Le sourire de Sarah - Page 1 - Franck Cerqueira Le sourire de Sarah Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 5 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0060-4 Dépôt légal : Février 2009 © Franck Cerqueira L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 6 PRÉLUDE Lorsqu’elle arrive dans ce petit village du fin fond du Poitou, dans un de ces hameaux où le temps semble s’être arrêté, Sarah à vingt ans, nous sommes en mille neuf cent soixantehuit, elle est belle et d’une blondeur telle que l’on dirait un ange. Ses formes sculptées comme une déesse font de cette jeune femme une amante très attirante, un fantasme délirant, et d’ailleurs, à en juger par les regards des hommes, le brillant qui reluit dans leurs yeux ne laisse pas l’ombre d’un doute : ils la dévorent littéralement. En campagne, le vent souffle fort et une femme comme cela a vite fait de se faire une bonne réputation ; à cette époque je crois que les grands mots 9 étaient « pute » où bien « salope », ce qui à l’époque voulait clairement dire que ce genre de fille ne cherchait qu’à coucher avec des hommes. Pourtant Sarah, elle, est loin de tout cela, car dans ce village il y a Romain, son amour, son dieu sur Terre. Fils du médecin du village, Romain a vingtquatre ans, il suit d’ailleurs des études de médecine et compte bien reprendre un jour le cabinet de son père. Les rumeurs vont bon train, la jalousie s’installe, les femmes de ce village sont plutôt rondouillardes, fortes de physique et travailleuses comme les hommes, elles n’ont pas le temps de se faire belles, ni d’ailleurs d’y penser. L’arrivée de cette jeune femme alimente les conversations au bar du village, les hommes un peu rudes rêveraient bien de lui faire son affaire. Les femmes, elles, l’affligent de tous les maux de la Terre. « C’est t’y pas possible de s’habiller de même ! Voyez-vous ça ! C’est qu’un peu elle nous ferait voir son cul ! » L’ambiance n’est pas très bonne, mais Sarah, elle, elle s’en fout ! Ça finira par passer tout ça, c’est beaucoup de bruit pour rien. Un an déjà que Sarah 10 est arrivée et rien n’a vraiment changé, au contraire, ça s’est même plutôt aggravé. Romain, lui, n’y voit rien à redire car la fierté d’alimenter les discussions au sujet de Sarah le comble de joie. Il a quand même la plus belle femme de ce petit village. Durant cette période après soixantehuit, une vraie révolution sexuelle a déferlé sur la France. Au fond du Poitou aussi ! Mais ce département n’est pas plus épargné que le reste du pays. Le jour du marché est un moment de joie, le jour de la semaine où l’on se fait bourgeois, tout le monde est là ! Il y a même le maire. Du côté de Neuville-de-Poitou, ce jour-là, la fête bat son plein, Christian Le Favre, maire de ce hameau, rencontre pour la première fois Sarah. Tout de suite sous le charme, il en tombe amoureux. Pris d’amour pour cette femme, il ne pense qu’à elle. Le 14 juillet 1969, Romain meurt dans un accident de voiture sur la route menant à son village. Sarah, elle, est enceinte, seule, détestée de tous. Elle entre à l’hôpital L’Hôtel-Dieu, elle accouche 11 dans la douleur et décide d’accoucher sous X. Trois ans plus tard, elle épouse le maire du village et devient Madame Le Favre. Elle meurt le 28 avril 1972, elle est retrouvée morte, pendue dans sa grange, un geste de folie, un suicide par amour, elle n’a jamais pu oublier Romain. Les rumeurs vont bon train et alimentent toutes sortes d’étranges ragots. La vie comme souvent est terriblement cruelle, lorsqu’au détour des chemins de la destinée, elle s’acharne à remuer le passé, la vie devient alors destin et la fiction prend l’avantage sur la réalité. Cette histoire n’est tirée que de l’imaginaire, mais parfois l’imagination des hommes est très débordante, alors chacun se fait interprète et critique, juste une histoire ! Toute relation avec des personnages existants ne serait que pur hasard, cette fiction ne repose pas sur la réalité. Mais les villages et les lieux existent vraiment, alors dites-vous que cela aurait pu se produire. 