La Paralysie - Page 1 - test Florence Caressa La Paralysie Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-8121-0014-7 Dépôt légal : décembre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays 4 A mon père, Mort de la terrible maladie de Charcot ou Sclérose Latérale Amyotrophique. A tous ceux qui ont approché de près ou de loin cette éprouvante maladie. 5 Prologue Janvier. Un matin. Le brouillard. Une odeur. Je ne vois plus mon chemin comme parfois en montagne quand le brouillard est dense. Celui-ci est gris et odorant. Gris foncé. Pas un brouillard habituel : non, il est sombre, opaque. Une nuit étrange en pleine journée. L’odeur est inhabituelle : mélange de mazout et de brûlé. Une odeur qui pénètre en moi et ne me lâche plus. Et le silence. Pas un bruit. Pas une âme qui vive. Un désert de rues et d’immeubles où on n’y voit plus rien. Une ville qui n’en est plus une, une ville fantôme. 7 Je suis seule au milieu d’une grande avenue, en plein centre ville. Je crie. Personne ne répond. Je hurle : pas même un écho. J’ai froid, je grelotte de peur. Un silence de plomb pèse sur mes épaules. Le silence de la vie disparue. Le silence de la mort. Germaine se réveille en sursaut, trempée de sueur, le regard hagard. Elle se frotte les yeux pour évacuer ce cauchemar. Elle se retourne dans le lit et cherche refuge dans les bras de Maurice. Sa place est encore chaude mais il n’est pas là. 8 1 Le camion citerne Ce matin là Maurice s’est réveillé fourbu. Ses rhumatismes ont repris de la vigueur et il est sorti du lit en grimaçant. Le ciel est couvert, le temps est humide même s’il ne pleut pas. C’est sans doute pour ça. Il sait que cette journée sera mauvaise. Tout en se rasant il se regarde dans la glace : son visage vieillit, les rides progressent et s’intensifient. Quelques cheveux rebelles sont encore noirs mais le reste a cédé aux attaques du temps : beaucoup plus sel que poivre. Sur son visage ce matin il ne peut lire que l’usure des jours. L’état de ses rhumatismes, de sa tension ou de son cholestérol n’apparaissent pas dans le miroir. Seul le bleu de ses yeux n’a pas changé. Il entend un bruit familier : Germaine qui s’affaire dans la cuisine. Elle a dû se lever pendant qu’il prenait sa douche. Une bonne odeur de café flotte à travers tout l’appartement. Maurice la rejoint. – Bonjour mon ange, dit-il tout en allumant la radio. As-tu bien dormi ? – Bonjour mamour. Couci-couça. J’ai fait un étrange cauchemar dont j’ai encore du mal à revenir. 9 Il n’a pas le temps de poser une autre question que la radio annonce : « Un camion citerne n’ayant pas respecté les règles d’interdiction d’entrée dans Paris, vient de se renverser Place Charles de Gaulle-Etoile. Il a pris feu provoquant un grave accident. Les pompiers bloquent actuellement le quartier à tout accès de la circulation. Nous vous conseillons d’éviter la place de l’Etoile. » – Germaine : tu entends ? – Oui. C’est curieux. – Quel temps fait-il ce matin ? dit-il alors qu’il sait qu’il ne sortira pas aujourd’hui. – Comme tu ne l’aimes pas : triste mais il ne pleut pas lui répond Germaine en regardant le ciel par la fenêtre. Très froid : le thermomètre marque 2 degrés. C’est Janvier. Si tu sors, tu as intérêt à prendre des gants et une écharpe. – Non je n’ai pas envie de bouger. Je ne suis pas en forme aujourd’hui : mes rhumatismes sont venus me rendre visite. Si toi tu sors, tu me raconteras. – Oui je pense sortir me balader. Je vais en profiter pour aller sur les Champs Elysées voir ce qui se passe. 