A découvert - Page 1 - co py rig Regardez les photographies de cet ouvrage, la femme y est structurée sur le modèle de la ville, surtout quand on connaît un peu le travail de Frédéric Bourret sur la ville, comme si inconsciemment, et de tout temps dans nos sociétés, la femme avait été un filtre dans l’édification des bâtisses qui se sont érigées au cours de l’Histoire. ht F .B O U R La femme a cette particularité d’évoquer à la fois l’enveloppe protectrice de la mère nourricière d’où découle la vie et à la fois la force redoutable de destruction symbolisée dans la Grèce antique par la déesse Athéna. En puisant dans la mythologie, on constate que la femme est le prolongement de la terre comme le rappelle encore le mythe de Pandore, première femme et déesse de la terre. Il paraît tout aussi intéressant de noter que le terme « métro-pole » signifie la ville mère, entendue comme la matrice, l’origine. sera pas sans embûches et sa reconnaissance sociale trop tardive au regard de l’Histoire de l’humanité. Pourtant la présence de la femme a toujours été là . Comme une trace invisible, elle soutient les plus grands édifices, politiques, architecturaux, économiques, artistiques. En terme sociologique, on dirait qu’il y a prégnance d’une mythologie de la femme, un imaginaire de la féminité qui structure la vie sociale dans son ensemble. Le sociologue Michel Maffesoli soutient même l’idée d’ « une féminisation du monde », observant un retour au premier plan de la femme et par là -même du sensible, des émotions, de l’hédonisme, visible notamment dans la consommation de masse ou la mode, quand prévalait auparavant le rationnel et le cognitif symbolisés par le Père. La femme ne fait pas que si bien exprimer l’érotisme, elle est l’érotisme, cette manière subtile de transmettre des sentiments, de vivre l’empathie qui n’a que peu à voir avec le porno, peut-être un peu dépassé aujourd’hui d’ailleurs dans la photographie d’art. Au travers des images que le lecteur découvrira, il réalisera petit à petit que la femme est notre patrimoine, notre « matrimoine » devrions-nous peut-être oser dire en suivant la proposition de Maffesoli. Le célèbre psychanalyste Jung notait que En des temps plus reculés, la femme faisait l’objet de cultes matriarcaux, le philosophe Bachofen ayant même évoqué la primauté d’un matriarcat originel avant que ne lui succède le patriarcat, la loi du père, qui instituera le système politique grec à venir, source de notre démocratie. Si la femme était vouée au culte dans les temps mythiques, culte que l’on retrouvera chez les chtoniens et dans les survivances du paganisme, l’Histoire de sa condition ne R ET chaque être humain, homme ou femme, était constitué d’une part de féminité et de masculinité, l’animus et l’anima. Ainsi, la femme est davantage qu’un support esthétique de contemplation, elle est en nous et en-dehors de nous, chaque émotion indescriptible que l’on ressent en est une manifestation, elle rythme ainsi la vie sociale, prenant la forme de la ville, de la terre, de l’art et parfois de la guerre. Il faudra en tirer des conséquences. Chaque être est pluriel et non pas unique, ces femmes que le lecteur découvrira sont l’expression de nos âmes tigrées, homme/ femme, elles nous habitent autant qu’on les habite. L’habit féminin justement introduit cette coupure qu’on appelle le genre. Dans certaines tribus d’Afrique, au Tchad par exemple, le rite de la circoncision du jeune garçon consiste symboliquement à séparer l’homme de la femme, à évacuer l’ambivalence fondamentale et originelle homme/femme propre à chacun. La séparation physique du prépuce, symbole de la féminité, marque un passage, dans ces sociétés, de cette ambivalence à la caractérisation d’un jeune garçon qui devient un homme. Pourquoi ce rituel ? Cette ambivalence est le signe d’un désordre susceptible d’attirer