Églises romanes de Haute-Auvergne - I - Le Mauriacois - Page 1 - © Éditions CRÉER - 63340 Nonette ISBN : 2 909797 44 9 Pierre Moulier illustrations de Pascale Moulier Églises romanes de Haute-Auvergne I - Le Mauriacois CRÉER On trouvera dans cet ouvrage une présen- tation systématique de l’ensemble des églises romanes comprises dans l’actuel arrondisse- ment de Mauriac, qui recouvre assez exacte- ment les anciennes limites de l’archiprêtré. Aucune de ces églises n’est purement romane; toutes connurent des adjonctions et remaniements à l’ère gothique (XIV-XV- XVIe siècles) et au XIXe siècle. Certaines furent re-romanisées, comme Mauriac, ou presque entièrement refaites (Apchon, Salers, Salsignac…). Il n’y a parfois, comme au Falgoux, qu’un reste dérisoire de l’édifice roman primitif. Toutefois nous avons tenté de tout voir, tout recenser, tout décrire, non pas que tout soit essentiel, mais parce que tout est intéressant. Cela fait 55 églises en tout. Deux sont en Corrèze mais relèvent de l’influence mauria- coise (Liginiac, Serandon). Trois autres appartiennent à cet art roman renaissant du XIXe siècle (on devrait plutôt dire art “roma- nisant”) : Le Mas (Auzers), chapelle mono- lithe de Fontanges, chapelle du château à Saint-Christophe. Sur les 50 qui restent, une quarantaine seulement présente des traces romanes significatives par rapport aux rema- niements et reconstructions ultérieurs. C’est encore beaucoup, plus en tout cas que partout ailleurs dans le département. Ce livre vise avant tout à permettre aux cantaliens de se réapproprier leur patrimoine, et aux touristes de prêter une attention plus soutenue à ce qu’ils visitent. Pour apprécier un édifice quelconque en effet, et surtout une église romane rurale, qui ne peut compter sur l’effet de grandiose, il ne suffit pas de voir : il faut examiner. Mais pour examiner il faut savoir où porter le regard et posséder quelques clefs. Nous espérons avoir satisfait à cette exigence. On ne s’est donc pas contenté ici des seuls “beaux monuments” de la région de Mauriac, qu’il est habituel de compter sur les trois doigts d’une main, laissant le reste dans une ombre à peu près totale. De là l’idée d’un inventaire, qui seul permet la recherche éclai- rée, sans interdire le choix. Travail d’archéologue parfois, devoir de piété et de mémoire – le mot est à la mode –, guide tou- ristique aussi : nous avons jugé ces approches complémentaires. Par ce qui suit, on verra que la région de Mauriac, qu’il faut appeler le mauriacois et non le salersois, comme cela se voit, est dotée d’une unité profonde qui, à tout point de vue, et singulièrement au point de vue de l’art reli- gieux, forme une zone à part dans notre belle Auvergne. Il n’y a certes pas d’école mauria- coise, mais au moins une allure, qui constitue comme une “famille”. Nous n’avons pas hésité à produire des hypothèses tant au plan de l’architecture que de la sculpture ou de l’histoire. Ceux qui veu- lent approfondir le sujet pourront décider de leur validité, car en ces domaines rien n’est jamais définitif. La sculpture romane notamment est sans cesse susceptible d’être décryptée différem- ment, et tout décodage est une aventure osée, mais nécessaire, sans quoi les formes n’ont plus de vie et restent des cailloux muets. Il faut donc faire parler les pierres, et cela ne va pas sans risque. Parfois le sens est tout à fait caché, parfois sans doute il est absent, parfois encore plusieurs lectures sont possibles, et dans ce cas nous avons proposé tout ce qui nous a paru légitime. A chacun après cela d’exercer son jugement ou, s’il préfère, de laisser courir son imagination. L’art roman se caractérise encore par sa grande systématicité, si bien qu’on peut 5 AVANT-PROPOS l’aborder par tous les bouts et le saisir presque entièrement. L’architecture comme la sculptu- re obéissent à quelques grandes règles pré- sentes partout, et en mauriacois pas moins qu’ailleurs. Ainsi l’art