Tu voulais de mes nouvelles... - Page 1 - Christophe Denhez Tu voulais de mes nouvelles… Suivi de poèmes à Cambrai Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2573-7 Dépôt légal : Mars 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire QUI Y A-T-IL ? .................................................... 11 LE TRAIN ETAIT BONDE….............................. 13 BIEN SOUS TOUS MES PLIS............................. 19 VOUS AVEZ RECU UN MESSAGE .................. 29 PASSAGE DANS LE NORD DE LA FRANCE APRES UNE RUPTURE…..... 37 JOURNEE DU 02.03.02 ....................................... 45 LA PORTE SONNE.............................................. 69 POEMES A CAMBRAI........................................ 75 9 QUI Y A-T-IL ? Qu’y a-t-il à retenir, je vous le demande. J’ai bien essayé… Me préparer… A l’éventualité de tout ! Mais sans surprise… la simplicité de la vie, m’a démontré cette évidence : un esprit torturé siège dans mon crâne. Musique, La banderole qui est installée en face de chez moi, {(oui) [avec]} tout un tas de solitude à plusieurs suggéré. J’ai encore les restes d’un Houellebecq proche du lit et entame un Truman Capote dans la cuisine. Me direz-vous il n’y a rien de drôle et d’étrange à cela, l’écriture descriptive est un art qui plait ou déplait. Il en va de même de ma manière ambiguë de lire Houellebeq dans ma chambre mais de cantonner le beau Capote à la cuisine. D’un autre côté, je me retrouve avec les gentils programmes électoraux sous ma brosse à chiotte et des magazines féminins au cas où… je reçois !!! 11 LE TRAIN ETAIT BONDE… Il y avait beaucoup de monde dans le RER vers six heures du soir, je me trouvais comme à l’habitude au niveau du troisième wagon en tête de train, là où l’on peut voir, sentir, les machines s’activer et freiner. Nous étions tous serrés les uns contre les autres. Inutile de vous avouer que la chaleur humaine, et une journée de travail ne laissent pas transpirer que la rose ou l’odeur aimable et chatouilleuse de la lavande. Complètement compressé contre la paroi du train, je pensais à toi. A ces longs trajets que nous avions fait tous les deux sur cette ligne durant trois ans et 6 jours. C’est cette fille avec cette couleur de cheveux familière, brune sombre aux reflets bleutés, peut être toi… Qui sait ? Toutes ces discussions ces conflits de pensées, ces petits accrochages verbaux, et cette odeur, ton parfum qui flottait autour de moi et qui me faisait oublier le ronronnement du train, l’odeur du monde qui bougeait autour de nos deux corps. Cette voix… Ce souffle derrière moi… Ce parfum, est-ce toi ? Cette musique, silencieuse et attendrissante, ta présence. Plus les corps se resserrent contre moi, et plus ton souvenir m’apparaît comme une lueur dans cet amas de chair humaine, de transpiration, et de 13 brouhaha. J’ai l’intime conviction qu’ils m’épient et me poussent à ressortir tous mes souvenirs te concernant, j’ai l’impression soudaine qu’ils te veulent pour eux et qu’ils te sortent de ma pensée. Je dois sans aucun doute, faire apparaître sur une toile de fond quelque part, sans doute sur les nuages, notre bonheur, car ils sont plusieurs à regarder vers le ciel, ou encore dehors, sur les arbres roux, verts et jaunes, car nous sommes à l’automne. Ça fait 10 mois que tu ne vis plus avec moi. Quant à mon regard il navigue entre les cailloux amoncelés le long de la voie, les couleurs mauves délavées par le temps, les saisons, jusqu’à devenir noir. Tu es partout, tout me fait penser à toi, les stations se suivent, et se ressemblent, tout en mon être tremble. Cet homme au loin, assis lisant son journal, n’est il pas un acteur de notre bonheur passé, (un guéridon humain), que la vie avait délaissé pour voir notre bonheur durant ces trois années. De perte d’équilibre, en pardon, excusez moi, et mince alors… On voyage comme dans un wagon à bestiaux. La belle sensation que le temps s’arrête, que la buée sur les vitres, n’est que le cadre, cinématographique qui donne implicitement aux spectateurs, la sensation de naviguer dans les souvenirs du héros, ce bastion, cet être plein de toi, moi, cet homme, ce châtain, ce châtré, ce mat de tristesse, ce porte Christ ! – Excusez moi, je descends là. – Oh ! pardon, allez y. Je viens encore de croiser une voix, une fille, que sais je, une représentation. Cette fille est comme ton souvenir. Elle descend du train, une station, une 14 absence dans ma vie, n’ai-je pas fait assez pour te garder ? Les portes se referment, le ronflement reprend, mon âme se soulève, et le bruit du métal intense et dense réintègre le ballet incessant de la vie. Je me replace, comme je peux, entre un homme au regard félin, qui a peur que j’empiète de trop sur son territoire et une femme à qui malencontreusement j’écrase le pied. – Excusez moi. En réponse, j’ai une grimace. En réponse j’ai un regard inquisiteur, en clair, il faudrait que je me fasse tout petit. Totalement disparaître sans doute… Avec toi tout cela n’arrivait pas, on était toujours assis, ma vie était plus simple, plus routinière, et plus organisée ; ma lucidité semblait avoir trouvé ce fantasme, sur cette étoile, une esquisse idyllique de la vie, du conformisme en tes bras. Tel un train mis sur des rails qu’il ne quitterait jamais. Il ne me reste plus que trois stations, « ouf » !!! Je me prépare, je suis prêt, je gigote, je suis anxieux. J’essaie une fois encore de délimiter mon périmètre, cette fois ce sont les pieds de l’homme que je pulvérise. Par contre, là, j’évite de m’excuser car entre hommes c’est un autre code d’honneur, d’autres mœurs, il faut que nous restions des rustres, c’est de cette manière que nous pouvons attirer certaines femmes à nos bras. Toi, c’était mon aspect rebelle, mes cheveux longs et mon foulard de palestinien qui t’avaient séduite, l’image du poète du 21ème siècle. – Vous pourriez dire pardon ! – Comment ? – Vous avez bien entendu. 15 – Non je le crains. – Vous êtes sûr ? – Oui. – Et mon poing dans votre nez ? – Ben, ce ne serait pas très sympathique. – Vous vous fichez de moi. – Vous voulez que je m’excuse ? Ok ! – Quoi ok ! – Ben oui, j’acquiesce. – Comment ça ! – Je vous suis dans votre demande. – Dites-le ! – Là je ne peux pas. – Petit naze. Voilà comment se termine une belle entrevue entre créatures de l’espèce humaine. On grogne, on inonde de notre puissance le wagon, puis plus rien. Il se tourne, le reste du wagon, me fusille du regard. Je hausse les épaules et je dessine un beau sourire à l’entourage. Mais qu’est ce que tu peux me manquer ! J’y pense, je ressasse, je gamberge et imagine, tous les stratagèmes, pour ne plus t’avoir en moi, pour ne plus te sentir en moi, pour ne plus que tu sois en moi, cette pensée tenace et viscérale. C’est dur de te chasser de mon esprit, il est encore plus dur de te chasser de mon passé, autant ne plus vivre pour oublier. Mais là n’est que sottise, aberration, subjugation, impertinence, et crachat sur notre vie et amour révolus. 18h21, c’est l’heure. J’approche de l’instant. Je le sens le respire, et l’attends. Je vais bientôt toucher terre. Accéder à mon quai, à l’ivresse de rentrer dans 16 mon petit chez moi, mon logis, ma vie et mes meubles. Quel confort, de goûter aux joies permanentes du retour chez soi, de l’aimable voisine avec ces tartes aux sucres et ces enfants rieurs qui vous titillent du regard et vous demandent de refaire leurs lacets jusqu’à leur huit ans. La vie c’est tout cela. La vie c’est désormais sans toi. Un train est quelque chose de commun, surtout le RER, initiales évocatrices : Rythme, Enervement, Retard. 18h26 il est là, proche de mon quai. Es-tu dans ce train ? 18h27 Je me sens bientôt retrouver la fougue, la joie, la liberté. J’ai envie de crier, tant pis pour vos pieds, dommage d’avoir un caractère aussi désagréable, mais je suis libre, libre. Hélas, tu ne m’entends pas clamer la joie et le bonheur que je vais reconquérir que je vais glorifier, porter, étaler face au monde, à la multitude en rémission d’avoir été. Je me libère, j’entends de plus en plus le bruit du train, la locomotive qui tracte le ballet, la queue de wagonnets, sa portion de voyageur. Certes, je ne serais jamais un original, ce genre de type que l’on affiche dans un musée ou une vitrine à l’époque du banal, du doux et non périlleux. J’attendrais sans doute pas mal de trains, pas mal de nouvelles, pas mal de soleil à tes côtés. Mais une chose est sûre, c’est un acte et non un appel à témoin obscur et bénin. « Qu’est qu’on est serré dans ce train ? Comment faisons nous pour subir autant d’étreintes non désirées et perturbantes à longueur de temps ? Pourquoi je me sens si mal dans ma peau ? » Il y a de multiples raisons mais des millions de réponses inadaptées, pas mal de suppositions qu’il te 17 faudra élucider. Tu recevras de mes nouvelles cellesci par courrier, je t’aurais bien invitée, mais tu es déjà descendue du quai. Rappelle toi, il y a 10 mois, un siècle, une éternité… Cela te rappelle un air, une chanson, un homme, ma voix, tu as raison, je la chanterai encore pour toi, là où mon train s’arrête, celui de 18h30 que j’aurais pris en pleine tête ! Ne t’inquiète plus de rien, le retard des voyageurs ne sera que de deux heures. Ton souvenir restera en moi comme un secret bien gardé, que je ne désirais pas partager, un peu de toi qui meurt avec moi, c’est un réconfort, puéril, mais réel comme l’effroi. Une lumière… des phares. Un bruit sourd… le klaxon. J’ai juste eu peur, je n’ai rien senti, la peur annihile toute douleur, je pars serein, je pars sans toi, porte toi bien. Excusez-moi, pour vos pieds monsieur et pour le retard que je vous inflige. Mille pardons, pour la bévue, un milliard de bonnes choses à vous tous. A l’arrêt suivant, vous aurez tous entendu, la voix sans âme dire : « Suite à un incident voyageur, le trafic est momentanément perturbé, veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée » La vie continuera ensuite, dans un ordre normal et bien établi. D’autres comme moi, pourront alors vous écrire : « Il y avait beaucoup de monde dans le RER vers six heures du soir… » 18
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