la foudre des dieux et en même temps la manifestation d’une crainte de la puissance mystique évoquée par la femme. Ce n’est pas anodin si, le seul qui ne soit pas circoncis dans ces tribus, qui conserve l’ambiguïté donc, n’est autre que le roi qui assoit ainsi son pouvoir sur les autres et son accès avec les dieux. Dans notre société occidentale, l’anatomie seule ne suffit pas à différencier l’homme de la femme, c’est la mode entre autres, style vestimentaire, coiffure, comportement, démarche qui sont les garants sociaux de cette séparation codifiée. La nudité présentée ici, sous l’œil du philosophe un peu averti, vient fragiliser un instant cette certitude pour nous ramener dans les profondeurs de la « terre-mère », union mythique où le double regard qui est offert n’en est fondamentalement qu’un, mais fragmenté dans une pluralité d’expériences subjectives pour tenter de définir aussi imparfaitement que possible la condition de la femme, ouverte à une infinité d’interprétation. L’important est peut-être moins de savoir ce qu’est la femme que de ressentir ce qu’elle nous fait. co py rig ht F .B O U R R ET Anthony MAHÉ SOCIOLOGUE AGACHE JOURNALISTE LUCIE « Que tu es belle, mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes, derrière ton voile » (Cantique des Cantiques 2). Tu te dérobes à mon regard, derrière ton voile. Je te regarde, tu te détournes. Chastement, timidement, tu baisses les yeux, derrière ton voile. Suis-je en train de te perdre ? La courbe de ta nuque me repousse. Ton voile nous sépare, grille, grillage, mur infranchissable. Tu es là , fragile derrière ton voile. Tu es là , mais tu te refuses à moi. Barrière de soie, ma prison sans barreau. Retourne-toi. Ton voile ondule sous le vent, tu es libre, alors regarde-moi. Laisse-moi passer de l’autre côté, laisse-moi te rejoindre derrière ton voile. Tu souris, je le sens. Tes yeux sont clos, tes bras le long du corps. Tu me souris, je le sais. Et cette mèche échappée de ton chignon me parle de toi. Elle me dit « Viens », elle me dit « Je suis pureté, je suis désir. Je suis pudeur, je suis envie. » T’es-tu retournée ? Tu ne me regardes pas, mais tu me vois. Tu te révèles enfin. Sais-tu que ton voile ne te cache pas ? Sais-tu qu’il me montre de toi ce que tu ne veux pas que je vois ? Plus belle, plus sensuelle, abandonnée, un brin farouche aussi. Hérode t’aurait demandé « Oh ! Salomé, Salomé, dansez pour moi. ». Car tu connais le pouvoir de ton corps, le pouvoir de ta nuque, le pouvoir de ton regard baissé, de cette mèche échappée. Tu es péché autant que pureté. Tu es mon péché. Je suis œil, tu es sujet et sans moi, tu n’existes pas. PLISSON PHOTOGRAPHE GUILLAUME Jeune photographe, à 26 ou 27 ans, je me suis posé la question du nu. C’était un domaine étranger qui nécessitait un rapport à l’autre, à la femme souvent, qui ne m’était pas habituel. Un domaine où il faut se faire confiance, totalement confiance, où photographe et modèle vivent un moment d’intimité étroit alors même qu’ils sont séparés par l’objectif. Ici, en plus de l’objectif, il y a ce rideau. Mais plus qu’une séparation, il symbolise pour moi une pudeur, celle du modèle mais aussi et surtout celle du photographe. Il sait qu’il s’immisce dans quelque chose d’intime, il ne doit pas l’effrayer. Pour réussir son image, il doit la comprendre, l’accepter. Cette mèche qui vient effleurer sa nuque me dit que le photographe a réussi. Elle est détendue, la photo est léchée et l’émotion est là . Cette émotion, c’est celle que je ressens face à la mer. Et si ce voile était l’eau ? Et s’il venait caresser la peau du modèle comme les vagues viennent lécher la coque des bateaux ? Je suis inspiré par la mer comme il est inspiré par cette femme. Deux mondes où l’image parfaite ne se crée qu’avec patience et sincérité.
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