roman de notre région constitue une introduction légitime à l’art roman tout court, qu’on pourra comprendre à partir de là, en même temps que de ce fonds commun se dégagent les particularismes. Je dois préciser toutefois que certaines pages, concernant surtout l’architecture, ris- quent d’être peu intelligibles au lecteur non familier du vocabulaire technique. Il faudra se reporter souvent au lexique, mais ce petit effort n’est pas inutile car en architecture, nommer, c’est voir. Chaque élément joue un rôle dans l’ensemble, qu’il faut saisir, sans quoi on passe à côté de l’original et du typique. C’est pourquoi les monographies qui font l’essentiel du livre ne sont pas destinées seu- lement à être lues : il faut aller voir les églises, toutes si on peut. Quand l’église est modeste, le site au moins vaut le détour, et la route qui y mène, et l’ambiance… Tout cela forme un ensemble que le livre ne saurait restituer tout à fait, mais qui prend sur place toute son importance. Nous avons prévu toutefois, pour les plus pressés, quelques itinéraires privilé- giés. Un mot encore sur le choix du dessin, qui peut étonner à l’heure du succès universel de la photographie. C’est que la photographie trop souvent, et même inévitablement, parce qu’elle présente la chose elle-même telle qu’on pourrait la voir sur place, ne motive guère la visite. Celle-ci pourtant demeure indispensable : une église (romane surtout) n’est pas un amas de pièces détachées, et il faut saisir le tout pour admirer les parties. Le dessin en ce sens ne triche pas et ne prétend pas remplacer l’œuvre elle-même. Bref, il ne double pas le réel ni ne l’expose, mais le pro- pose. C’est le moyen que nous avons trouvé pour ne pas faire de ce livre un musée. 6 Puy-de-Dôm e Rhue Sumène Dordogne Corrèze Mars Auze Maronne Bertrande Lanobre Beaulieu Marchal Champs Liginiac Serandon Champagnac Veyrières Bassignac Vendes Sourniac Jaleyrac MAURIAC le Vigean Chalvignac Brageac Tourniac Chaussenac Ally Escorailles Drignac Drugeac Salins St-Christophe Barriac Loupiac Ste-Eulalie St-Martin-Valmeroux St-Remy Fontanges St-Paul St-Bonnet Salers Anglards le Falgoux Meallet Jailhac Moussages le Mas Trizac Ydes Vebret Sauvat Saignes Vignonet Chastel-Marlhac Antignac Salsignac St-Étienne-de-Chomeil St-Amandin Riom Apchon Colandres St-Hippolyte Cheylade Puy Mary St-Martin-Cantalès LE MAURIACOIS Bort Méalet Saint-Vincent Saint-Projet Pleaux 1 - Autour de Mauriac. p. 57 Mauriac. - Chalvignac. - Sourniac. - Jaleyrac. - Le Vigean. - Salins. 2 - Autour de Saignes. p. 77 - Saignes. - Champagnac. - Veyrières. - Bassignac. - Vendes. - Sauvat. - Ydes. - Serandon. - Liginiac. 3 - Autour d’Antignac. p. 101 - Antignac. - Roc Vignonnet. - Vebret. - Salsignac. - Saint-Etienne-de-Chomeil. - Lanobre. - Beaulieu. 4 - Autour de Riom. p. 117 - Riom. - Saint-Amandin. - Chastel-Marlhac. - Apchon. - Collandres. - Saint-Hippolyte. - Menet. - Murat-La- Rabbe. 5 - Autour de Moussages. p. 137 - Moussages. - Jailhac. - Meallet. - Le Mas (XIXe siècle). - Trizac. - Saint-Vincent. 6 - Autour de Salers. p. 149 - Salers. - Saint-Bonnet. - Anglards. - Saint-Paul. - Saint-Rémy. - Fontanges. - Le Falgoux. 7 - Autour de Saint-Martin-Valmeroux. p. 159 - Saint-Martin-Valmeroux. - Saint-Martin-Cantalès. - Saint-Christophe. - N.-D. du-Château - Sainte-Eulalie. 8 - Autour d’Ally. p. 166 - Ally. - Chaussenac. - Brageac. - Escorailles. - Drugeac. - Barriac. 7 Propositions d’itinéraires Si on s’intéresse particulièrement… 1 - Aux modillons. Roc-Vignonet; Champagnac; Sauvat; Ydes; Moussages; Jailhac; Mauriac; Saint-Vincent; Anglards; Saint-Paul; Ally; Barriac; Sainte-Eulalie; Jaleyrac, Liginiac. 2 - Aux cuves baptismales. Mauriac; Chalvignac; Chastel-Marlhac. 3 - Aux chapiteaux. Roc-Vignonet; Vebret; Lanobre; Saignes; Champagnac; Veyrières; Bassignac; Sauvat; Ydes; Trizac; Riom; Menet; Mauriac; Ally; Brageac; Drugeac; Saint-Martin- Cantalès ; Saint-Etienne-de-Chomeil, Saint-Amandin, Liginiac, Serandon. 