Combenègre - Page 1 - test Jean-pierre Viguié Combenegre Roman policier Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2006 2 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2006 ISBN : 2-35335-022-4 Dépôt légal : octobre 2006 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 3 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés « Le tombeau des héros est le cœur des vivants. » André MALRAUX 4 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés « A Angie PAON, amie et lectrice passionnée. Sans toi ce Roman n'aurait certainement jamais été achevé. » Les personnages de cette histoire sont fictifs. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées ne serait que fortuite. 5 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés PRÉAMBULE Un ciel gris dominait Paris et la nuit n’en finissait pas de tomber lorsque la voiture du Capitaine Pierre Calvet s’immobilisa à l’entrée du Fort de Rosny-Sous-Bois. La sentinelle vérifia consciencieusement la carte tricolore de l’officier et les documents du véhicule de location avant de disparaître dans le bureau blindé du poste de garde. Décrochant son téléphone intérieur le garde se fit confirmer l’autorisation d’accès de l’officier avant de presser le bouton qui commandait la lourde grille d’acier du sas d’accès. Rejoignant l’officier qui attendait l’ouverture de la seconde grille pour pénétrer dans la cour intérieure, la sentinelle lui indiqua la direction et la couleur de la signalétique à suivre pour arriver jusqu’au bâtiment des expertises balistiques où il était attendu. Remontant sa vitre pour échapper à la pluie qui commençait à tomber le Capitaine Calvet roulait maintenant au milieu d’un enchevêtrement de bâtiments à la recherche des panneaux jaunes qui allaient le guider. Tout en conduisant, l’officier se repassait le film de ces dernières soixante-douze heures avant son arrivée et avant l’appel téléphonique du Major Ballestri qui dirigeait le service des expertises balistiques au laboratoire de Police technique et scientifique de la gendarmerie. Suite à cet appel le Capitaine avait laissé la responsabilité de la Compagnie à son adjoint et pris le premier avion au décollage de l’aéroport Toulouse Blagnac pour rejoindre la capitale. Ce jour même en milieu de matinée le Capitaine Calvet avait rendez-vous avec le Juge d’Instruction Boisin qui lui avait confié l’enquête sur un meurtre bizarre qui avait été perpétré à Saint-Antonin, un petit bourg touristique des gorges de l’Aveyron. Le Capitaine avait fait le point sur l’enquête avec le Magistrat instructeur, ce dernier étant impatient de connaître les résultats de l’expertise balistique car on ignorait encore, plus de quarante huit heures après les faits quelle sorte de projectile avait causé la mort de la victime. De retour du Palais de Justice l’officier apprit par son secrétaire qu’un certain Major Ballestri du Fort de Rosny-Sous-Bois avait tenté de le joindre à trois reprises mais avait refusé catégoriquement d’indiquer les motifs de son appel. L’officier fut quand même surpris que son secrétaire ne connaisse pas le Major Ballestri tant ce dernier était une légende dans le milieu très fermé des experts judiciaires. Ancien ouvrier armurier de Saint-Etienne, le Major Ballestri était considéré comme le meilleur expert balistique français, tous les Juges d’Instruction faisaient appel à lui dans les cas complexes ou désespérés, sa connaissance des armes et la rigueur scientifique de ses analyses lui avaient valu le surnom de « Professeur Ballestri» à tel point que certains Présidents de Cour d’Assises lui donnaient de ce nom au cours de son audition en tant qu’expert. Le Major Ballestri, lui, s’amusait de cette confusion flatteuse et s’en justifiait en disant que le refus des louanges n’est que le désir d’être loué deux fois ! Il avait fait toute sa carrière au Fort de Rosny-Sous-Bois et se vantait de ne mettre son uniforme que pour la Sainte Catherine, le jour de la fête de la patronne de la gendarmerie. Il avait suivi de nombreux stages de formation dans les services de Police scientifique de plusieurs pays et il avait à ce titre constitué un véritable réseau international qui lui permettait d’obtenir immédiatement tous les renseignements qu’il voulait en un temps record. Á peine installé dans son bureau le Capitaine Calvet n’eut pas le temps nécessaire de savoir s’il ne serait pas plus opportun de tenter de rappeler le Major que déjà son