Sistérie la cité des femmes de M TOURBE - Page 3 - Découvrez un extrait du livre! Muriel TOURBE Sistérie La cité des femmes Roman Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-198-5 Dépôt légal : Mai 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.. À mon correcteur Philippe Dupret qui a lu et relu ce roman jusqu’à l’indigestion. Chapitre 1 – Tuez-la ! Tout son être s’indignait à chaque fois que Prétoria, la grande prêtresse de Sistérie, prononçait ces mots. Pourquoi ? Eden n’aurait su le dire, mais un volcan grondait en elle. – Apportez-moi la malformée ! dit encore Prétoria, puis elle détourna le regard. Le dégoût se lisait sur son visage. L’exécutrice attendait le signe de la grande prêtresse. Sur l’ordre de celle-ci, elle prit l’enfant et le grand rituel commença. Tout un cortège s’ébranla vers la salle de Libération. Les Sistériennes vénéraient le Soleil, la Lune, Libération et Féconda. Les réflexions d’Eden s’arrêtèrent là car le groupe entrait dans la salle. Au milieu de celle-ci trônait une immense statue. La représentation de la déesse Libération était assez hideuse, des yeux rouges, la bouche ensanglantée, un rictus de démente… L’enfant fut placé dans une de ses paumes. Un système électronique mit en marche le bras, qui jeta l’indésirable entre les lèvres de la statue. Encore une fois, Eden ne put réprimer une grimace. Prétoria claqua dans ses mains et tout le monde quitta la salle. La cérémonie avait été comme d’habitude très rapide. – Eden, restez ici ! J’ai à vous parler. – Oui, grande prêtresse. Le malaise d’Eden s’éteignit, faisant place à un frisson de peur qui lui noua les entrailles. – Vous ne semblez pas heureuse Eden, je tiens à ce que mes filles montrent une mine réjouie ! – Tout va bien grande prêtresse, je me sens un peu lasse aujourd’hui, rien de plus, je vous assure. – N’oubliez pas que dans deux lunes, aura lieu le tirage au sort de la procréation. Vous pouvez vous retirer maintenant ! Cet endroit l’horrifiait, elle sortit donc avec soulagement, remonta de nombreux couloirs et se retrouva enfin hors du palais. Une grande bouffée d’air frais lui emplit les poumons. La demeure de Prétoria était une énorme boule faite de multiples facettes comme les yeux d’une mouche. Elle brillait comme un astre, sous les rayons du soleil. Les autres habitations étaient nettement plus modestes, également rondes mais de couleurs aussi diverses qu’uniformes, disposées en pyramides de dix. Elles formaient une couronne protectrice autour du palais. Un écran magnétique englobait le tout et empêchait toute sortie sur l’extérieur. Un système d’escalators permettait d’accéder aux étages supérieurs. Eden habitait au dernier étage, la dernière boule d’une des pyramides. Elle se sentait bien là-haut, elle avait l’impression d’être en dehors du temps. De plus, elle avait une vue splendide sur les jardins de Sistérie. Le soir, les jets d’eau de l’immense fontaine du centre de la cité étaient animés et illuminés de mille feux. Les gouttes d’eau retombaient en reflets multicolores. – Enfin chez moi, souffla-t-elle. Une liqueur de rose avec un soupçon de nectar d’orchidée me fera le plus grand bien ! Son appartement était clair. Grâce à son système de télécommande, son lit, sa bibliothèque ainsi que tous les autres gadgets dont sa demeure était pourvue coulissèrent des cloisons. Chaque appartement était muni d’un dispositif automatique de distribution de repas permettant un choix considérable de boissons et de plats. Les provisions étaient inépuisables car l’ordinateur analysait et reproduisait très exactement tout ce qui était répertorié dans sa mémoire centrale. Un processus