4 - Aux églises romanes les plus préservées. Roc-Vignonet; Vebret; Lanobre; Saignes; Veyrières; Vendes; Sauvat; Ydes; Jailhac; Riom; Menet; Mauriac; Sourniac; Jaleyrac; Anglards; Brageac; Saint-Martin- Cantalès, Liginiac. 5 - Aux belles promenades à pieds. Roc-Vignonet; Saint-Christophe (N.-D. du-Château); Jailhac. 6 - Aux grandes églises. Mauriac; Lanobre; Riom, Menet; Anglards; Trizac; Brageac. 7 - Aux portails romans. Mauriac; Sauvat; Ydes; Menet; Chastel; Jaleyrac; Saignes; Salers; Anglards; Saint-Remy; Escorailles; Drugeac; Saint-Martin-Cantalès, Liginiac, Serandon. 8 - Aux pentures. Lanobre ; Beaulieu ; Ydes ; Jaleyrac ; Saint-Vincent, Liginiac, Serandon. 9 - A l’art roman du XIXe siècle. Saint-Christophe (chapelle du château); Le Mas; Salers; Fontanges (chapelle monolithe); Champagnac; Saignes; Le Falgoux. Les églises romanes de notre région se caractérisent d’abord par leur rusticité et leur modestie, pour tout dire une certaine pauvreté apparente. Le visiteur occasionnel ne man- quera pas de remarquer qu’il y a parfois des granges plus vastes, et cela certes n’a rien de très étonnant dans un pays où l’on trouve plus de vaches que d’hommes! Celui qui cherche ici de beaux exemples de cet “art roman auvergnat” si bien représenté autour de Clermont risque donc à tout moment la déception : rien de tel dans le cantal. Cette première impression n’est pas faus- se, mais elle est incomplète. Par un paradoxe curieux, la fameuse école romane auvergnate camoufle encore trop souvent l’art roman d’Auvergne, et singulièrement du Cantal. Derrière l’apparente uniformité rurale de nos édifices religieux se cachent des particula- rismes réels et même une certaine richesse ornementale, qu’un regard trop rapide risque toujours d’esquiver. Il faut donc savoir ce qu’on cherche pour espérer trouver quelque chose. C’est l’angoisse inconsciente du touriste, et la justification de cet ouvrage. 1 - Diversité du Cantal A quoi ressemble donc l’architecture romane de Haute-Auvergne, et spécialement du mauriacois? Demandons-nous d’abord s’il y a un sens à parler de Haute-Auvergne en général. Le département actuel du Cantal recouvre presque exactement l’ancienne division admi- nistrative. Il existait, avant le découpage révo- lutionnaire de 1790, une Basse-Auvergne, le Puy-de-Dôme actuel, et une Haute-Auvergne, le Cantal. Cette distinction est ancienne, sans qu’on puisse lui assigner une origine précise. Le vocable Cantal correspond bien au département, effectivement organisé autour du volcan central. Un certain nombre de paroisses de Basse-Auvergne, en Artense et Cézallier, passèrent au département du Cantal qui en tant que Haute-Auvergne s’arrêtait alors à la Rhue. L’actuel canton de Champs (églises de Lanobre, Beaulieu, Marchal) en était donc exclu. En 1317 on créa l’évêché de Saint-Flour par démembrement de l’évêché de Clermont lequel, avant cette date, couvrait en entier Haute et Basse Auvergne, ainsi qu’une partie de l’actuelle Haute-Loire, l’arrondissement de Brioude. Les régions d’Aurillac, de Murat et de Saint-Flour furent alors accordées au nou- veau diocèse, avec Brioude, Blesle et Langeac, mais l’archiprêtré de Mauriac, qui forme le sujet de cette étude, fut maintenu sous la dépendance de Clermont, sans doute en raison des possessions que l’évêque de Clermont y avait. Ce n’est qu’à la Révolution qu’on rattacha le mauriacois à Saint-Flour selon la logique départementale. Mais de même qu’il y a au moins deux Puy-de-Dôme, la partie montagneuse et les grandes limagnes, il y a au moins deux Cantal, ce qui a pu induire des différences architecturales notables malgré l’apparente uniformité rus- tique des églises du Cantal. L’hydrographie et l’orographie de la Haute-Auvergne en effet dessinent des régions distinctes. Au centre le volcan, le plus grand d’Europe dit-on, d’où rayonnent des vallées étroites et des plateaux élevés. Les passages des uns aux