Le plicite du tucentrisme - Page 1 - test Gaëtan Serra Le plicite du tucentrisme Edilivre – Editions APARIS Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d'exploitation du droit de Copie (CFC) - 20 rue des Grands-Augustins - 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 /Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-057-9 Dépôt légal : Septembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. À ma M… Couverture :Hyacinthe de Buyer Illustration à l’intérieur du livre : Germaine Caillou Coma amoureux Le bruit circulait dans l'hôpital. Il paraissait que les deux alités de la chambre 23 et 32 faisaient un coma amoureux. Cela avait fait beaucoup sourire les gens au départ, le personnel d'abord puis les habitués qui y avaient de la famille ont rapidement eu vent de cette étrange maladie. Cette fille et ce garçon étaient plongés dans un sommeil comateux depuis deux semaines maintenant. Et comme tous les jours, Romuald faisait sa visite auprès de la chambre du garçon, son ami. La rumeur était bien partie de quelqu'un, elle était partie de lui. Venant tous les jours, il avait pris l'habitude de discuter avec les aides-soignantes qui s'occupaient de son camarade. Il passait furtivement voir la jeune femme qu'il avait aussi appris à connaître mais il passait le plus clair de son temps à veiller le jeune homme lorsqu'il venait. « Oui, ils ont été victime d'un coma amoureux. » Et bientôt, la nouvelle circula dans tous les couloirs au gré des discussions entre infirmières et mamans qui venaient voir leur fils appendisectomisés ou docteurs et l'équipe de rugby qui venait prendre des nouvelles de leur trois-quarts aile opéré des dents de sagesse. Tout le monde 9 restait subjugué par l'état des deux jeunes amoureux. Romuald avait juste précisé que les deux tourtereaux avaient été séparés quinze ans et qu'ils avaient été admis ici le jour de leurs retrouvailles. Évidemment, ceci a été la porte ouverte pour l'interprétation de chacun. Beaucoup ont pensé que l'émotion de se retrouver avait peut-être été telle qu'ils étaient tombés dans les pommes. D'autres disaient qu'ils s'étaient peut-être fait renverser en sortant ensemble pour la première fois de la gare. Il y avait mille routes possibles. Romuald non plus ne savait ce qui s'était passé. N'étant pas de la famille, on lui avait juste parlé « d'un choc ». Choc psychologique très vraisemblablement. Des semaines que son ami le bassinait avec cette fille tout droit sortie de son enfance et qu'il aimait pardelà les âges. Apparemment, il en était de même de son côté à elle. La tension probablement a dû être forte lorsqu'ils se sont enfin revus. Ce soir encore, ni lui ni elle ne se réveillera. Tant pis, il rentrerait chez lui encore une fois regarder la télé ou bouquiner ou bien encore éplucher ce vieux journal traînant là dans les couloirs de l'hôpital, où était marqué à la rubrique faits-divers : « Paris. 12h17. Une femme et un homme sont tombés dans le coma gare Montparnasse. Selon les premiers témoins, courant l'un vers l'autre, ils se seraient percutés violemment de face. Les deux amants ont été transportés à la Pitié Salpetrière par les pompiers. » 10 Le labyrinthe Il était une fois un garçon totalement perdu dans un labyrinthe. Il y errait, à trouver la sortie inlassablement. Il ne savait pas si il y était seul, toujours était-il qu'il n'y avait jamais croisé personne. Même pas un Minotaure. Il tournait en rond déjà depuis fort longtemps, un temps dont il avait perdu la notion. Comment pouvait-il trouver la sortie dans ce dédale ? Les murs des couloirs était de hautes haies saillantes et impénétrables, de sorte qu'on ne pouvait ni les escalader ni les traverser. Alors il continuait à chercher. Mais des fois, il fallait se rendre à l'évidence : il se trouvait qu'il revenait sur ses pas ou atterrissait le plus souvent dans une impasse. Généralement dans ces cas-là, sa colère mêlée à la peine de ne jamais trouver la sortie faisait qu'il tentait de traverser les haies, laissant des cicatrices de souffrance qui avaient bien du mal à se refermer. Il était une fois une fille totalement perdue dans le même labyrinthe. Et pourtant, ils ne s'étaient jamais croisés. La fille aussi avait tenté de traverser certains murs de ronces et elle aussi portait des marques. De toute façon, quiconque devait être enfermé dans ce piège devait forcément se blesser à un moment ou à un autre. 