L'Availlant - Page 1 - L'Availlant aux éditions CRÉER au village de NONETTE (F) 63340 St-Germain-Lembron dans le Puy-de-Dôme en basse Auvergne Téléphone : (73) 96.14.07 ô SZvaiÛant par Biaise Illustrations Cousteix de Patrick Le Go éditions CRÉER e 63340 Nonette 3 trimestre 1980 DES GERBES NOUVELLES Parler encore de la vie d'autrefois dans nos campagnes auvergnates n'est pas chose facile. Là plus qu'ailleurs, semble-t-il, tout à été dit. Les écrivains ont beaucoup engrangé. Inutile de citer les noms auxquels chacun pense. C'est oublier que toute province est pleine de ressources infinies. La preuve : Biaise Cousteix a trouvé par ce roman le moyen d'ajouter maintes gerbes aux anciennes moissons. Je pense à l'essaim d'abeilles prisonnier de son sac et qui s'échappe dans l'église au moment du sermon. A l'abattage des arbres au versant escarpé de la vèze; ils piquent du nez et s'enfoncent parfois en terre comme des javelots. A leur flottage sur la Dordogne. A la vieille Michaude qu'on va chercher, faute de mieux, pour remplacer les joueurs de vielle : Elle venait, demandait un peu de vin avec une pierre de sucre, si on en avait, et s'asseyait les mains sous le tablier. Et la voilà qui chantonne et tape de la galoche pour marquer la mesure. Au premier valet qui réveille ses compagnons dans l'étable où ils dormaient, derrière la queue des vaches, au milieu de la nuit, parce qu'il a pris une aurore de lune pour une aurore de soleil; et tous se lèvent et s'en vont faucher, bien qu'ils se sentent encore les yeux un peu gros. A côté de cela, le récit grouille de personnages qui mériteraient de passer à la postérité. Ce Tienne qui épouse par erreur (ou par supercherie de la belle-famille) la sœur de la fille qu'il convoitait, s'en aperçoit trop tard et s'y résigne; ce qui ne l'empêchera pas, en toute amitié, de lui faire neuf enfants. Ce jeune valet, pas encore dégagé de l'enfance, qui aime sans le savoir sa Maîtresse, comme Chérubin la comtesse Almaviva ; à peine esquissée, l'histoire est charmante et vaudrait un plus long développement. Tout cela narré d'une jolie écriture, souvent poétique ou forte, par un homme sorti de l'endroit, de ce versant occidental de l'Artense qui fut, selon l'étymologie, la terre des Ours. Plateau semé d'énormes moraines, creusé de gorges profondes, sur lequel les anciens glaciers se sont usé les griffes, il convient à l'âpre figure de L'AVAILLANT. Que ses péchés lui soient pardonnes pour la rudesse de son châtiment final, et pour deux mots de pitié qu'il prononce avant de mourir. Et maintenant, que chacun ouvre ce livre un soir d'hiver de préférence, quand le vent court sur les planèzes échevelées; qu'il tende ses pieds aux flammes d'un feu de bois. Et qu'il écoute, racontée par Biaise Cousteix, la belle et lamentable histoire de Pierre Vergne, dit L'AVAILLANT, comme on chantait dans les anciennes complaintes. Jean Anglade. Biaise Cousteix: Celui-là: Qui est-il? D'où vient-il? Qu'a-t-il fait? Pourquoi a-t-il écrit ce livre? Telles sont généralement les questions que se pose le lecteur découvrant un auteur inconnu, et auxquelles sans doute vous allez me demander de répondre. Mais d'abord à vous J.P. Marty, jeune et dynamique éditeur «Auvergnat» je tiens à tirer le coup de chapeau qui s'impose, pour avoir pris le risque financier de publier mon premier livre, simplement parce qu'il vous a « accroché». Je veux remercier aussi Jean Anglade d'avoir rédigé une préface élogieuse,. Il est un des plus érninents auteurs actuels du « Massif central», et ses appréciations sont pour moi d'un prix inestimable. Maintenant, je vous écoute... Biaise Cousteix qui êtes vous? B.C.: Question difficile. Il me paraît impossible d'exprimer en quelques phrases qui je suis. Probablement comme tout un c h a c u n la r é s u l t a n t e à la fois de «Complexités» et de «Contradictions». Et qui oserait prétendre qu'il se connaît bien luimême? J'espère que la suite de cette «interview» vous permettra de me «décortiquer» pour montrer l'intérieur. Je me bornerai donc en réponse à votre première question à des renseignements d'ordre externe : ascendants carrière. Je crois pouvoir me définir par une d o u b l e c a r a c t é r i s t i q u e « A u v e r g n a t et Ingénieur». « Auvergnat » je le suis intégralement, mes parents étant l'un et l'autre originaires du Puy de Dôme. Ma mère est née à « Messeix », mon père à « Joursac », petit village de la commune de «Singles» dans le canton de «Tauves». C'est à Joursac, Singles et Tauves que se situe l'action de « l'Availlant ». Je suis aussi «Ingénieur des Arts et Métiers» de Paris. On dit aujourd'hui E.N.S.A.M. (Ecole Nationale Supérieure d'Arts et Métiers). N'est-il pas surprenant pour un Auvergnat que vous ayez fait vos études à Paris? B.C. : Pas du tout. Il y a tant d'Auvergnats à