téléphone sonnait. Fidèle à sa réputation d’ignorer somptueusement à la fois la hiérarchie et les usages militaires, le patron du service des expertises balistiques ne lui donnait pas de son grade, 6 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés malgré le fait qu’il soit Commandant de Compagnie, mais l’appelait uniquement par son nom de famille bien qu’il ignora tout du Capitaine Calvet et qu’il ne l’eut jamais rencontré ! Ce détail ne froissa guère l’officier tant le caractère irrévérencieux de son interlocuteur était connu dans toute la gendarmerie mais ce fût le ton préoccupé du « Professeur Ballestri » qui l’inquiéta. En quelques mots le Major lui indiqua que les expertises étaient positives et le résultat désormais acquis car étayé par des analyses scientifiques mais contre toute attente il ne se répandit pas en précisions. Pensant à un oubli, l’officier se risqua à interrompre son correspondant pour obtenir des détails précis sur le calibre et l’arme utilisée lors de cet homicide. Il n’eut d’autre réponse qu’un silence gêné. - C'est-à-dire que… C’est un peu particulier comme résultat… Prenez l’avion ou le TGV dès que vous pouvez, même en pleine nuit je vous attendrai à mon bureau pour vous expliquer. Je ne veux pas vous adresser pour l’instant mes conclusions par courrier ou par téléphone… Il faut que vous veniez car je crois que nous avons un gros problème… Un très gros problème… Alors remettez à plus tard vos obligations et venez ici toutes affaires cessantes, pour l’instant seule mon équipe est au courant de ce que nous avons découvert, n’avertissez personne de mon appel, pas les magistrats et surtout pas votre hiérarchie… Venez me voir et après vous déciderez par vous même de la conduite à tenir. Le Capitaine Calvet resta quelques secondes interloqué mais le ton grave et préoccupé de son correspondant l’inquiétait. Il essaya de détendre un peu l’atmosphère en avançant d’un ton légèrement ironique que le meurtre d’un simple paysan retraité au fin fond du Sud-Ouest ne justifiait pas tant de mystère tant la personnalité de la victime était d’une banalité affligeante ! - Justement… c’est bien là que se situe le problème figurez vous, répondit le Major Ballestri. Je préviens le standard du Fort, appelez le dès que vous saurez votre date et heure d’arrivée que je puisse vous attendre. Et le Major raccrocha brusquement sans même l’esquisse de la moindre formule de politesse. 7 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés CHAPITRE PREMIER - Le cadavre a été découvert ce matin vers huit heures trente par la petite Stéphanie Gassin, l’aide-ménagère envoyée par la Mairie. Elle fait le ménage et les courses chez la victime chaque lundi, mercredi et vendredi matin… C’est la gamine qui est assise dans l’ambulance des pompiers, elle a eu un malaise juste après nous avoir prévenus mon Capitaine, précisa l’Adjudant Christophe Garcia à l’intention du Commandant de Compagnie qui venait juste d’arriver sur les lieux. Si vous voulez l’interroger je pense qu’elle peut maintenant répondre à vos questions, mais je crois qu’elle nous a dit tout ce qu’elle savait mon Capitaine… Le Capitaine Calvet qui commandait depuis deux ans la Compagnie de gendarmerie de Montauban déclina l’offre du Commandant de la Brigade de Saint-Antonin, trop pressé de découvrir les lieux du crime et de s’en imprégner. Officier promu « au dixième » il avait fait sa carrière dans les unités de recherche de la gendarmerie et avait quitté au grade de lieutenant le commandement de la section de recherche de Montpellier pour prendre ses galons de capitaine et commander la Compagnie de Montauban, seul poste disponible dans la région. Il n’était pas fâché de cette affectation car il en avait assez des contraintes et des nuits d’enquête et aspirait à une vie plus rangée à quelques années d’une retraite bien méritée. Après avoir revêtu la tenue de protection le Capitaine Calvet se laissa guider par son subalterne qui lui détaillait les évènements et les premières constatations de la matinée. - C’est la petite qui a découvert le corps. Comme chaque fois elle arrive entre huit heures trente et neuf heures pour s’occuper du vieux. La maison, un ancien corps de ferme, est isolée au creux d’un vallon à deux kilomètres au sud du village, en contrebas de la falaise. Habituellement quand elle arrive, les volets et la fenêtre de la chambre au premier étage sont toujours ouverts, ainsi que la porte de