Une enfance au soleil - Page 1 - Une enfance au soleil 3 Pascal Lionnet Une enfance au soleil Texte autobiographique Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 93200 Saint-Denis – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 175, boulevard Anatole France, 93200 saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-81213-751-8 Dépôt légal : août 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire Toute chose au début semble ardue ....................... 11 Les yéyés… ........................................................... 17 Papa est un champion… ........................................ 25 C’est quoi ce gros bateau ? .................................... 289 Le brouhaha assourdissant..................................... 37 Et Dieu dans tout ça ! ............................................ 45 La terre a des frissons… ........................................ 51 C’est dur la gym… ................................................ 57 Le ciel est marron… .............................................. 63 La pijo 403…......................................................... 65 La nuit à la plage, c’est pas terrible… ................... 71 Les temps changent… ........................................... 77 9 Toute chose au début semble ardue Enfant, je suis comme on dit, agité du bocal, impossible de rester en place. Papa souhaitait ardemment avoir une fille, mon esprit de contradiction en avait décidé autrement. Maman avait choisi Martial comme prénom, c’est Pascal qui a été retenu ! Mon patronyme est Lionnet, de mon ancêtre Léon… né de Léon. Hiver 1956, la France est frigorifiée, il est si rigoureux que dans le midi, tous les oliviers ont gelé. Quelques mois plus tard, l’été est là, les beaux jours gorgés de soleil réchauffent les cœurs, le froid est vite oublié, Dalida chante Bambino, la Renault Dauphine remplace la « quat’chevaux », les guinguettes du bord de Saône font le plein. En ce mercredi 13 juin à 13 h 30, à Oullins, en banlieue lyonnaise, chez mademoiselle Janin, sage femme ô combien sage, le processus immuable de la vie terrestre quittant le monde aquatique s’enclenche, mes poumons se remplissent d’air, mes cordes vocales s’accordent, ma poitrine se gonfle, l’air bienfaiteur est expulsé avec fracas. La petite ville tranquille résonne à l’heure de la sieste d’un contre ut 11 majeur violent bien ajusté, je pousse enfin mon premier cri. Premier d’une longue liste. Cris en tous genres, et dans toutes les tonalités, de préférence les plus stridentes. Les nerfs de mes parents seront mis à rude épreuve. Le temps passe, le beau bébé joufflu que j’étais est devenu un petit garçon mignon, mais chétif et hyperactif, impatient de tout, constamment en conflit avec lui-même et tout le monde, gémeau pour l’astrologie occidentale, singe pour la chinoise. Mes parents assument leur rôle de parents, mon frère unique, Christian, plus âgé de vingt mois, celui de mon frère, ma famille celui de ma famille, et moi, celui de moi ; c’est à dire le centre du monde, ce que je suis le seul à savoir, n’ayant pas l’impression que ce soit le cas pour ces individus que j’aime par dessus tout, mais qui se refusent à mes exigences. Je fais ma rentrée à la maternelle, l’école est à cent mètres de la maison, je suis un peu triste de quitter maman, mais finalement je découvre les copains et les copines. J’ai hâte d’être grand pour avoir des devoirs comme Christian qui recopie soigneusement l’alphabet sur son cahier le soir sur la table de la cuisine. Aujourd’hui je suis malade, ça me fait blanc dans la gorge, quand j’ai mal à la gorge, je dis que ça me fait blanc, je mets parfois des couleurs sur les choses… quand papa ou maman me donnent une baffe, là c’est rouge ! Quand je respire l’hiver et qu’il fait froid, je respire blanc ! En me réveillant ce matin, je n’ai plus mal, plus de blanc dans ma gorge. Je rêvasse devant mon bol d’ovomaltine, comme tous les matins. 12 « Pascal mange ! » Une phrase que je n’entends même plus tellement elle m’est répétée. Exaspérée, ma mère m’arrache de ma chaise et de ma torpeur, mon pyjama s’envole comme la feuille d’automne emportée par le vent, je me retrouve nu comme un ver dans l’évier de la cuisine, entre la vaisselle qui égoutte et la cuisinière, la toilette dont j’ai horreur… mais obligatoire ! Pour aller à l’école il faut être propre, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver, si j’avais un accident et qu’il faille aller à l’hôpital ou chez le docteur ! Hardi petit, j’te frotte, j’t’astique, tout y passe, plus un pète de saleté, j’ai du savon plein les yeux, ça pique ! Je pleure en tapant des pieds, il y a de l’eau de partout ! M’man me secoue : « Arrête de pleurer, le savon, ça rend les yeux bleus ! » J’arrête de pleurer… je serre les dents… je veux bien avoir les yeux bleus de Jean Gabin dans Quai des brumes… Comme la belle photo avec Michelle Morgan dans la revue Cinémonde. Deux fois par semaine, un tuyau raccordé au robinet remplit une bassine en plastique, c’est le grand bain, la joie du jeudi matin et du dimanche. Quelques casseroles d’eau chaude, je trempe… – Maman, je peux laver mon petit chien en peluche ?