identique fournissait les vêtements. Il suffisait de rentrer les caractéristiques, de préciser le type de tissu, la forme, la longueur et l’ordinateur se mettait au travail. L’âge déterminait la longueur des vêtements. Plus les Sistériennes vieillissaient et plus les robes s’allongeaient. Exception était faite pour les jours de grande cérémonie et pour les grossesses pendant lesquelles elles pouvaient porter des vêtements jusqu’à la cheville. Un voyant lumineux avertit Eden que quelqu’un arrivait chez elle. Elle alluma son visionneur. C’était Syra, une belle plante, un peu naïve. – Bonjour Eden, quelle magnifique cérémonie… Tu sais, j’ai hâte d’être dans deux jours, peut-être que cette fois-ci j’aurai la chance d’être sélectionnée… Surtout que la population ne rajeunit pas… Tu as remarqué que cette année a été néfaste pour nous. Cinq fillettes sont nées mais quatre étaient malformées, atteintes de la maladie incurable. Je ne comprends pas ce qui arrive. La chance a tourné, espérons que l’année 5024 sera meilleure. – Oui, tu as raison, tu veux boire quelque chose ? – Sirop de bambou, s’il te plait. Dis, quand daigneras-tu prendre compagne pour partager ta vie. Tu sais que Karda est amoureuse de toi. Ne trouves-tu pas la vie insipide sans quelqu’un à tes côtés pour partager les joies, les tracas et tous les menus plaisirs de ce monde ? – Tu sais bien, Syra, que je déteste aborder ce sujet. Regarde, il y a bien eu Guga qui est restée seule toute sa vie, ça lui plaisait et personne ne lui en a jamais fait le reproche. – Oui, mais Guga était laide, je dirais même hideuse, alors comment veux-tu …. – Je t’en prie ! Pour toi la beauté est capitale, pour moi ça n’a aucune importance. Mieux vaut la beauté du coeur et de l’âme… Je sais, ce sont des clichés mais c’est vraiment ce que je pense. – Bon je te quitte, je vais m’appliquer un masque de jouvence. Il faut que je plaise à ma Dixi. J’ai l’impression que je ne vais pas tarder à prendre une méchante ride et ça m’inquiète. – À vingt-huit ans, c’est vrai, ça serait effroyable, ironisa Eden. Elle fut soulagée par son départ car elle n’avait vraiment rien en commun avec Syra. Ses blablas l’irritaient. Syra était une fille blonde aux longs cheveux ondulés, élancée, deux mètres passés. Pour sa part, Eden frôlait juste le mètre quatre-vingt-dix, ses cheveux étaient roux et longs. Pas de cheveux courts à Sistérie, malheur à celles qui osaient couper leur chevelure. Il y eut pourtant un cas un jour, c’est Guga qui lui avait raconté. Une jeune fille du nom de Hipa, pour protester contre la loterie de la procréation, s’était rasé le crâne. Elle fut bannie de la cité et jetée hors de l’enceinte. Qu’advint-il d’elle ? Personne ne le sut jamais. Guga, peu de temps après, mourut de vieillesse. Elle avait quarante-cinq ans. Chapitre 2 Le jour venait à peine de poindre. Eden, dans son lit était fébrile, anxieuse. Aujourd’hui, c’était le grand jour. Quelques Sistériennes allaient être désignées pour la fécondation suivante. Dès leur plus jeune âge, les filles étaient instruites que, pour le bien de la cité et afin que leur race ne s’éteigne pas, il fallait qu’elles se soumettent à toutes les rigueurs qu’imposait cette loi très stricte et à laquelle personne ne pouvait échapper. Toute femme en âge de procréer devait s’y résoudre et s’y conformer. Un tirage au sort désignait les mères donneuses. Elles ne pouvaient en aucun cas refuser ou se dérober par quelque stratagème que ce soit. Elles devaient se plier à cette décision. Les mères porteuses étaient désignées de la même façon. Eden essaya de chasser les idées noires qui lui encombraient la tête. Elle