Méfie-toi de la lune - Page 1 - Christian Chaillet Méfie-toi de la lune Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-342-2 Dépôt légal : Novembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire Sur la plaine des galops ......................................... Rien ne sert de courir ............................................ L’étalon ................................................................. Le piège !............................................................... Le plan................................................................... L’Homme-Animal-Mort........................................ Changement de stratégie ....................................... La pluie.................................................................. Le repos ................................................................. Les combats........................................................... L’Homme-Cheval ! ............................................... La panique !........................................................... Le combat des chefs .............................................. Deux mondes s’affrontent ..................................... Les Hommes-Anciens ........................................... Le Chef n’est plus Chef ! ...................................... Chef et Silence mènent l’enquête.......................... 11 15 21 25 33 37 41 43 47 51 55 61 67 71 79 87 93 9 Les palabres ........................................................... Retour à l’air libre.................................................. L’embuscade.......................................................... La danse des morts................................................. À cœur vaillant… ! ................................................ Toute honte bue ! ................................................... La musique du souffle ........................................... 99 103 111 117 123 129 141 10 Sur la plaine des galops La plaine immense sombre sous les coups de la nuit. Les ombres noient la maigre végétation et les plaques de neige prennent des couleurs de sang. Go secoue le gel de ses cheveux et fait tomber la neige de ses épaules. Immobile sous le vent dans l’anfractuosité d’une roche, il tente une dernière fois d’apercevoir les chevaux. Leur angoisse naturelle les a poussés loin, aux confins du paysage, sous la protection d’un bosquet de bouleaux semble-t-il. Seules les silhouettes des mammouths s’incrustent encore sur le ciel. L’enfant doit se terrer au plus vite et faire du feu s’il ne veut pas mourir sous la dent d’un lion des cavernes ou autre carnassier. Il est seul, armé d’un bâton pointu et ne courra jamais assez vite ni assez longtemps pour échapper aux griffes des fauves. Il avait espéré manger le poulain blessé dès ce soir, mais le courageux animal, aidé de sa mère et du troupeau, avait réussi à lui échapper. Dommage, la bête lui aurait permis de se nourrir pendant plusieurs jours. En attendant de pouvoir l’attraper, il avait pris des petits oiseaux au piège sous un dais de pierre. Un jour de plus est passé. Pendant deux fois tous les 11 doigts de ses mains, le soleil doit rejoindre son tombeau avant que Go ne retourne à son foyer pour devenir un homme. Toute une lune ! Il en a déjà passé autant dans la plaine des galops. Le soleil tombe, tombe au-delà du monde, au fond de son puits. Où sont les cavernes du soleil et de la lune ? Cette dernière, la déesse folle, où va-t-elle lorsqu’elle ne regarde pas fondre d’angoisse le cœur des enfants ? Le vent, qui geint comme un petit bébé, et une prière ardente, aident Go à animer l’étrange DieuFeu, dont la cruauté se rassasie d’herbe et de bois. L’homme médecine lui parle souvent de son feu intérieur comme d’une force d’une puissance insondable. Il ne comprend pas ce que cela signifie. Il se sent si faible. Pour sa tribu, il est pratiquement un homme, presque un « vieux ». Un peu d’amadou qu’il conserve sur lui prend rapidement feu. Des branchettes viennent alimenter le petit foyer. Les flammes rongent leurs proies inertes en ronronnant. Étrange Dieu à la morsure redoutable : son cœur dort, partagé en deux, au creux de certaines pierres noires et blanches. Pour le réveiller, il faut les frapper l’une contre l’autre devant sa pitance. Alors il saute sur son repas avec une rage qui va croissant. Parfois, Go l’a vu de ses yeux, le feu partage le ciel en deux avec un cri sauvage pour s’abattre sur des proies plus grosses, des arbres par exemple. Ils brûlent alors comme des torches. Des hommes dédaigneux se font prendre parfois ! Eux s’écroulent et leur « part de vie » devient les yeux profonds et lointains de la nuit, des étoiles ! L’enfant, craintif, les regarde. Ses ancêtres l’observent. Que pensent-ils de lui ? Parfois ils lui parlent pendant son sommeil, mais il n’en tire aucun encouragement, au contraire. À son 12 réveil, ses doutes sont encore plus forts et il promet chaque matin d’être plus courageux que la veille. Enfin le grand Esprit Chaleur-et-Lumière-duMonde disparaît totalement, livrant Go aux ténèbres et à la Lune. L’enfant secoue son immense fatigue. Le sommeil le gagne. Il reste tant de choses à