… J’ai toujours avec moi mon chien en peluche, on s’entend bien tous les deux ! – Si tu veux ! – Est-ce que je vais bientôt avoir les yeux bleus ? Je me regarde dans la glace, encore quelques jours à souffrir… je retourne à ma trempette. 13 Comme on est dimanche matin, mes grandsparents paternels qui habitent juste au dessus, nous gardent pendant que les parents vont faire les courses au Casino de la grande rue. Mon principal caprice consiste à vouloir « monter » chez la mémé, elle s’appelle Marie, et « criser » pour redescendre, je hurle, je me roule par terre, « cet enfant a un problème ! » tous le pensent. « Jean qui rie, Jean qui pleure » me dit maman quand j’ai mes sautes d’humeur. Le pépé, il s’appelle Pierre, dort accoudé sur la table en formica de la cuisine, la tête dans la main, il fait sa sieste. Avec Christian on fait tout pour le réveiller ; la mémé gronde ; ça y est, pépé s’est réveillé, il est en pétard, il se lève, prend un verre d’eau et nous le jette dessus, (l’eau, pas le verre, heureusement !). On aime bien le titiller, il est bougon pépé, il a toujours un verre d’eau à portée de main ! Il se chamaille avec mémé, mais il sait faire des chips et des harengs au four, on se régale, il y a toujours de la charcuterie et de bonnes baguettes craquantes enroulées dans un torchon à carreaux rouges qui prend l’odeur du pain, ou du saucisson en brioche, la spécialité de la mémé, j’ai meilleur appétit qu’à la maison, ce qui énerve maman. À la fin du mois, c’est la paye, pépé est « Chef tourneur-régleur » chez « Martin-Moulet-quifabrique-des-pompes-pour-les-avions ». Pour nous aussi, c’est jour de paye, il nous donne plein de monnaie, une fortune en centimes… dimanche, en fin d’après-midi, la petite famille le rejoint au jardin, pour ramasser les haricots, les tomates, les salades… Le jardin est en bas d’Oullins, à deux pas de l’Yzeron, le cours d’eau où nous pêchons des ablettes 14 avec des grosses fourmis qui pincent les doigts. Après, direction le bistro pour boire un canon, du gros rouge qui tâche pour les adultes, limonade grenadine pour les gamins ! La pêche a été bonne, la bourriche est pleine, on sent le poisson d’eau douce, ce soir c’est friture et fromage blanc. Les adultes chantent, parlent fort, rigolent, c’est de la fête, la police qui a son commissariat juste en bas monte, pépé leur offre un coup à boire, les fenêtres sont fermées, pour faire moins de bruit, et la fête continue. Régulièrement, pépé et papa défilent dans la grande rue avec la « clique », le Réveil Oullinois, pépé joue du tambour et papa de la trompette, des défilés avec des teufs-teufs, ces vieilles voitures qui pétaradent, pour le 14 juillet ou le 18 juin, presque mon anniversaire ! J’aime ces musiques de fanfare, j’en prends plein la tête. Les cymbales, la grosse caisse, pépé avec son tambour sur le ventre, moi aussi, je veux en faire partie, je souffle dans la trompette de papa, le son qui en sort ressemble à un pet ! Ce matin, je suis effondré, une effroyable constatation… je me rends compte que les mamans aussi savent mentir ! Qu’elles peuvent, sans vergogne, nous faire croire des choses, et peut-être que tout ce qu’elles nous racontent est faux ! Triste conclusion… après trois semaines, en me regardant dans la glace, rien n’a changé, je sais maintenant que le savon ne change pas la couleur des yeux, je ne les aurai jamais comme Jean Gabin dans Quai des brumes, je continuerai à serrer les dents, mais à l’avenir je me méfierai ! 15 Les yéyés… En rentrant de l’école, une surprise nous attend, les grands-parents ont acheté une télévision toute neuve, la famille découvre, sur une seule chaîne et en noir et blanc, les actualités, les speakerines et la mire qui annonce le début des émissions. Je suis fasciné par Johnny Hallyday qui se déhanche dans « Le temps des copains ». Je me roule par terre en l’imitant. Je suis le roi du rock’n roll : quand je serai grand, c’est sûr, je serai une idole ! Les yéyés font leurs shows, les Chaussettes Noires et les Chats Sauvages enflamment la jeunesse comme mon oncle René, qui est marié avec Yvette, ma marraine, la sœur de p’pa (qui est coiffée comme Sylvie Vartan). Avant, l’oncle René était un blouson noir, il traînait avec la bande de la Saulaie, le quartier des voyous, Yvette dit qu’ils se battaient avec des chaînes. Maintenant qu’une petite fille est née, ma cousine Christine, il est plus calme. Il a une Vespa, je monte devant, debout, entre lui et le guidon, ma tante Yvette derrière… en route pour un tour de manège, comme à la fête foraine, mais en vrai, je suis vach’ment fier ! Un jour, dans une descente, les freins lâchent, c’est l’accident. 17
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