Lune de glace - Page 1 - test Paskalo BAJL Lune de glace Roman Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-219-7 Dépôt légal : Septembre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Du même auteur : Les Jardins Sélènes (roman) Edilivre, collection Coup de Cœur 6 « Fille de l’hiver, Crois en ton rêve, fleur pâle Dans ton cœur ardent. » Hitsujigoya Koibumi. 7 Partie 1 Les voies lunaires 9 « Les lumières s’allument sur les rochers, Longuement le jour décline, lentement la lune [monte. L’Océan aux mille voix gémit alentour. Amis, venez il n’est pas trop tard Pour trouver un monde plus nouveau. Poussez au large et que les avirons en cadence [réglée Frappent les sillons sonores ; car mon destin [demeure : Faire voile par delà le couchant et les voies Des étoiles de l’Occident, jusqu’à ma mort. » Alfred Lord Tennyson 11 Culmination États-Unis d’Europe, France, 10 mars 2072, 03h30, heure locale. Sur les premiers contreforts sud du Massif Central, la nuit coulait dans les vallées comme une ombre. Les crêtes montagneuses, timidement couvertes par les neiges ultimes de ces derniers jours d’hiver, brillaient d’une lueur bleutée sous l’éclat du dernier quartier de lune, encore haut sur l’horizon. Sur le flanc des collines boisées, à mi-pente de la vallée et des sommets environnants, se nichait un hameau endormi. D’ici quelques heures à peine, il s’animera de la vie nonchalante et opiniâtre des Auvergnats, qui traversaient ce siècle de changements avec un calme et un détachement imperturbables, qui leur semblaient insufflés par ce sol de granit et de basalte sur lequel leurs ancêtres avaient vécu pendant de multiples générations. Mais pour l’instant, chichement éclairé par de rares réverbères, le hameau dormait encore d’un profond sommeil. Sur les hauteurs du village, dans une vieille demeure plus de deux fois centenaire, les marches d’un escalier de bois gémirent sous le poids d’une silhouette 13 indistincte. Dans l’obscurité qui emplissait la maison, seul le disque de lumière crue d’une puissante torche électrique éclairait les pas mesurés de l’homme qui gravissait ainsi discrètement les escaliers patinés par le temps. L’homme déboucha sur le couloir du premier étage, et sur sa gauche apparut fugitivement dans le faisceau lumineux une enfilade de portes. Sans hésiter, bien qu’avec toujours une extrême précaution, il se dirigea vers la seconde de celles-ci, et sa main se posa sur la poignée de métal froid. Dans la chambre où il pénétra, l’ovale lumineux ne s’attarda que quelques secondes sur les jouets qui parsemaient le sol de la chambre, le temps que l’homme mémorise son trajet pour ne pas risquer de buter malencontreusement sur l’un d’eux. Puis il se dirigea silencieusement vers la forme allongée dans le lit, d’où émanait une douce et fragile respiration. Tout en évitant de diriger la lumière directement sur le visage de l’enfant endormi, il lui toucha maladroitement l’épaule avec une rude tendresse. Le souffle de l’enfant ne changeant ni de rythme ni de profondeur, il recommença, murmurant au seuil de l’audibilité : – Hippolyte… Hé, Hippolyte, réveille-toi. L’enfant s’agita quelques secondes, puis se redressa à demi, appuyé sur un coude, tournant son visage ensommeillé vers la lumière. Tout en se passant le plat de la main sur le visage, il eut un long reniflement. Puis se frottant les yeux, il questionna, à moitié rassuré : – « C’est toi, Papi ? – Bien sûr c’est moi, bonhomme… chuchota le vieil homme, un large sourire sur la figure. Qui veux14 tu que ce soit ? » Puis il reprit : « Allons, c’est l’heure, habille-toi ! » L’enfant le dévisagea quelques secondes, visiblement ignorant de ce que pouvait bien lui vouloir son grand-père au beau milieu de la nuit. Puis un sourire éclaira son visage quand la promesse de son aïeul faite la veille au soir lui revint en mémoire. – Ouais ! Cria-t-il à mi-voix tout en rejetant ses couvertures pour bondir sur le tapis. Le doigt sur la bouche, le grand-père lui intima à nouveau le silence. – Chhhhhuuut ! Chuchota-t-il, comme un conspirateur. Tu veux réveiller ta mère ? Puis, dirigeant le faisceau de la torche au pied du lit, il désigna du pouce la chaise où reposaient les vêtements que l’enfant y avait déposés la veille. – Allez zou ! Habille-toi en vitesse, répéta-t-il. La chance est avec nous : je guette depuis une demiheure, et il n’y a pas un seul nuage ! Il fallut moins de deux minutes au jeune garçon pour enfiler un épais pantalon de toile, un pull et un anorak, et chausser ses bottes fourrées. Quand il fut fin prêt, ils se dirigèrent tous deux vers la porte de la chambre, silencieux comme des voleurs… Quand soudain Hippolyte appela avec insistance à mi-voix. – Papi… Papiii ! » Le vieil homme se retourna vivement. – Eh bien ? Questionna-t-il avec une note d’impatience dans la voix. – Papi, on a oublié mon bonnet ! Son aïeul eut un grognement bourru, et retourna sur ses pas. Mais à la lueur de la torche, ils eurent 15 beau tous deux fouiller les alentours du lit, déplier les couvertures, regarder sous le lit et même inspecter la caisse de jouets, le bonnet resta introuvable. – Bon, ce n’est pas grave, concéda le grand-père, je te prêterai ma casquette, au besoin. Allez, cette fois, on y va. Et en silence, mauvaise troupe ! C’est un miracle que ta mère ne se soit pas réveillée avec tout le raffut qu’on a fait… » À cet instant, malgré les deux générations qui les séparaient, leurs yeux brillèrent du même éclat, celui de deux gosses complices qui, en cachette des parents, sont unis dans la même bêtise. Ils redescendirent précautionneusement les escaliers de façon quasiment silencieuse, Hyppolite ayant montré à son grand-père comment éviter tout grincement intempestif en posant les pieds sur chaque côté des marches. Au-dessus de leurs têtes, le ciel d’un noir bleuté semblait piqué d’éclats de diamants. Le vieil homme couvrit sa torche d’un filtre rouge, et, tournant le dos au village, ils s’éloignèrent de la vénérable masure. Précédés de cette lumière sanguine qui leur donnait l’allure de deux revenants, ils empruntèrent le petit sentier qui montait à flanc de colline. Sous leurs pas, le gravier crissait avec un bruit discret qui semblait malgré tout emplir la nuit de son cri minéral. Leurs haleines dessinaient de fugitives volutes dans l’air froid. Dans le seul silence entrecoupé de leurs respirations, ils arrivèrent aux abords d’un long plateau à l’horizon dégagé, sur lequel s’étendait un vaste pré, illuminé par la lune dont la lueur semblait plus forte que jamais. – C’est là, Papi ? 16
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