Paris. Ils y sont venus de différentes façons, mais T« Odyssée» de mon père me semble suffisamment caractéristique pour que je n'hésite pas à la conter... A l'intention des n o m b r e u x « A u v e r g n a t s de P a r i s » ^ aujourd'hui bien implantés. Puissent-ils à travers elle, revivre, ou apprendre, les difficultés de ces « pionniers » que furent leurs parents ou grands-parents, et avoir une pensée reconnaissante pour eux. Né à Joursac en 1884, il avait trois sœurs mais était le seul garçon. Mon grand père était persuadé qu'il allait prendre sa suite au domaine. Pauvre domaine d'une douzaine d'hectares, pour la plupart en «cotes» non cultivables. Sa jeunesse fut celle de tous les jeunes paysans de ces régions, alors : tantôt « placé », tantôt donnant la main au père. Pas question d'aller perdre son temps à l'école tant qu'il y avait du travail à la terre. Seulement l'hiver à la rigueur. La durée totale de ses études fut de 3 hivers à l'école de Joursac. Très tôt il comprit que la pauvreté du domaine ne répondait pas à ses ambitions, à son besoin de réussite. La seule solution: «Monter à Paris». Mais il fallait d'abord se libérer du service militaire de 3 ans. Dès sa libération en 1908, il partit à la conquête de la capitale avec pour tout viatique 50 francs en poche. Débuts pénibles, palefrenier, garçon de café. Mais l'automobile, alors à ses débuts l'attirait, et plus précisément «Le Taxi». Il s'appliqua à apprendre les rues de Paris et en quelques mois il obtint, outre le permis de conduire, le «certificat d'aptitude à la conduite des voitures de place». Il est difficile d'imaginer aujourd'hui ce qu'était la situation d'un chauffeur de Taxis à Paris en 1908. Il y avait certes des fiacres, mais peu de Taxis automobiles. Et pas de limitation du temps de travail. Il travailla donc avec frénésie, s'étant fixé comme objectif, de n'interrompre sa journée que lorsqu'il était en mesure de déposer « un Louis d'or» dans une tirelire. «Je gagnais plus qu'un général» disait-il plus tard avec fierté. Bien entendu, il avait élu domicile à Levallois à proximité de la compagnie Française des voitures de place (on disait déjà la G7), où se regroupait une colonie de migrants du Massif Central et où l'on parlait patois dans beaucoup de cafés. C'est donc à la G7 qu'il débuta dans le taxi. Entre temps il s'était marié en Auvergne et avait ramené ma mère à Levallois où je suis né. A force d'accumuler des « Louis d'or » dans sa tirelire, il réussit à se «mettre à son compte» en achetant une magnifique «de Dion Bouton » 4 cylindres, avec gros phares à acétylène en cuivre, qui serait aujourd'hui une pièce de musée, mais représentait alors la voiture de «haut luxe». C'était pour lui la réussite. Hélas tout s'écroula le 2 août 1914 avec la mobilisation. Il dut vendre sa « Belle de Dion » pour nous permettre de subsister ma mère et moi. L'acquéreur l'utilisa comme voiture de « Grande Remise ». A chaque permission mon père allait la voir et pleurait en rentrant. Libéré en 1919, il repartait à zéro. Il fut successivement chauffeur de maître, puis... chef d'atelier de l'usine de St Denis du «comptoir des appareils à vapeur» (disparu depuis). En dépit de son instruction rudimentaire, il avait dévoré et assimilé des livres techniques et acquis des connaissances étonnantes sur les machines à vapeur comme j'ai pu le vérifier plus tard. C'est ce passage dans l'industrie qui lui donna l'idée de faire de son fils un ingénieur. Mais toute sa vie, il garda l'amour, la nostalgie de son village natal. Pour lui, Joursac est toujours resté et de très loin «Le plus beau pays du monde». Il en a tant parlé que j'ai fini par le connaître et l'aimer presque autant que lui. Par sentir que là étaient mes racines. Et je n'avais pas de plus grande joie dans ma jeunesse que de m'y précipiter à chaque vacances, pour y parler le patois et y retrouver un personnage fascinant : mon grand-père. * Au fond, en ces temps où l'on voit tant de citadins rechercher leurs racines paysannes, avec une certaine délectation et une nostalgie Ï j affichée, nêtes-vous pas en train d'écrire quelque peu une chronique familiale? B.C. : « l'Availlant » n'est pas une chronique familiale, c'est un « Roman ». Mais les lieux où évoluent les personnages sont ceux où vivait ma famille à cette époque, et je me suis attaché à recréer l ' a m b i a n c e , à décrire les comportements, la vie vraie des habitants d'un village isolé de Haute Auvergne, vers la fin du X I X siècle. Il y a là nécessairement des «épisodes» de chronique familiale. %- Le personnage du «Père Roche» n'est-il pas un de vos proches ancêtres? B.C.: Si, c'est mon grand père et parrain dont j'ai seulement changé le nom puisqu'il s'appelait exactement comme moi Biaise Cousteix. e m e
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