la cuisine car le vieux se lève vers sept heures pour allumer été comme hiver la vieille cuisinière à bois et remonter ensuite faire sa toilette. La petite n’a plus qu’à préparer le café et le petit-déjeuner car c’est elle qui est en charge d’acheter le pain frais ces jours-là et après elle fait le ménage et la lessive. Ce matin quand elle est arrivée la fenêtre et les volets de la chambre étaient bien ouverts comme d’habitude mais pas la porte de la cuisine. Elle a crié pendant un bon moment sous la fenêtre mais comme personne ne répondait elle a fait le tour de la maison pour voir si le vieux n’était pas sorti par la porte de la grange pour aller à la pêche avant son arrivée. Toute la maison était fermée et personne ne répondait à ses appels. Elle est allée chercher sa clé dans la boîte à gants de sa vieille Renault cinq pour ouvrir la porte de la cuisine mais elle n’arrivait pas à engager la clé. La petite a trouvé une pioche appuyée contre le mur et avec le manche elle a cassé le carreau de la porte de la cuisine pour l’ouvrir depuis l’intérieur en se servant de la clé du vieux qui était restée engagée dans la serrure. Á ce moment elle craignait que le vieux ait eu un malaise cardiaque comme l’année dernière et elle a grimpé l’escalier pour se rendre dans la chambre dont la porte était restée entrouverte. C’est arrivé dans la chambre qu’elle a vu le corps allongé sur le plancher au pied du lit et les murs couverts de sang. Elle a été prise 8 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés de panique et elle est retournée dans l’entrée pour nous téléphoner. Terrorisée de rester seule avec le cadavre elle a repris sa voiture pour nous attendre au carrefour du chemin. Pour le reste vous verrez vous-même mon Capitaine, le Docteur Anselme est dans la chambre, il a constaté le décès et les collègues de la Brigade des Recherches sont en train de faire les constatations… Mais, en ce qui me concerne c’est la première fois que je vois un truc comme ça… précisa l’Adjudant Garcia. La cuisine était une vaste pièce qui s’ouvrait également à l’arrière sur le jardin potager. Au centre une vaste table en bois très épais, recouverte d’une toile cirée hors d’âge et entourée de chaises de paille. L’évier, le fourneau, le frigo et la machine à laver tenaient l’enfilade du mur et faisaient face à un immense buffet avec une vitrine. La porte intérieure donnait sur l’entrée, une sorte de couloir très large qui se terminait sur les marches de l’escalier donnant à l’étage. C’était une vaste demeure qui jadis abritait une des familles les plus prospères de la région, des agriculteurs qui avaient fait fortune dans le maraîchage avec de vastes terres d’alluvion le long de la rivière. Avant la guerre de 14-18 la maison abritait trois générations et leurs enfants, mais des dissensions familiales et la seconde guerre mondiale eurent raison de la prospérité de ses habitants, le vaste domaine fût morcelé et vendu petit à petitesse il ne restait plus maintenant que le vieux Jules Lascombes pour habiter les lieux. Il était de notoriété publique que le vieux Lascombes disposait de substantielles économies placées chez un notaire de Montauban, il percevait une pension de blessé de guerre et vendait de temps en temps une parcelle de ses riches terres pour améliorer son budget. Il n’était ni avare ni dépensier, n’était connu ni en bien ni en mal et n’avait de ce fait ni amis, ni ennemis. Resté vieux garçon il avait continué d’exploiter la ferme familiale jusqu’à la retraite. Ne se plaignant jamais il convenait même facilement avec un léger sourire que « les légumes ça paye bien. » Vivant seul depuis la mort de sa mère, il était fils unique et n’avait pas d’enfants connus. Ses seules visites venaient de la petite Stéphanie qui lui servait d’aide-ménagère trois fois par semaine et de l’assistante sociale de la Mairie qui s’occupait de ses papiers administratifs car le vieux n’y voyait plus très bien pour lire mais surtout « perdait un peu la boule » comme on disait par ici. Une vie banale qui se terminait par une mort atroce. - Est-il connu de votre Brigade ? demanda le Capitaine en grimpant l’escalier et en désignant de son doigt en l’air la chambre de la victime devant laquelle se pressaient quatre silhouettes en combinaison blanche. - Rien du tout, répliqua l’Adjudant, ni en bien, ni en mal… Les seules informations qui figurent dans le fichier concernent des remises de pièces militaires