10 2 L’incendie Elle enfile son manteau, quitte ses chaussons douillets et met ses chaussures de marche. Un coup d’œil dans le miroir de l’entrée pour s’assurer qu’elle est bien coiffée et en route pour l’Etoile. Elle a décidé d’y aller à pied. D’un bon pas il faut une petite heure pour atteindre l’Etoile de chez eux. Germaine est une bonne marcheuse, surtout dans Paris. Malgré ses 70 ans, elle est toujours capable de faire ses 2 heures de marche quotidiennes sur le bitume parisien ; alors que lui, c’est en fonction de ses rhumatismes qui jouent la carmagnole malgré les anti-inflammatoires que lui a prescrits son médecin. C’est une petite femme, mince, brune aux yeux très noirs. Sa coupe de cheveux très courts près de la tête fait penser à celle de Zizi Jeanmaire et la rajeunit. Quand on ne la connait pas et qu’on la voit pour la première fois, on lui donne environ 50-55 ans ce qui lui plait beaucoup. A cet âge de la vie on adore être rajeuni. La mode du jeunisme y est pour beaucoup. Mais lorsqu’elle était jeune fille et plus jeune encore, adolescente, c’était déjà la même chose : elle 11 paraissait toujours bien moins que son âge. Or à cette époque de la vie quand les premiers émois sexuels apparaissent, paraître 12 ans alors que l’on en a 16 puis plus tard en paraître 15 alors qu’on en a 20 ou 22 est passablement gênant et perturbant. Elle en avait souffert fortement car elle avait dû attendre bien plus tard que toutes les autres que des garçons acceptent de s’intéresser à elle. Elle avait beau être vive et intelligente, l’intérêt des garçons ne dépassait pas le premier regard. Ce qui est perçu en tout premier est le physique. Si le physique plait alors on s’intéresse éventuellement au mental. Dans son cas la bataille était perdue d’avance. Cela a sûrement contribué à lui forger un caractère tonique et volontaire faisant d’elle une femme de caractère. C’est bien sûr ce caractère que Maurice a apprécié même si cela a parfois pimenté leur vie. Elle remonte d’un pas rapide l’avenue Mozart, la rue de la Pompe et arrive avenue Victor Hugo. Les gens se pressent emmitouflés dans leur manteau avec des écharpes enroulées autour du cou. L’air est froid même glacial. Et humide de surcroit ce qui est rare pour un mois de Janvier. Les magasins ont perdu leurs éclairages et guirlandes de Noël. Janvier n’est pas le meilleur mois du lèche-vitrine. Les arbres sont nus à cette période de l’année ce qui rend tristes ces avenues. Elle traverse la place Victor Hugo. La fontaine ne fonctionne pas et l’eau dans le bassin est gelée. Quelques moineaux s’aventurent sur cette glace incertaine. Au loin en direction de la place de l’Etoile, elle distingue des fumées noirâtres entrecoupées d’étincelles qui s’élèvent dans le ciel. Une espèce de 12 feu d’artifice bicolore. La vision est encore floue et lointaine. Il faut qu’elle se rapproche. Elle accélère le pas. La vision devient nette. Le son de l’incendie est maintenant perceptible. Un cordon de policiers bloque totalement l’avenue à environ 50 mètres de la place : elle ne peut pas approcher davantage. Mais le spectacle est féerique tout en sons et images. Une partie du ciel sur un petit périmètre est totalement gris foncé, plus opaque qu’un ciel de nuit. Autour de ce ciel sombre, le ciel blanc sale de Janvier : il n’y a pas de fondu de l’un dans l’autre : comme un tableau où on aurait peint une couleur très foncé et juxtaposé la même en très clair. Etrange cette délimitation si nette. Des flammes très hautes finissant par des étincelles jaunes d’or s’envolent vers ce plafond de nuit, telles des paillettes qui monteraient au ciel. Le crépitement des flammes est impressionnant : on entend comme une lutte entre elles : c’est à celle qui produira le plus d’étincelles, qui prendra le pas sur sa voisine, qui montera le plus haut. Ce n’est pas le son d’un bois qui brûle dans une cheminée, ce n’est pas le son de feux de bivouacs. Non. C’est encore autre chose : indéfinissable, fait de gémissements, de crépitements, de souffles, de sifflements comme si une force démoniaque manipulait ce feu démentiel. Germaine reste saisie par ce qu’elle voit et entend. C’est à peine si elle se souvient qu’il s’agit d’un incendie et non d’un spectacle tellement elle le trouve beau. Est-ce cela que les pyromanes ressentent lorsqu’ils mettent le feu à un endroit ? 13
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