L'ombre d'une illusion - Page 1 - Autres ouvrages du même auteur : Les Essais de Germain, poèmes Éditions Syndicales, Limeray, 1970 Comptines de tout à l’heure, Parrainage Radio France Provence, 1983, réédition 2005 Comparaisons entre les Civilisations Précolombiennes, Étude ethnologique Éditions Transtech, Bordeaux, 1987 Divers travaux publiés à compte d’Auteur entre 2004 et 2007 Primés par L’Académie Poétique et Littéraire de Provence, Les Écrivains en Provence, & Arts et Lettres de France : Nouvelles du Ciel et de la Terre, Nouvelles et Contes De l’Origine du Royaume d’Ayastan, Étude historique sur l’Arménie Drôles d’Histoires, Courts récits et réflexions teintées de non-sens Changer le Monde, Roman de société Éditions Aparis-Edilivre, Paris, 2009 Prix de littérature 2009 du festival « Rêves et Pensées » au Puy-Sainte-Réparade 4 Jean-Michel Bernos L’ombre d’une illusion La Merveilleuse Histoire de l’Ombre d’Étienne Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2707-6 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Je remercie chaleureusement les premiers lecteurs de cette évocation, qui ont attentivement cherché à me convaincre de ne pas tenter de rejoindre l’ombre dans sa quête. Ce qui vous aurait condamné à en ignorer l’histoire. Toute ma reconnaissance à Christine Pastor, JeanMichel Demain et Pascal Floirac. Mon amour sans ombre à ma Reine. 9 L’humour est l’ombre d’un doute sur les choses Roch Carrier (De l’amour dans la ferraille) 10 Préface Depuis la nuit des temps, l’homme est rivé à son ombre, accrochée à ses basques avec plus de ténacité qu’un huissier à celles d’un créancier. L’ayant toujours vue, il a fini par la croire une excroissance de sa personne, une fille sage et fidèle, une confidente muette et complice qui, cependant, trahissait parfois sa présence. Eût-il regardé plus loin que son nombril, il eût vu que le peuple des ombres n’était pas le seul apanage de l’homme, chaque être ou chaque chose ayant la sienne ; peut-être en eût-il acquis quelque modestie ; peut-être se fût-il dit qu’après tout, c’était peut-être lui, oui, peut-être, la production de l’ombre, et non l’inverse ? Qui est le réel et qui est l’illusion ? Relisons notre Platon cavernicole. « Ah ! Nos ombres, elles en ont vu des choses ! Si seulement elles pouvaient, voulaient, acceptaient de parler ! Discrètes, secrètes, elles ont tout vu, tout entendu. Quels enseignements elles pourraient nous prodiguer, remettant pour nous le monde en saine perspective ! » 11 C’est justement cela que Jean-Michel Bernos nous propose : un miracle ! L’homme qui rêvait de « Changer le monde » commence par l’observer, le jauger, le juger parfois. On le dit pourtant, « Qui sommes-nous pour juger ? » : Jean-Michel Bernos évite le double écueil de la « partiellité » et de la partialité en s’excorporant, en nous faisant vivre le monde autrement, par le truchement d’une ombre émancipée. Il n’y a pas l’ombre d’un doute, nous découvrons que les choses ne sont pas ce que nous croyions : quel choc… salutaire ! En contrepoint d’un Einstein qui enfourchait un rayon de soleil pour révéler la physique de la Création, Jean-Michel Bernos nous invite à chevaucher un « rai d’ombre », nous permettant d’explorer les profondeurs, de sonder les cœurs et les âmes ; il encourage les autruches que nous sommes à sortir la tête du sable et à accomplir un voyage initiatique, enrichissant, périlleux parfois : un voyage dont on revient plus avisé et plus fort. Je ne saurais trop vous convier à cheminer avec lui, à lui emboîter le pas, à le suivre comme son ombre. Lucia & Mélano* Lucia & Mélano, titulaire du rare CAP de haut-fourniste est un grand-père heureux. Il a toute sa carrière servi dans « les Industries ». Il est l’auteur d’excellents ouvrages comme De la métrologie fondamentale à son application industrielle, mais aussi Je dénie aux philosophes l’exclusivité de penser, sans oublier le magnifique roman La Onzième Porte. * 12 Et le jour vient où débute l’énigmatique chevauchée de