se leva, appuya sur le bouton de la télécommande, son lit s’encastra aussitôt dans le mur. Elle déjeuna sur le pouce tandis que son bain coulait. Le signal du thermostat de température d’eau retentit. Il était temps qu’elle se plonge dans ce bain à l’écume accueillante pour un merveilleux moment de détente et de relaxation. Elle en avait bien besoin. Le palpitomètre gérait un petit bouillonnement qui lui massait tout le corps. Le voyant lumineux de son escalator clignota. « Décidément, moi qui voulait être tranquille ! » pensat-elle. À distance, elle actionna le sas de sa porte. Syra et Dixi entrèrent dans la pièce en se tenant par la main. – Que le soleil rayonne sur toi Eden et qu’il éclaire ton destin, dit Syra. – Je te remercie, vous êtes bien matinales ! – Nous n’avons pas trouvé le sommeil cette nuit, nous étions si excitées, enfin surtout moi, car Dixi qui a déjà porté une semence, ne tient pas du tout à tenter l’expérience à nouveau. Elle a tellement peur d’être marquée par une nouvelle grossesse. – Oh, tu exagères mais il est vrai qu’attendre neuf mois, c’est bien trop long. – Bon, nous te laissons te préparer, on se retrouve dans la salle du destin ! fit Syra. « Ouf ! Quelle galère cette Syra, pensa Eden, autant Dixi est réservée, autant Syra est tapageuse ». Elle sortit à regret du clapotis électronique et si délassant de son bain. Elle se dessina une robe verte en satin incrusté d’axia. Cette pierre précieuse reflétait à merveille les rayons du soleil. Elle tressa son opulente chevelure et fixa celle-ci avec un ruban couvert lui aussi d’axia assorti à sa tenue. Il était temps maintenant de partir vers son destin. « J’implore toutes les forces du Ciel et la Terre de me porter secours, je ne veux pas être choisie », pensa-t-elle. La salle du destin grouillait de monde. Il ne manquait plus que Prétoria. Personne n’osait éviter cette cérémonie. Le cas ne s’était jamais produit car chacune savait quel serait alors son sort. Prétoria arriva du haut de ses deux mètres cinquante, elle était brune, ses yeux noirs lançaient des éclairs. On la disait douée de pouvoirs surnaturels. – Sistériennes, aujourd’hui, nous sommes réunies afin de procéder à l’élection des mères donneuses et porteuses. Commençons ! À l’intérieur d’un système de ventilation, se trouvaient des boules portant le nom de chaque Sistérienne. Sur un signe de Prétoria, la machine se mit en marche. La soufflerie puissante brassait, mélangeait, faisait virevolter les destins. La porte s’ouvrit et cinq sphères tombèrent sur le sol. Eden sortit de sa torpeur et croisa les doigts. – Ramassez ! ordonna Prétoria à ses maîtresses. Elle était entourée d’une escouade de femmes qui lui servaient de gardes, de maîtresses, de servantes, d’esclaves… et de bien autre chose encore. La ventilation se remit en route et de nouveau cinq petits globes se retrouvèrent à terre. – Les cinq premiers noms seront les mères donneuses, les cinq autres seront les mères porteuses. Vaxia, ayez l’obligeance de nous faire connaître les heureuses élues, dit Prétoria. – Bien grande prêtresse, voici la liste des mères donneuses, Onda, Dory, Wanda, Luna et enfin, Clary. Ceci est définitif. Vaxia se racla la gorge. L’émotion était palpable. Pas un bruit dans la salle. Toutes les filles étaient dans l’attente béate de la nomination. Eden se sentait seule. Elle qui avait si peur, n’était pas mère donneuse. Elle espéra que le sort continuerait de lui être favorable. Elle retint sa respiration. – Voici les noms des mères porteuses, Meggy, Purdy, Kary, Syra, et pour finir, Eden. Ceci est définitif.
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