du genre fascicule de mobilisation et relevés de pension et c’est tout, j’ai fait vérifier en cours de route par le planton de la Brigade. Il n’a jamais attiré l’attention et il habite dans un coin trop paumé pour qu’on puisse le fréquenter dans l’espoir d’obtenir quelques renseignements… Il ne se passe jamais rien ici vous savez, depuis dix ans que je suis à la Brigade, deux suicides et un accident de chasse incontestable et incontesté… Vous voyez ce n’est pas le Bronx ! Nos seules affaires judiciaires ce sont les vols dans les voitures des touristes au cours de l’été et une bagarre de temps en temps au bal du village mais, dans ce dernier cas, neuf fois sur dix ça se règle à l’amiable et nous on passe l’éponge… C’est un trou ici mon Capitaine, ça n’a rien à voir avec vos clients du temps où vous étiez à Montpellier, c’est la France rurale et profonde, insista-til, ce sont en majorité des ouvriers et des paysans qui se crèvent la journée dans les champs, à l’usine ou sur des chantiers, alors après, ils ont plus envie de dormir que de faire des conneries et leur pire défaut est une tendance quasi génétique pour le braconnage… 9 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Le Capitaine Calvet entra avec précaution dans la chambre et marqua, malgré son expérience, un temps d’arrêt. La scène était saisissante comme un film d’horreur, deux silhouettes blanches se penchaient sur le corps d’un homme en position demi assise contre le montant du pied du lit. Le corps était vêtu d’un pyjama en nylon beige et faisait face à la fenêtre grande ouverte. Il n’avait quasiment plus de tête, il lui restait juste la partie basse de son nez et la mâchoire inférieure était grande ouverte car, à part ces deux morceaux, il ne restait plus rien de son visage ni de son crâne… Un trou béant rempli d’une bouillie de sang et de cervelle… En relevant les yeux le Capitaine nota que les quatre murs de la pièce étaient couverts de sang et de matière cervicale, une sorte de « mouchetage » presque régulier, couvrant les quatre murs de la pièce à une hauteur de moins de deux mètres, sauf sur le mur du fond qui avait été éclaboussé comme le lit, pratiquement jusqu’au sol ! Une grosse tache de sang en forme d’entonnoir s’étalait sur le couvre lit qui avait été replacé comme si personne n’avait dormi là durant la nuit précédant le drame. - Vous expliquez ça comment ? demanda le Capitaine Calvet aux deux gendarmes de la Brigade des Recherches en désignant alternativement le cadavre et les murs d’un mouvement circulaire. - C’est assez difficile à dire à ce stade mon Capitaine, lui répliqua le plus vieux des deux dans une moue dubitative. Selon l’enquêteur l’explosion du crâne ressemble un peu à un suicide par un fusil de chasse dans la bouche, sauf que la voûte du palais est intacte et qu’il n’y a pas de fusil de chasse à proximité… De plus il n’y aurait des projections que dans un angle précis et à l’opposé de l’orifice d’entrée et non pas à trois-cent soixante degrés autour du corps et le visage serait resté intact alors que là il n’y a plus rien… Pour l’instant ça reste selon lui un mystère, la seule explication plausible qui corresponde aux traces voudrait que la victime se soit tenue debout face à la fenêtre ouverte lorsqu’elle a été atteinte d’un projectile en plein visage au niveau du nez. L’impact aurait propulsé la victime contre le lit et avant de se laisser glisser contre le montant, son crâne aurait explosé de l’intérieur en maculant les murs de sang et de matière cervicale… - Et le projectile il est où… ? demanda le Capitaine. - Là aussi c’est le mystère complet, releva le spécialiste des constatations. On a cherché partout et on va encore continuer toute la journée mais pour le moment il n’est nulle part. Normalement il devrait se trouver dans une bande entre un mètre cinquante et le plafond sur le mur arrière mais il n’y a rien… Les murs sont couverts de plâtre et de chaux et le moindre impact aurait fait tomber des écailles sur le sol, là il n’y a rien, même pas sur le mur du couloir en face si on suppose que la porte de la chambre était ouverte et que la balle aurait traversé par là, il n’y a rien, aucun impact visible… Rien ! Mais voyez le docteur, il a trouvé deux morceaux métalliques dans la plaie. Il est dans la chambre en face en train de classer ses notes, si ma théorie se vérifie le projectile a explosé à l’intérieur du crâne de la victime et il ne faut pas alors chercher