Pierre tombale ou Aïda la rose qui se meurt - Page 1 - test Antônia Laura Carolina Barbosa Fortés Pierre tombale ou Aïda, la rose qui se meurt Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35607-389-1 Dépôt légal : Septembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire PREMIÈRE PARTIE : VERS CHEZ LES AHMED M’BARECK ........................................ DEUXIÈME PARTIE : CHEZ LES M’BARECK ................................................................... TROISIÈME PARTIE : MORT DE YERO .............................................................................. QUATRIÈME PARTIE : MARIAGE D’AIDA ET GROSSESSES........................................... CINQUIÈME PARTIE : PREMIÈRE NUIT.............................................................................. SIXIÈME PARTIE : CIEL NOIR D’AIDA ......................................................................... SEPTIÈME PARTIE : DEUXIÈME JOURNÉE .................................................................... HUITIÈME PARTIE : RETOUR CHEZ AIDA...................................................................... 15 43 75 113 143 235 255 269 9 Dédidace : À ma Chère fille : Malika Danielle Diagana Séta (Pour les jours heureux et les dures années vécues) À mes Chers Frères et Sœurs adorés (Pour les années heureuses vécues ensemble) À Maître Mamadou Samba Diagana, – Regrets éternels ! – (Par qui le bonheur a commencé et a pris fin.) À mes Neveux, Nièces, Cousins et Cousines À mes Oncles et Tantes Lopez (Pour le souvenir de « MA »-Grand-mère) À mes beaux frères (Pour l’éloignement) À mon amie : Astou Awa M’Bodj Sakho (Pour tous nos éclats de rire et nos belles journées) Antônia Laura Carolina 11 FEMME ! Si tu perds ton Amour où ton pari, Pars, souffre et meurs loin de lui. Meurs de chagrin d’amour Et reste éloignée de lui, pour toujours. Meurs, comme une chienne blessée Et souffre avec ton âme fêlée. Souffre comme l’âne, qu’on frappe Et qui, fatigué tombe dans une trappe. Mais n’accepte jamais de te faire battre Et de te plier sous ses coups, Puisque ton Amour bat à petits coups. Il sait que tu n’es pas faite de plâtre. Lutte pour ta liberté Et toujours avec fermeté. Femme, sois libre, avec ou sans Amour. Et sache qu’en toi, existe le plus grand Amour. Antônia Laura Carolina 13 PREMIÈRE PARTIE VERS CHEZ LES AHMED M’BARECK C’était un samedi et dans le bleu du ciel, de cette matinée si fraîche, en se chevauchant et s’étirant, des pâles rayons d’un soleil à peine réveillé, jouaient avec le peu de nuages délavés qui y traînaient. Le cœur d’Aïda frétillait pour ce temps merveilleux ! Rond, jaune clair, légèrement brillant et beau comme un roi, il luisait et régnait dans un ciel frissonnant. Aïda rêvait d’une belle journée en dehors de la ville, d’une journée à la « Badia 1 ». Aïda roulait en première et trouvait que l’Avenue et le quartier Tevragh Zeïna, avaient énormément changé, après toutes ces années qui venaient de s’écouler. Dés que les terrains furent lotis et distribués et que les parcelles furent attribuées, tracées et goudronnées, à la veille de la douzième fête d’indépendance du pays, le Premier Ministre de la République Islamique de Mauritanie, inaugura le quartier et l’Avenue qui venait d’être goudronnée. Yéro, défunt époux d’Aïda, faisait parti de ceux qui avaient eu la chance de construire, dans ce nouveau quartier, en étant aussi parmi les premiers acquéreurs de terrain. C’était un quartier qui faisait parti de ceux qui étaient les plus chics de la ville. Puis, au fur et à mesure que les années s’écoulaient, l’on voyait, petit à petit, des maisons qui s’élevaient comme des champignons, avec des architectures merveilleuses et étonnantes, pendant que d’autres étaient construites dans des plans élaborés le plus simplement. Le quartier Tevragh Zeïna, prenait alors une autre forme de beauté bien déterminée. 