autres sont encore aujourd’hui bien rares et difficiles. Le Sanflorain se trouve ainsi coupé d’une part de la région de Mauriac, d’autre part d’Aurillac, par une véritable muraille naturel- 9 I - L’ARCHITECTURE le. C’est sur cette muraille que les périodes d’enneigement sont les plus longues et la neige plus drue, glacée par l’écir. L’étude des patois ne fait que confirmer ce qui précède. l’Auvergnat que l’on parle d’un côté et de l’autre n’est pas exactement le même, nous disent les spécialistes, et il est encore différent entre Mauriac etAurillac, cette dernière désormais résolument tournée vers le Sud. Entre ces deux arrondissements un fais- ceau de gorges formé par la Maronne et la Bertrande a joué un rôle de frontière naturelle. Mêmes remarques concernant les styles architecturaux de l’habitat paysan, dont l’origine doit sans doute être cherchée assez loin dans le passé. La forme des toits, les modes de couvertures, l’agencement des divers bâtiments de ferme, tout cela désigne des sphères d’influence variées 1. Ajoutons que les cantaliens eux-mêmes sont loin aujourd’hui encore d’ignorer ces coupures, malgré l’amélioration et la multipli- cation des routes, les chemins de fer, le perce- ment des tunnels, et si tout le monde se dit auvergnat, on ne doit pas appartenir à la même Auvergne. Ceci explique en partie la réclamation que firent des citoyens de Saint- Flour en 1793, demandant qu’on fasse du Cantal deux départements distincts, l’un com- prenant Mauriac et Aurillac, en rognant sur la Corrèze et le Lot, l’autre avec Saint-Flour, Murat, Brioude et Saint-Chély 2. Bref, il semble plausible que de telles diffé- rences dues tant à la géographie qu’à l’histoire aient provoqué des variations architecturales sensibles. Le Sud-Est du département, par exemple, relève visiblement du Gévaudan (dont on a montré qu’il constitue une famille architecturale) 3. Le Nord-Ouest, on va le voir, a reçu l’influence du Limousin limitrophe. Qu’en est-il plus précisément dans le mau- riacois? 2 - Caractères généraux des édifices de la région de Mauriac L’archiprêtré de Mauriac recouvre exacte- ment les limites de l’arrondissement. Il s’étend, au Nord, au-delà de la Rhue pour atteindre la frontière de Puy-de-Dôme, à l’Ouest il touche la Corrèze par la Dordogne, au Sud la Bertrande sert de frontière naturel- le, enfin à l’Est il est clos par les montagnes et la Rhue de Cheylade. C’est un pays de campagnes et de moyennes montagnes dont le Puy Mary est l’ultime pointe. Un pays très arrosé, souvent très accidenté, qui vit essentiellement de l’élevage et maintenant du tourisme. Ce relief heurté et une élévation modeste ont induit un peuplement clairsemé et nom- breux expliquant qu’on trouve ici la plus forte concentration d’églises romanes du Cantal. Là aussi les plus “célèbres” : Mauriac, Brageac, Ydes. La plupart toutefois sont peu connues, voire totalement oubliées. Rochemonteix, dont le propos n’était certes pas d’être exhaus- tif, en ignore une vingtaine au moins, parfois délibérément. Toutes en effet ne présentent pas le même intérêt tant au plan de l’architecture que de la sculpture ou encore du site, bien que toutes, croyons-nous, aient leur beauté. Rochemonteix encore avait remarqué l’unité archéologique de ce territoire et relevé ce qui le sépare des arrondissements de Murat, Saint-Flour et Aurillac, allant jusqu’à dire qu’il ne saurait y avoir aucun rapport entre les édifices du mauriacois d’une part, et tous les autres. C’était là une exagération pédagogique, mais la géographie explique ces différences. Un rapide examen permettra de faire le bilan du divers et du commun dans les églises romanes de notre région. A - LES PLANS ET LES VOÛTES. Il faut distinguer entre les édifices à collatéraux (Trizac, Riom, Menet, Brageac, Mauriac, Lanobre, Anglards) et les édifices à nef unique (tous les autres, la majorité). Pour les édifices à collatéraux nous aurons toujours, sauf à Mauriac, une nef médiane aveugle éclairée par les ouvertures des bas- 10 1 - La ferme sanfloraine, par exemple, présente habitat et grange en un seul bloc, tandis qu’en mauriacois les bâtiments sont le plus souvent séparés. Il y a encore d’autres différences. 