler si le correspondant était une personne adulte ou un adolescent, et souvent s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Le hasard m’a mis en communication avec une interlocutrice dont le prénom était Suzanne. Etant donné que je relate une histoire réellement vécue, le prénom est imaginaire pour ne pas troubler l’intimité de l’entourage de la personne concernée. Deux indices m’attirèrent particulièrement vers elle. Tout d’abord, 17 son pseudonyme était un prénom féminin clairement défini, ce qui était très rare. En général, on ne voyait que des noms fantaisistes. Ensuite, j’ai très vite conclu qu’elle affichait d’une certaine manière l’expression de sa sincérité et n’avait pas l’intention de dissimuler sa personnalité. Derrière les pseudonymes amuseurs se cachaient trop souvent des intentions farfelues. J’obtins plus tard la confirmation que ce pseudonyme était son véritable prénom. Par ailleurs, les propos qu’elle exprimait dévoilaient une personne particulièrement cultivée. Je la trouvai souvent dans des salons francophones, preuve qu’elle recherchait des contacts lointains pour un échange culturel enrichissant. Nos premières causeries furent de simples banalités comme à chaque contact : les raisons de la présence de chacun sur le Net par exemple, notre intérêt pour l’informatique en général et Internet en particulier, nos principales passions dans la vie, nos goûts culturels… N’ayant pas été un habitué de cette pratique d’Internet, je constatai que, tenir une conversation en tapant tout le texte sur un clavier après avoir lu celui du correspondant et en essayant de répondre le plus rapidement possible pour ne pas le faire patienter trop longtemps, relevait parfois du véritable exploit. Les fautes de frappe dues à la précipitation étaient souvent inévitables. Hormis celles-ci, je n’ai apporté aucune modification aux extraits de nos conversations que j’ai retranscrites fidèlement. Petit à petit, nos échanges devenaient de plus en plus personnels, de sorte que la présence d’autres internautes paraissait gênante. Notre discussion n’était pas forcément de leur goût, et répondre à des questions portant sur de nombreux sujets différents devenait un exercice relativement 18
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