1 « Badia » = Campagne 15 Durant les deux premières années où Aïda y avait vécu, dès la tombée de la nuit, l’Avenue, restait sombre. La Société d’électricité, la SONELEC, avait pris plus de temps qu’il ne fallait, pour fixer les lampadaires, afin qu’elle soit illuminée. Cette obscurité, qui s’installait dès le crépuscule, permettait à des cœurs volages de s’adonner à des rencontres douteuses sur l’Avenue. Ce qui avait décidé les habitants et les passants de s’abreuver de commérages et de lui donner le nom de : « Avenue de Pigalle ». Bien plus tard, l’Avenue fut éclairée, mais elle garda son premier nom de baptême et les habitants l’appelèrent ensuite « Champs Elysées », tant elle était illuminée la nuit. Le quartier resta alors, parmi les plus beaux quartiers de la Capitale. Cette Capitale qui avait aussi d’autres quartiers qui se constituaient en de belles constructions de villas et bâtiments superbement et richement construites, pendant que le quartier Tevragh Zeïna restait animé, par toutes les boutiques qui ouvraient leurs portes, tout au long de l’Avenue. C’était devenu un quartier commercial. De son vivant, lorsque Yéro termina de construire la villa de ses rêves, quelques mois après son mariage avec Aïda, il l’occupa et fut parmi les premiers habitants du quartier. Aïda à cette occasion, avait fait une soirée dans cette villa, une semaine après qu’ils s’y installèrent. Le quartier prit alors le nom de « Tournesol », à cause de multiples fleurs jaunes, plantées dans toutes les maisons. Un jardinier arriva un après-midi dans le quartier et fit le tour des maisons, pour vendre ses fleurs. C’étaient des tournesols, dont quelques habitants connaissaient le nom de cette belle plante. Il les vendit à un prix dérisoire, en y incorporant, la main d’œuvre et l’entretien du jardin de chaque client. Ainsi fut fait, des familles lui arrachèrent ses fleurs à son grand bonheur. Les maisons nouvellement construites, furent égayées de l’intérieur et ces fleurs redonnèrent au sol aride, une autre expression, une autre vie et une autre beauté. Les tournesols, jaunes par leur pétales et portant un gros bouton marron, avec leurs longues tiges et leurs longues feuilles vertes, éclaboussaient leur belle couleur gaie, sur les murs des maisons, nouvellement élevés, lorsque le soleil, en les réchauffant, projetait sans relâche sa chaleur, sur ses beaux pétales longs, jaunes et dorés. Puis, les années s’étaient écoulées douces, agréables et pleines d’espoir. Soudain, un après-midi, la vie de Yéro s’était arrêtée au cœur de ce quartier et de la belle villa familiale, qui ressentit, brusquement un grand vide. La mort lui avait ravi sa vie, sans un mot et avec un silence dur à vivre, laissant derrière lui, tant de choses inachevées… Depuis, combien d’années s’étaient-elles écoulées ? 16 Combien ? !!! Le destin a ses droits, que la vie subit et dont la vie ne peut que rester passive. Alors que cette même vie n’est rien d’autre qu’un fuseau où les êtres doivent passer pour disparaître un jour inconnu, d’un monde bien étrange. Pour certains, le destin les obligeait à vivre longtemps une vie : Soit une vie faite de plus de bonheur, ou alors de misère parsemée d’instants de joie furtive et cela, peut être, jusqu’à la vieillesse où, jusqu’à ce que le destin rentre en jeu. Pour d’autres, il fallait que le destin, à leur insu, leur fasse parcourir chaque jour, sans qu’ils ne le sachent, des jours où ils ne pouvaient s’imaginer, qu’ils allaient mourir subitement, laissant des choses inachevées derrière eux et une famille désœuvrée… C’était, ce que la vie et ses mystères, avaient gardé pour Aïda. Le destin avait alors joué son rôle, en frappant de son sabre invisible sur la vie de Yéro. Ces êtres morts, laissaient derrière eux, un immense chagrin, à ceux qui les connaissaient et qui les avaient aimés. Il y avait aussi des regrets, des pleurs, des questions sans réponse, sur la vie, leur parcours et sur la mort qui reste un mystère. Ces êtres morts, quittaient ce bas monde en laissant des choses entreprises inachevées, où des choses secrètes, dont ils pensaient de leur vivant, dévoiler un jour le secret. Ils ne savaient rien. Où simplement ne pouvaient imaginer, que la mort était proche d’eux pour les ravir… Certains laissaient alors : Des enfants à bas âges, où une femme enceinte, où un nouveau né, où une terre non construite ni cultivée et une maison achevée, dont ils n’ont pas eu la chance d’y vivre. Souvent, la mort jalouse, n’acceptait pas que se réalisent leurs souhaits. Elle emportait l’être plus tôt. Il y avait ceux qui pensaient au lendemain, chargé de belles réalisations et qui la veille, en se couchant ne s’étaient pas réveillés, suite à une crise cardiaque. Souffraient alors, les enfants à bas âges, qui attendaient beaucoup de leurs parents disparus. Souffrait alors, une femme enceinte dont l’enfant ne verrait pas les