Nassara, la fille au teint clair - Page 1 - Catherine Zoungrana Nassara La fille au teint clair Roman autobiographique Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 - Fax : 01 53 04 90 76 - mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-352-1 Dépôt légal : novembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire CHAPITRE I – LA PETITE ENFANCE ............. 21 CHAPITRE II – L’ENFANCE DÉCHIRÉE......... 31 CHAPITRE III – UN AVENIR MEILLEUR ....... 63 CHAPITRE IV – UNE NOUVELLE VIE EN FRANCE ................................................. 91 9 J’ai suivi Catherine ZOUNGRANA dans une partie de son parcours comme une petite gamme de pères visibles ou invisibles qu’elle s’est désignée et qu’elle a ensuite rejeté ou retenu dans cette grande loterie affective qu’est sa vie. Pile ou face ? Noire ou blanche ? La question qu’elle se pose, en quoi son enfance a pu infléchir sa vie de femme, détient une résonance universelle, pour chacun d’entre nous, dans mon existence propre évidemment et par récurrence chez tout lecteur potentiel. Question simple et fondamentale. MA préface est un repère, comme Catherine a pu en jalonner tout son parcours. Sang-mêlé, double culture, alternance de continent, père et mère de race, de pays, de continent, de condition sociale différents. Parents biologiques et parents adoptifs. Croisement, 13 superposition d’éducation, origine en cachant une autre. Tout ce théâtre réel, Catherine l’a vécu avec la puissance imaginaire d’une petite fille, de ses goûts, de ses refus. Le prisme de sa petite conscience s’est constitué en ce point précis de convergence irréversible d’influences contraires et contradictoires. De tout cela a résulté une identité, un noyau de vie unique solide et inquiet qui a un nom : Catherine. Chaque vie est particulière, et quand cette particularité s’amplifie de particularités supplémentaires et dramatiques, nous sommes attentifs aux mécanismes de construction et d’autonomie d’un être humain. Catherine ZOUNGRANA nous dit : « Nassara », la fille au teint clair a cherché les ressources de sa résistance, donc de sa liberté, au fond d’elle-même. La puissance d’observation, la moquerie, le refuge salvateur sur soi-même. Voilà les armes que la petite fille s’est forgée et qui lui serviront adulte. Tomber et remonter. Toujours remonter. La combativité de « la fille au teint clair » est un vrai programme éducatif que l’enfant s’est assigné à ellemême. Révolte contre sa condition et puis intégration des éléments les plus négatifs pour finir par en jouer. 14 Leçon qui rejoint celle d’un grand écrivain noir américain Richard Wright dans « Un enfant du pays ». On devient libre à l’intérieur des conditions qui nous sont faites et non à l’extérieur. Sans parler d’esclavage, la petite fille s’est défait de ses fers, l’un blanc, l’autre noir en les acceptant tous les deux. Origine et affectivité. Orgueil et humilité. Pour paraphraser un grand philosophe : « L’enfant est le père de l’homme » et par conséquent « la petite fille est la mère de la femme ». Commentaire de : Georges TOUATI Directeur du Groupe E.I.C.A.R 15 PRÉFACE Je suis une femme à l’aube de ses 40 ans. J’ai pris conscience de la première partie de ma vie menée de front et à toute allure, sans prendre le temps de m’interroger sur la femme que je suis devenue. Je ne pouvais imaginer entamer une nouvelle vie sans me retourner sur mon passé avant de me lancer vers un nouvel horizon. Il est parfois difficile de se pencher sur les moments douloureux de son enfance, enfouis dans les recoins de sa mémoire mais prêts à resurgir au moindre signe de faiblesse. Continuer d’avancer aveuglément sans trouver un sens à son existence me paraissait plus douloureux encore que les blessures béantes du passé. Je mène aujourd’hui une vie de mère célibataire, j’élève seule mes deux enfants de 17 dix et cinq ans. Je vis en région parisienne au milieu d’une population cosmopolite de sangmêlé dont je fais partie. Ma génération ne m’a pas permis d’évoluer dans un sentiment d’universalité comme est aujourd’hui perçu le métissage . Je me souviens avoir été contrainte de choisir ma nationalité à l’âge de dix-huit ans, entre celle de mon père originaire d’Afrique ou celle de ma mère française. Il m’a fallu me battre pour revendiquer la liberté de puiser toutes les richesses de mes deux héritages culturels. « Si l’amour n’a pas de frontière, la connerie humaine est universelle voire intergalactique » et c’est bien là la seule certitude octroyée. Voilà pourquoi, je n’ai pu me résoudre à être ou blanche ou noire puisque j’étais les deux. Alors que l’on me demandait de choisir mon camp, je me sentais pionnière d’une nouvelle espèce humaine, d’un immense melting-pot humain où un dégradé de couleurs se confond à l’unisson. Dans mon rôle de mère, je me faisais un plaisir de raconter à mes enfants la petite fille insouciante et espiègle que j’étais, presque convaincue de cette énorme mascarade. 18 En désaccord avec moi-même, il m’a été à un moment donné, insupportable de masquer davantage le visage de l’enfant mal aimé et bafoué que j’avais été lors de mon enfance. Il m’a fallu renaître de mes cendres pour enfin comprendre la flamme qui m’animait et avait fait de moi une femme écorchée vive. 19 CHAPITRE I LA PETITE ENFANCE Le temps des jours heureux Née à Paris, d’une mère blanche et d’un père noir le 13 mars 1965, Cathy s’est toujours sentie, passez moi l’expression « le cul entre deux chaises ». Ses parents se sont rencontrés à Bordeaux une première et dernière fois, le temps de sa conception, ce qu’ils n’avaient d’ailleurs pas prévu. C’est donc avec grande surprise que ses géniteurs ont dû faire face à son arrivée inattendue, avant de désigner à la courte paille lequel des deux assumerait ce lourd fardeau. Jean-Pierre avait demandé : – Tu vas le garder ? – Tu sais bien qu’il est trop tard pour avorter ! d’ailleurs j’ai tout essayé pour le 21
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