l’obscure silhouette. Affranchie de son lien régulier, elle découvre le monde en engageant sa quête. Par trois fois il avait chu… et s’était relevé. Dans l’élan, je m’étais redressé comme son ombre. La neige aveuglante et périlleuse ne laissait que peu de chance aux semelles de cuir lisse. Son court périple entre le candélabre planté devant sa modeste demeure, et le kiosque délabré mourant en face de son lieu de travail, ressemblait à un voyage ! Dès la quatrième chute, je remarquai ce léger décalage qui réussit à me terroriser, car à la cinquième j’avais déjà perdu toute synchronisation. Je m’étirai sans fin dans ses pas sous les lampadaires criant de lumière, tout à la fois ravi de cette vie nocturne et de la peur d’une panne d’éclairage ! Je finis par ne plus pouvoir le suivre, essayant toutefois de me raccrocher à quelques-uns de ses effluves. Il restait en ce lieu, lamentablement étalé, rougi par les chutes et le froid, tandis que je demeurai debout, hébété… d’une certaine façon essoufflé, mais 13 cependant pénétré d’une nouvelle sensation de liberté ! Ce fut le premier jour d’une révélation, il était possible de vivre sans lui ! Avait-il jamais prêté attention à ma présence ? Comme la grande majorité des gens, il avait poursuivi ses occupations, de nuit comme de jour, sans réellement se soucier de mon existence – s’amusant par moments de la longue silhouette qui lui emboîtait le pas dans le soleil couchant, ou se plaçait judicieusement de manière à protéger son chien de la clarté aveuglante… de la chaleur de l’été. Je tentai souvent de saluer mes congénères dans le parc, mais tous suivaient leurs quidams de manière résignée, ne me lançant qu’un regard vide. Certains sont faits pour le ciel, d’autres pour la terre. Je raisonnais en ces matins parfumés, imaginant être seul à pouvoir humer la blanche odeur des minuscules fleurs d’été ou en mesure d’étirer mon âme jusqu’à l’ombre de la lune ! Quelle est cette allégresse qui parfois nous entraîne dans ces insondables pensées, nous rendant pour un instant les maîtres du Monde ? Comme si la communion ultime avec l’univers semblait nous porter bien au-delà de la compréhension des mystères. Je prenais conscience de la vie – pauvre entité sombre et filigrane – je me découvrais sans consistance, éloigné de l’intuition par des siècles de bons et loyaux services, copiant ses gestes, me conformant à ses fantaisies : celles de l’homme auquel j’étais depuis sa naissance, attaché par plus qu’un cordon : un invisible lien familier. 14 Quel phénomène singulier avait permis la rupture de cette relation ? Il s’étalait, tandis que je demeurai en pied, dressé face à mon destin ou à la providence. Je cessai d’être l’ombre d’Étienne, pour devenir l’ombre de moimême. J’acceptai de vivre dans la lumière ! Étienne ne remarquerait jamais mon absence, je le connais bien. Ses préoccupations étaient tout autres. Il s’accommoderait de la chose, car il n’avait jamais eu besoin de moi. J’avais été là, je n’y étais plus ! La seule frayeur qui m’agitait encore venait de cette impression d’être seul, l’ombre solitaire, sans nom, sans attaches, sans ambitions ! Des projets, il m’en fallait sans l’ombre d’un doute. Je sentais ma forme se plier du même pincement qu’Étienne avait ressenti dans ses rares moments de bonheur. Mais je devais l’oublier pour être en mesure d’avancer, ombre de mon état ! J’aurais pu rester assis sur ce banc du parc, me confondant dans les chimères de ses lignes projetées. J’aurais pu y rester des éternités ! Cela semblait presque aussi long – mais je n’avais pas la notion du temps qui passe, je n’avais l’honneur d’exister que grâce à la lumière. Quand on imagine les oppositions en toutes choses, on se rend compte alors que rien ne peut exister sans cet antagonisme, source du mouvement. Il me vint subitement l’envie de voyager. Je me persuadai de ne pas ainsi chercher à découvrir peutêtre ailleurs, une ombre aussi libre que moi. Je croyais 15
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