2 - Cf Cantal, encyclopédie Bonneton, p. 85. 3 - Anne T. DE VILLERS, Églises romanes oubliées du Gévaudan, Presses du Languedoc, 1998. côtés. C’est un point commun avec les églises dites “majeures” de Basse-Auvergne, mais pour des raisons différentes. En Basse- Auvergne, les bas-côtés contrebutent très haut la voûte centrale, au niveau des voûtes en quart de cercle des tribunes. Mais en Haute- Auvergne il n’y a jamais de tribunes, c’est-à- dire que les collatéraux n’ont pas d’étages. La voûte médiane ne peut donc s’élever considé- rablement et il devient nécessaire de la conforter par des arcs doubleaux, absents des voûtes clermontoises qui sont à berceau lisse. Ces arcs doubleaux sont le plus souvent brisés (Trizac, Riom, Mauriac, Anglards, Brageac), mais à Menet et Lanobre ils sont plein cintre. La voûte centrale est contrebutée par les bas-côtés. A Mauriac et Brageac seulement ceux-ci sont voûtés d’arêtes, ce qui renforce l’hypothèse d’une origine commune. Partout ailleurs ils sont voûtés en quart de cercle, frac- tionnés par des doubleaux brisés. Dans ce cas on observe une maçonnerie, surmontant le dou- bleau, qui rachète la différence entre les deux courbes. En Basse-Auvergne, le premier étage des collatéraux est voûté d’arête, et l’étage des tribunes est voûté en quart de cercle. La croisée du transept est surmontée d’une coupole contrebutée par les voûtes en berceau des bras, perpendiculaires à la nef. Cette cou- pole est toujours montée sur trompes, sauf à Anglards où elle est sur pendentifs, deux sys- tèmes astucieux qui permettent le passage du carré à l’octogone. Les grands arcs de la croi- sée sont surmontés d’un mur en lourde maçonnerie qui les rattache à la voûte, mais ce ne sont pas à proprement parler des arcs diaphragmes comme en Basse-Auvergne, où ils sont typiques. En effet, contrairement à ceux-là qui sont percés d’ouvertures, ces maçonneries de Haute-Auvergne sont aveugles. On verra ce procédé à Riom, Trizac, Anglards, Menet, et aussi à Allanche et Roffiac. Le motif devait être de résister à la poussée du clocher monté au-dessus, ou enco- re d’assurer la solidité et l’écartement des murs latéraux (étrésillonnage), ou bien, de façon peut-être complémentaire, de donner l’illusion d’une plus grande élévation de la coupole. Sur le plan strictement esthétique la réussite est manifeste. Tous ces doubleaux sont portés partout par de solides piliers carrés flanqués sur leurs quatre faces de colonnes engagées. A Riom seulement (signe d’archaïsme?) nous avons de gros piliers nus, sans colonnes. Les églises à une seule nef sont évidem- ment de plan plus simple : vaisseau barlong (c’est-à-dire plus long que large, ou plus large que long, comme on voudra) terminé par une abside éventuellement précédée d’une travée de chœur. Toutes les voûtes sont en berceau, le plus souvent fractionné par des doubleaux, parfois brisés (Vebret, Moussages). Un arc 11 coupe sur l’entrée du transept d’une église à trois nefs, type Lanobre. bas-côtés voûtés en quart de cercle ; au centre, arc diaphragme en avant de la coupole triomphal généralement saillant vient séparer la nef du chœur, orientant le regard vers le sanctuaire. Pas de coupole, exception faite de Jaleyrac, alors que la présence de ces cou- poles dans les édifices à simple nef est plus fréquente dans les autres arrondissements (Saint-Saturnin; Auriac, où elle est sur pen- dentif; saint-Poncy; Roffiac…) 4. B - LES ABSIDES ET CHEVETS. Cette partie de l’édifice, qui le termine à l’Est selon l’orientation classique, nous permet de mesu- rer une grande diversité de construction dans l’ensemble du Cantal et dans le mauriacois. C’est là une partie spéciale de l’église qui, à