faire. Après avoir rassemblé un gros fagot de bois en prévision de la nuit, il plume ses prises et les enfile sur des baguettes de bois. Elles cuisent en tournant patiemment au-dessus des flammes. Il récolte l’eau fondue par la chaleur du foyer dans son outre en peau. Elle coule depuis son toit de pierre jusqu’à ses pieds avec un murmure apaisant, puis fuit vers son destin. Le cœur de Go est satisfait. Il mange et boit en pensant à son avenir. Les autres enfants mâles se posent-ils autant de questions que lui ? Pourquoi regarde-t-il le monde en se demandant sans cesse quel est le sens de tout cela ? La nuit étoilée vibre calmement au-dessus de la terre enfouie dans sa peur. Il n’en parle jamais, à personne, pas même aux membres de sa famille, encore moins à l’homme médecine. Il se fait son opinion tout seul, et c’est loin d’être facile. Un jour… un jour il sera… Les esprits ne doivent pas savoir ! En attendant, sa mission n’est pas accomplie. Il doit trouver une part secrète du monde avant de revenir au sein de sa tribu. Une part secrète du monde ! Les légendes disent que c’est ainsi que les ancêtres ont ramené le Feu, La Fronde, la glace qui endort les coups et conserve la viande, l’aiguille et le fil pour assembler les peaux, et bien des choses encore. Il ne peut pas concevoir d’échouer ! Pourtant Go n’a que des questions et pas de réponse. L’une d’elle : pourquoi l’avoir contraint à chercher une part 13 secrète du monde alors que la saison froide est à peine finissante ? A-t-on voulu lui nuire ou le mettre à l’épreuve ? « Oublions tout cela pour ce soir et tentons de nous reposer. » Une fois repu, il prépare son abri pour dormir. À l’aide de son bâton, il agrandit la cavité dans laquelle il s’était accroupi, y étend de l’herbe, ramène devant l’ouverture un frêle rempart de roches plates mais n’oublie pas l’essentiel : d’enduire le seuil d’excréments de lion des cavernes. Rien de tel pour effrayer les prédateurs ! Enfin il se coule sous la protection de la pierre et peut s’offrir au royaume de la nuit, partir dans les ténèbres insondables du monde en folie des esprits. « Qu’ils fassent en sorte de me relâcher » c’est tout ce que demande Go en succombant au sommeil ! 14 Rien ne sert de courir Lorsque Go quitte son abri de pierre, le brouillard baigne de cendre le jour naissant. La Lune malfaisante a abandonné le territoire des étoiles laissant au froid vif tout le loisir de blanchir le sol. Accroupi devant son foyer éteint, Go, emmitouflé dans sa fourrure de nuit, attend l’apparition du soleil en mangeant les restes de son repas de la veille. Son haleine produit une fumée avec laquelle il s’amuse, ses pieds fument. Il sourit. Les mugissements des mammouths répondent au silence magnifique de la plaine. Le vent vif apporte la forte odeur de musc des pachydermes mâles, couvrant un instant celle des braises mourantes. La belle saison est là , même si le froid cinglant ne le laisse pas supposer. Où sont les chevaux ? Le poulain blessé n’a-t-il pas été dévoré par les fauves ? Il espère que non ! Il compte dessus pour finir son séjour tranquille loin des siens. Une fois tué et découpé, il enterrera les morceaux dans la terre avec de la glace par-dessus. Cela lui permettra de chercher une part secrète du monde sans se fatiguer à trouver sa nourriture. Brusquement le disque Soleil pointe son épaule par-delà les collines. 15 Une fois de plus Go regarde ce miracle avec le sentiment de recevoir pour lui seul quelque chose d’inestimable. Perdu sur la plaine immense, mêlé au monde qui l’entoure, son cœur bat plus vite. Quelques instants plus tard, Go, sac à l’épaule, arme au poing, est prêt à partir vers son destin. Il se décide à prendre par les crêtes afin de toujours voir loin et d’anticiper les dangers. Depuis le sommet de la colline la plus proche, sa vue est magnifique. Le soleil a définitivement quitté sa couche, plus rien ne s’interpose entre lui et sa Lumière. Aussi loin que l’enfant puisse voir, se côtoient des blancs et des gris en vagues infinies. Parfois de gros rochers abrupts, les os de la terre, rompent la monotonie des courbes. La neige et la gelée blanche scintillent tellement qu’il couvre ses yeux de ses mains et observe le paysage entre ses doigts légèrement écartés. – Tiens, se dit-il, pourquoi ne pas fabriquer un appareil pour regarder le jour ? Une écorce de bouleau ferait parfaitement l’affaire ; il faut la fendre en deux endroits, en face des yeux et l’attacher par un lien autour de la tête. Plus tard ! Pendant les premières heures de la matinée, il parcourt la plaine au petit trot à la recherche des chevaux. Les mammouths le regardent passer au loin, indifférents. Aucun fauve ne semble parcourir ce territoire encore vierge de grands troupeaux d’herbivores. Tout à coup, il se jette à terre. Loin, très loin, un mouvement furtif a trahi une présence insolite : celle d’un groupe de chasseurs. Aplati sur le sol, cœur battant, il écarte le rideau d’herbe. Il ne s’est pas trompé. Plusieurs hommes à la queue leu leu courent dans la même direction que lui. Amis ou ennemis ? Humains ou sauvages ? Il n’a aucune envie 16
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