11 Pourtant, il y avait une sortie c'était certain. D'autres auparavant y étaient arrivés alors pourquoi pas eux ? Au détour d'un méandre, ils se sont rencontrés. Il y avait donc quelqu'un dans ce fichu labyrinthe. Passé le choc d'apercevoir une autre âme qui vive, ils ont commencé à parler et à raconter leur expérience dans ces couloirs. Rapidement vint une idée à l'esprit du garçon. A deux, on voit plus loin. Alors, elle s'est lentement rapprochée de lui, il la regardait dans les yeux. Il la fit monter sur ses épaules. Et sur ses hauteurs, la fille entrevoyait au loin la sortie par-dessus les haies. Ensemble, elle sur ses épaules, ils se dirigèrent vers la sortie où là commença leur véritable histoire. Ils vécurent heureux et prirent un café ensemble. 12 L'impuissance du papillon Je ne t'ai jamais dit merci, maman. Alors merci. Je ne sais pas ce que je serais devenue si papa et toi vous ne m'aviez pas recueillie. Je serais toujours là-bas, mais peut-être pas aussi vivante. Alors merci, vous m'avez fait grandir, vous m'avez ouvert les yeux au monde. Je suis tellement désolée que papa ait quitté la maison. Tu n'as jamais dit que c'était moi la responsable mais au fond je le sais bien. Papa, il a jamais accepté que tu prennes autant soin de moi. Il croyait que tu t'occupais plus du tout de lui, que de moi. C'est vrai que des fois je le pensais mais je le disais pas. Les fois où il y avait des disputes, je sais que c'étaient ces moments-là où je rangeais ma collection, que je la remettais en ordre. Tu te souviens, j'étais ton petit papillon des îles tu disais. Moi, ça me faisait rigoler parce que les papillons j'ai toujours adoré. Toutes ces couleurs, c'est génial. Je la serrais fort contre moi ma 13 collection, j'en étais très fière. Jamais je ne l'aurai offerte à quelqu'un. Et pourtant, quelques volatiles morts ne pouvaient pas empêcher papa de partir. Alors on s'est retrouvé toutes les deux à la maison. Mais on s'est bien débrouillées quand même. Après son départ, tu as même commencé à m'offrir des papillons aussi. Ça me rapprochait de toi maman, encore plus. Ma collection grandissait, grandissait ... et moi aussi avec. Tu me promettais de folles chasses au papillon. Tu m'as dit un soir qu'on attraperait ensemble l'Insulae Vulva, je ne l'ai jamais oublié. Pendant des nuits entières, j'essayais d'imaginer ce papillon, ce qu'il pouvait représenter à tes yeux, et donc l'importance qu'il allait avoir à mes yeux. Dans ces nuits de réflexion, papa me manquait beaucoup.. Une nuit d'été, alors que je m'apprêtais à m'endormir, tu m'as dit que le papillon, celui tant attendu, c'était maintenant qu'il fallait le cueillir. Et en effet, tu l'as cueilli. Ses ailes terriblement fragiles, ce papillon allait se casser en le tenant si fort. Moi je ne voulais pas qu'on le prenne, c'était quelque chose de trop beau, il ne fallait pas le reprendre à la nature. Et pourtant oui, tu as insisté contre ma volonté, et le papillon s'est envolé tu l'as cassé pour toujours. Je l'ai jamais revu et c'est une pièce qui manque dans la construction de ma collection. 14 Je sais que tu as toujours été malheureuse que papa soit parti mais moi aussi je suis triste tu sais. Tu aurais du le retenir mais à l'époque, c'est vrai, tu t'occupais plus de moi que de lui. Son papillon à lui était déjà bien loin maman. Et je ne comprends pas pourquoi j'ai subi ta souffrance. Je ne t'avais jamais dit merci, maman. Considère que je n'ai rien dit. 15
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