l’extérieur, forme le chevet. Ce chevet est tou- jours l’élément le plus travaillé, avec les por- tails, et sans doute était-il construit en premier. Il est possible même qu’un certain nombre d’édifices se soient résumés au principe à une abside et un chœur, le reste n’étant pas alors bâti en dur. Si donc il existait une “école”, un “style” de construction traditionnel et partout connu dans les limites régionales, il semble qu’on devrait là en trouver la trace. Comme on va le voir ce n’est pas exactement le cas. Nous avons, à Chaussenac, Vebret et Saint-Rémy, des chevets droits. Rochemon- teix les attribue systématiquement au Limousin, ce qui nous semble excessif. Le chevet droit se trouve partout où l’on voit des églises romanes, et c’est tout naturel car le mur droit est évidemment le plus simple à bâtir, et le plus spontané quand il s’agit d’enfermer un espace quelconque. Si l’on trouve aussi et ici, surtout, des chevets en hémicycle, il semble qu’il faille l’attribuer au symbolisme de la croix, l’hémicycle représen- tant alors la tête du Christ, mais droit ou cir- culaire, ces chevets n’appartiennent à aucune école en particulier. A cela on peut ajouter le fait que le modèle du mur droit au chevet fut largement utilisé par les Templiers dans toutes leurs constructions à travers l’Europe, sans d’ailleurs qu’il devienne la règle unique (à Ydes, édifice incontestablement Templier, et tout près du Limousin, nous avons précisé- ment un chevet circulaire). Un peu partout domine cependant l’abside circulaire sur ses deux faces (Brageac, Saignes, Mauriac, Sauvat, Vendes, Saint- Hippolyte, etc.). Toutefois nous aurons, à Meallet, une abside pentagonale sur ses deux faces. A Lanobre et Menet l’abside principale est, à l’extérieur, un heptagone peu sensible sans contreforts de soutien, tandis qu’à Saint- Vincent l’abside est pentagonale à l’intérieur, heptagonale à l’extérieur. Concernant les églises à trois nefs nous avons, à Brageac, Mauriac, Anglards (comme à Allanche, Cheylade, Dienne) des collaté- raux terminés par des absidioles circulaires sur leurs deux faces. Mais à Menet et Trizac, ils s’achèvent par des murs droits. A Lanobre, les absidioles sont circulaires à l’intérieur, carrées à l’extérieur. Nous aurons même à Bredons, près de Murat, mais c’est un cas unique, un simple mur droit qui clôt nef et collatéraux. Une place à part doit être réservée à quelques édifices à l’Est du département où l’on peut lire, dans la forme particulière de l’abside, l’influence du Velay tout proche. A Roffiac, Andelat, Saint-Saturnin et Sainte- Anastasie, nous trouvons des chevets penta- gonaux percés à l’intérieur d’absidioles semi- circulaires, taillées dans l’épaisseur du mur (cinq pour Roffiac et Saint-Saturnin, trois pour Andelat et Sainte-Anastasie). Saint- Saturnin, dans l’arrondissement de Murat, était à la nomination du prieur de La Voute. On trouve des plans semblables à Auzon, qui relevait de la Chaise-Dieu, Beaulieu, Rosières, Mailhat en Puy-de-Dôme, mais dans les parages du Velay, à la chapelle ruinée de Polignac et ailleurs, c’est-à-dire en Velay ou dans sa proche banlieue. Cela prouve encore la coupure entre les deux (ou trois) Cantal, puisque en mauriacois et aurillacois ce plan particulier est totalement absent. Pour le reste, quand les chevets sont circu- 12 4 - Il faut noter que les églises à trois nefs sont presque absentes au Sud du département. Dans l’arrondissement d’Aurillac on a souvent percé les chapelles latérales pour en faire de faux bas-côtés, comme à Pleaux. laires, nous les verrons souvent découpés en trois panneaux par des colonnes-contreforts dont le chapiteau soutient la corniche, ou par de simples pilastres taillés en biseau au som- met ou qui s’élèvent jusqu’au toit. Parfois un pilastre axial s’arrête sous la baie (Ally, S- Martin-Cantalès, Brageac, Chalvignac). C’est une particularité que nous ne savons à quoi attribuer. Toutefois nous