12 Là, dans ce village de campagne, Carole Garcia vient d’acheter une superbe propriété, un corps de ferme comprenant des dépendances, un bâtiment principal d’habitation, deux immenses granges encore en superbe état ; l’agent immobilier s’occupant de la vente est sur le pas de la porte. Carole descend de sa voiture, elle se sent tout de suite comme chez elle, l’atmosphère est telle qu’elle a l’impression que la maison l’accueille en reine. Tout de suite le charme opère, la luminosité, la chaleur, le ciel bleu de cet été font de cette ferme un endroit vraiment plus que charmant. L’agent immobilier, lui, ne perd pas de vue son affaire et sent bien que Carole est sous le charme, lui précédant le pas pour entamer la visite. Carole s’attarde sur l’éclat et la beauté de cette vieille ferme. La visite se déroule assez vite et Carole prend rapidement sa décision, elle achète ! Le rendez-vous est donné pour l’après-midi même car le vendeur est un homme important et pressé, c’est 13 le préfet. Entre deux rendez-vous, il a réussi à caser une place pour la vente de sa propriété, d’ailleurs c’est un homme veuf, d’une soixantaine d’années, qui n’habite plus en campagne. Carole prend donc la décision d’aller au village pour y visiter les recoins. Dans le village se mélangent tous les styles : pavillons modernes et vieilles bâtisses, une boulangerie et une épicerie, un café faisant aussi office de débit de gaz. Un petit bureau de poste, l’église du village qui manifestement n’accueille plus grand monde, enfin un terrain de football à la sortie du village qui, à bien y regarder, a plutôt l’air d’un champ de pommes de terre. Prenant la décision de s’arrêter au café, lorsqu’elle ouvre la porte, les hommes qui dedans se retournent, s’arrêtent soudain tous de parler. Ce silence un peu lourd se rompt lorsque Carole lance un « bonjour » qui n’est même pas retourné de politesse : c’est que les étrangers, en campagne, ne sont pas bienvenus de suite. Elle commande un café et un sandwich et se sent mal à l’aise d’être observée comme cela, mais en même temps, elle ne peut pas en 14 vouloir à ces gens. Elle contemple maintenant l’assistance, il y a là une dizaine de rudes gaillards habillés comme au siècle dernier, avec des pantalons lourds et sombres, des chemises accompagnées de pulls sans manches et enfin une casquette tellement recouverte de poussière qu’on se demande même s’il y a là quelque endroit pour y laver le linge. La figure commune de tous ces hommes comporte des similitudes pouvant être qualifiées d’étranges, la rougeur vive et la rondeur des joues montrent à l’évidence que l’eau, dans ce coin du pays, ne sert pas à couper le vin. Mais Carole, elle, s’en moque, c’est ce qui fait partie du charme de la vie rurale, cela impose de la rudesse et du courage, il faut aussi des moments de plaisir ! Après avoir payé ses consommations, Carole prend le chemin de sa future propriété, où son agent immobilier l’attend encore, il doit être deux heures de l’après-midi lorsqu’elle passe le portail de la ferme. Une immense voiture sombre garée devant la porte d’entrée donne soudain un caractère officiel à cette transaction. L’homme 15 est grand et ténébreux, d’une corpulence très prononcée, il impose un certain respect. Monsieur le préfet, puisqu’il s’agit de lui, a mis en vente sa propriété depuis quelques mois, le déroulement de la transaction est court et plutôt expéditif car cet homme-là n’a pas beaucoup de temps à consacrer à ce type de transaction, mais il tient quand même à juger par lui-même de la physionomie de cette future propriétaire. L’affaire étant entendue, l’agent immobilier, lui, se charge de la vente. « C’est un homme assez rustre ! » s’écrie Carole. L’agent, lui, se contente d’éclairer la curiosité de Carole en lui racontant le profil de Monsieur le préfet Le Favre. « Vous savez, cet homme-là est parti de rien, aujourd’hui il occupe une fonction importante, et il n’est pas le genre d’homme à se laisser mener par le bout du nez. – Oui, peut-être bien, mais il a l’air d’une brute, répliqua Carole, toutefois sa ferme est vraiment superbe. Bien qu’il y ait beaucoup de travaux à faire, elle est merveilleuse, on peut y faire 16
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