Le violon de Montmartre - Page 2 - test Brice Saint Cricq Le violon de Montmartre Roman Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-244-3 Dépôt légal : Avril 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Du même auteur • Mémoire salée, roman, 2004 • Le sabot de Vénus, roman, 2005 • Le verbe démasqué, essai, 2006 • Hasard de l’éphémère, roman, 2006 • Pétra – le testament des korrigans, roman, 2007 • Olinda – la lumière dérobée, roman, 2008 7 Avertissement Le violon de Montmartre est une œuvre de fiction nourrie par l’imagination de l’auteur. Son appartenance à la franc-maçonnerie comme éternel apprenti n’implique en aucune façon, même de manière indirecte, une obédience particulière dans ce récit par le biais de points de vue exprimés fictivement par les personnages de ce roman. La loge Amadeus ainsi que le chapitre l’Acacia de turquoise ne présentent aucun rapport avec d’éventuelles loges maçonniques ou ateliers capitulaires existants ou ayant existés de par le monde. http://blog.ifrance.com/liresaintcricq http://blog.iquebec.com/liresaintcricq http://blog.ibelgique.com/liresaintcricq http://blog.isuisse.com/liresaintcricq 9 Note de l’auteur Dire que ce roman contient des mots et des expressions argotiques semble plus juste que d’y voir des mots d’argot, dans la mesure où l’adjectif paraît moins précis et formel que le substantif argot. Ces mots et expressions sont entrés dans le langage courant et sont tous empruntés au Larousse argotique. Ils donnent ici aux personnages qui les emploient une dimension vivante et populaire ; ils nous donnent l’espoir d’offrir au lecteur un texte ludique. 11 Pour Alexandre et Robin inséparablement, mon infiniment chair et ma raison d’espérer. Je remercie et témoigne toute ma gratitude à ma femme Jocelyne qui, plus que tout autre, m’a généreusement épaulé comme première lectrice tandis que ce livre devenait réalité. 13 « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal… » Arthur Rimbaud « La musique ouvre dans le corps des fenêtres par où l’âme peut sortir pour fraterniser… » Milan Kundera 15 1 Paris, Montmartre, rue Foyatier, 11 mars 2000 … impasse des Arbalétriers Il est assis sur les marches de l’escalier de la rue Foyatier, côté du funiculaire, adossé au parapet. Il est pensif, regard perdu dans le vide, s’entiche un instant d’une trouée de ciel. Une femme noire se détache sur les marches. Elle pourrait être vêtue d’un boubou, avec juste un imper et une légère valise. Elle pourrait être aussi un triomphe de femme noire ; des seins lourds, de longues jambes moulées dans un jean, Junon noire en strass et en plumes blanches sur l’escalier du Lido, insouciante, charmante. 17 Elle ne descend pas l’escalier, elle le remonte. Il n’a pas de fin. Elle en rit tout en gravissant tranquillement les degrés, un long rire, simple, frais, joyeux. Et cette autre qui descend tout en bas dans les bras de la place Saint-Pierre ! Un peu noire, un peu blanche, un peu cannelle. Balancement royal et serein des hanches, jambes coulées de soie. C’est une rousse chatoyante… un peu tropicale, avec des yeux noisette… bleus… verts… il ne sait plus très bien. Une auburn… très particulière… Héroïne du moment. Un grand morceau de femme jeune entre dans sa poitrine… illico dans sa tronche… tout barbouille en lui. L’annonce du corps qu’on ne connaît pas. C’est du Gauguin ou du Toulouse-Lautrec ou une femme qui passe ? Il l’imagine dansant le boléro de Chilpéric ou femme qui tire son bas. Il l’imagine dans ses bras. Rêve toujours, couillon, se dit-il. Elle dissimule aux trois quarts son visage indifférent derrière un essaim de mèches torsadées. Du châtain roux aux reflets cuivrés. C’est femelle. Ça a un galbe et des traits adoucis. Intrigant, mi-lionne, mi-Cendrillon, on peut s’y perdre. Rassurant, diaphane comme une madone. Elle disparaît bientôt. Un éclair éteint qui n’entrerait pas dans son miroir ; trop belle. Sentiment de vraie déveine. En retard d’affection. À jeun depuis des mois. Pas frotté le moindre châssis, depuis des mois pas 18 effleuré la moindre clape, le moindre frifri, pas gigoté la moindre gisquette. Il passera la nuit à dévêtir ce corps hâlé à crinière acajou, à le sortir de son fantasme nébuleux où sa nudité lui glissera entre les doigts. Avant il a eu Lídia, la protestante. Une charitable en crise de foi, et derrière sa chasteté toute chrétienne, une sexualité torride. Elle était ferme et pleine d’esprit mais il n’aimait pas ses petits seins en forme de poire. Avant Lídia il a éberlué Jolán, la militante trotskiste qui voulait tout chambouler. Charmante, désirable et même intelligente. Elle avait eu pour lui des bontés. Avant Jolán il s’est toqué pour Tünde, une gigolette qui aimait sortir, danser, fréquenter les boîtes à violons, et les schardos – sorte de pubs locaux à Budapest où l’on boit de la bière… Beaucoup de bière. Elle aimait aussi aller manger un dobos torta chez Ruszwurm. Avant Tünde il a eu Helga, la comédienne avec de belles mains fines aux ongles manucurés. Une fresque à elle seule de tétons, de dessous affriolants. Le désir de la vaincre. Un peu trop ambitieuse pourtant. Une intrigante celle-là. Et puis avant il avait eu un greffier, ni trotskiste ni comédien, un bel angora tigré à face camuse du nom d’Oszkár. 19
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