aurons une spécialité plus intéressante dans l’archiprêtré de Mauriac, qu’on ne retrouve pas ailleurs sans qu’elle soit, ici, une règle absolue : les colonnes-contre- forts engagées au chevet, et pas seulement des pilastres à section rectangulaire, lequel chevet s’orne d’un cordon de billettes ou plus souvent d’une torsade pour à peu près toutes les églises. Ce motif ornemental risque bien d’apparaître comme l’une des principales ori- ginalités du mauriacois par rapport au reste du Cantal. Autre particularité de ces chevets mau- riacois, la forte saillie des corniches nécessitée par la pose de modillons presque toujours de bonne taille. Ce dernier élément est très typé : partout on trouvera ce même goût pour la décoration extérieure des absides, où il paraît presque qu’une seule main ait travaillé tant l’inspiration est commune. Le reste du dépar- tement n’offre rien de comparable sur ce point. C - FAÇADES, PORTES ET PORCHES. Les façades ne sont pas décorées, et c’est une autre res- semblance avec la Basse-Auvergne. Peut-être faut-il mettre ce choix sur le compte du climat et des vents qui poussent la pluie surtout d’Est en Ouest, à moins qu’il ne s’agisse d’une ques- tion d’économie. Quand la porte s’ouvre à l’occident, c’est celle-ci qui sert d’ornement; elle est parfois surmontée d’une baie ou d’un oculus, puis d’un clocher-arcade ou à peigne. Là encore une différence essentielle : dans les arrondissements de Murat et de Saint- Flour, les portes ouvrent au midi. De même dans un certain nombre d’édifices de la région d’Aurillac (Lascelle, Reilhac, Laroquevieille, Jou-Sous-Monjou, Girgols, Raulhac…), et c’est un cas presque systématique en Lozère également. Mais dans l’arrondissement de Mauriac, sauf à Méallet et Saint-Rémy, la porte ouvre à l’occident. Une telle différence de structure ne peut être fortuite. Les portails sont de types très variés. Pour le mauriacois on distingue différentes séries : à Sauvat, Chastel-Marlhac, Anglards, les vous- sures sont garnies de perles au bout d’un porche décoré d’arcades latérales, comme à Ydes. Le portail de Sérandon, en Corrèze, se rattache à ce type. A Mauriac, Saignes, Jaleyrac, une arcature centrale est accotée de deux autres arcatures ou semi-arcades de chaque côté qui, à Saignes et Jaleyrac, donnent l’illusion de la triplicité des nefs. Simple décor ou allégorie de la sainte Trinité? En tout cas voila qui met à mal l’idée souvent reprise d’une franchise romane où, dit-on, l’extérieur est toujours le fidèle représentant de l’intérieur. Même remarque concernant tous ces chevets polygonaux ou carrés enfermant une abside circulaire, voire percée d’absidioles absolu- ment invisibles à l’extérieur 5. Souvent les portails sont simplement ornés de boudins retombant sur des colonnes à chapiteaux (Sauvat, Méallet, chapelle de Saignes, Vebret…), mais, cas fréquent égale- ment, on entre par un portail gothique d’un style assez semblable partout (St-Paul, Apchon, Colandres, Veyrières, Bassignac), portails qui sont soit des reconstructions au goût du jour, soit des constructions, l’édifice primitif étant alors réduit à un plus simple développement. L’absence presque absolue de tympan décoré (mais à Mauriac le tympan relève d’un travail et d’une inspiration d’étranger) est un signe supplémentaire de ruralité et de pauvre- té de moyens. Quant aux porches qui parfois précèdent le portail, ils peuvent servir de rez-de-chaussée au clocher ou ne font que poursuivre le portail en lui donnant une profondeur. Quelquefois, comme à Saint-vincent, ils semblent ajoutés bien après-coup, ou reconstruits, et ne s’inscrivent pas dans un plan d’ensemble. 13 5 - Le symbolisme de l’architecture est bien réel dans les esprits médiévaux. Bernard d’Angers par exemple, au XIe siècle, voit dans les trois nefs le symbole de la Trinité (Livre des miracles de sainte Foy, cf BOUILLET, Paris, 1897, I, § 31).
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