un impact, mais au contraire des particules métalliques disséminées dans toute la pièce et même dans les restes du cadavre ! Traversant le corridor d’un pas le Capitaine poussa la porte d’une petite chambre pour y découvrir, assis sur le lit, un petit homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un pantalon beige et d’une chemise blanche. En guise de présentation l’homme déclina son nom et son titre : Docteur Anselme, généraliste à Saint-Antonin mais ancien légiste à Paris. - Asseyez-vous mon Capitaine, je crois que nous avons des choses passionnantes à nous dire… Regardez ce que j’ai trouvé, dit-il en tendant à l’officier un petit flacon de verre resté ouvert. Ce sont des morceaux de métal que j’ai découverts dans les restes du crâne vers ce qui 10 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés subsiste des fosses nasales mais ce n’est pas du métal médical provenant d’une prothèse, je connais bien le vieux, je le soigne depuis mon arrivée dans ce village et il n’a pas de prothèse. Des problèmes cardiaques certes, mais dans son cas ni la boisson ni le tabac ne sont à l’origine de sa mort… lâcha-t-il dans un petit sourire. - Et vous avez un avis sur le sujet docteur ? demanda l’officier. - Sauf que sa tête a explosée… et que la mort a été instantanée c’est la seule chose que je puisse affirmer, répliqua le praticien. Même en tant qu’ancien légiste c’est la première fois que je vois ça dans ma carrière et pourtant je suis habitué aux blessures par armes. Quand j’exerçais à l’Institut Médicolégal on en voyait de toutes sortes et tous les jours, faites-moi confiance là-dessus, mais dans ce cas là ça ne ressemble à rien de connu. Les éclats de métal découverts dans ce qui reste de son crâne me permettent juste de supposer que quelque chose a explosé dans sa cervelle et que l’explosion a projeté du sang et de la matière dans toute la pièce… Mais ne m’en demandez pas plus et surtout pas d’où ça vient, je n’en ai aucune idée… - Vous connaissiez la victime ? demanda l’officier après un bref silence. - Comme patient oui, répondit le docteur. Ça a été un de mes premiers clients lorsque je suis venu m’installer ici comme généraliste. Un homme très discret, je le soignais pour des problèmes cardiaques, il faut dire que le vieux fumait comme un pompier et qu’il buvait aussi comme un trou. Entre le pinard et la gnole ça n’arrangeait pas ses artères, mais comme il était à la retraite il avait le temps de se soigner… - Et rien d’autre sur lui ? dit l’officier d’un ton à la fois contrarié et désabusé. - Pas grand-chose, du moins rien qui ne puisse faire avancer l’enquête. D’ancienne réputation sa famille était assez mal vue, surtout son père qui était un personnage assez vaniteux et colérique, le prototype même du mauvais voisin si vous voyez ce que je veux dire, précisa le docteur. Son père avait été réformé militaire et n’avait pas fait la guerre de 14-18, il était resté bien planqué dans sa ferme et continuait à l’exploiter alors que les fermes du coin périclitaient car tous les hommes étaient partis au front. Ça lui avait valu une mauvaise réputation et pas mal de sobriquets, voire même d’insultes mais Jules s’est toujours plus ou moins opposé à son père et ne s’en cachait pas. Lorsque la seconde guerre a éclaté, Jules était déjà adhérent du Parti Communiste, certains racontent qu’ils étaient persuadés alors que Jules s’était inscrit au Parti juste pour emmerder son père, mais dès les débuts de l’occupation il a rejoint le maquis jusqu’à la Libération. Petit à petit, un peu à cause du temps, un peu à cause de la Résistance du fils, la mauvaise réputation de la famille s’est estompée, mais les gens sont quand même restés distants, comme si l’héroïsme du fils avait à peine compensé la lâcheté du père. De son père, Jules avait conservé ce comportement renfrogné, distant vis-à-vis de la grosse majorité des gens du village, il fréquentait très peu de gens, seulement quelques anciens camarades du maquis et encore pas tous. Il venait de plus en plus rarement au village et ne participait ni de près ni de loin à la vie de la commune, il vivait un peu comme un reclus, à l’écart et les seules discussions que nous avions ensemble portaient exclusivement sur son état de santé… Vous voyez, rien qui ne puisse vraiment éclairer votre lanterne mon Capitaine. 11 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés
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