yeux, ni n’entendrait pas la voix de ce père disparu, ni de la mère morte suite à l’accouchement. La vie alors pour les vivants basculait et la mort s’amusait en continuant, sans honte ni regret, avec force et ténacité, à hacher la vie des êtres, qui sur terre, s’accrochaient à leur foi, à « Allah », l’invisible et le Tout Puissant et en restant des « Fatalistes ». La vie devenait alors pour ces veufs, ou veuves ou ces orphelins, de la viande hachée pourrie, à ne pas être avalée, ni même à jeter à un chien le plus galeux et le plus enragé… Matinalement, Aïda traversa ce quartier en cette belle journée de samedi et s’engagea nostalgiquement, sur l’un des axes de l’Avenue. Des magasins et supermarchés, ouvraient leurs portes et certaines boutiques se trouvaient déjà ouvertes. Des employés comme chaque matin, balayaient par ci et par là 17 et arrosaient la devanture de leur boutique. Des femmes qui géraient leurs magasins en vêtements pour enfants et produits de beauté, étaient déjà sur place. On pouvait voir deux ou trois autres boutiques achalandées en divers matériaux de construction. En ces premières heures de la journée, l’Avenue restait légèrement animée par les laveurs de voitures et par les vendeurs de fruits qui s’installaient. Près d’eux dans un coin, sous l’ombre d’un prosopice, la « Barada 2 » était déjà mise sur le petit fourneau malgache, pour le thé matinal. Aïda respira à pleins poumons cet air pur, cet air qui, des années en arrière, remplissait ses poumons de pureté et de bonheur. Aujourd’hui si matinalement, elle se souvenait d’une vie vécue et des instants agréables qui étaient passés, qui étaient tombés dans le puits de ses souvenirs, mais qu’elle n’arrivait pas à oublier. Elle trouvait quand même que sa vie s’était revêtue d’une petite broderie et qu’elle tenait encore, au coin de sa bouche un brin de paille… Au fond d’elle, résidait la tristesse, qui prenait toujours le dessus de tous les bonheurs et de toutes les joies qui rentraient dans sa vie. Elle sentait un brin de bonheur quand même, puisque le temps était au beau fixe et qu’elle marchait sur une partie de sa vie passée… Dans sa voiture de couleur verte qu’elle conduisait, elle appuya sur le bouton pour éjecter la cassette de « Alpha Blondi » et la remplaça par celle de « Julio Iglésias ». Elle faisait lentement sa descente et trouva l’Avenue très belle, avec ses palmiers plantés tout au long du périmètre grillagé. Ces palmiers étaient une des idées du Maire de la ville, qui voulait que cette Avenue soit beaucoup plus belle qu’elle ne l’était. Aïda chercha une place dans le parking pour se garer. Puis, la portière fermée, les clefs en main, elle se mit à contempler le grand bâtiment du Novotel, qui, plantureux en bordure de l’Avenue, s’était érigé dans ce quartier résidentiel. Beau, il l’était par son architecture et par le jeu des deux couleurs de peinture orange et jaune fluo, qui lui donnait un air gai. Avec admiration, Aïda le contemplait. La superbe villa où Aïda avait habité, avec son défunt époux Yéro, se tenait construite, bien avant que cet Hôtel soit érigé. Splendide, leur superbe villa, se tenait sur un terrain, qui se trouvait juxtaposé à celui de 2 « Barada » : Théière pour faire le thé 18 cet Hôtel. Le Novotel, naîtra de ce dernier terrain, plusieurs années après la mort de Yéro. Le terrain de cet Hôtel, longtemps laissé à l’abandon, sans clôture, permettait à des animaux d’y vaguer à la recherche d’une pitance et aux voisins d’y verser furtivement leurs déchets. Puis un matin, le propriétaire se présenta aux voisins. Des fenêtres de la chambre de ses enfants qui s’ouvraient sur cette étendue de terrain vaste et abandonnée, elle pouvait voir : l’Avenue grouillait de monde, entendre les pneus qui crissaient sur le goudron et suivre le concert infernal des klaxons des voitures qui passaient le plus souvent à vive allure. Toute la journée, par les fenêtres des chambres de la superbe villa, le beau et chaud roi soleil, envahissait et balayait de ses rayons ardents : La moquette, les meubles, le drap du lit, les rideaux, les livres et les objets souvenirs, posés sur les étagères. Le chat « Pékiné », en profitait pour se réchauffer et ronronner, la pâte posée sur une partie de sa tête et le corps recroquevillé. La maison était ensoleillée. Pour protéger les enfants et les meubles de cette dure chaleur, Aïda avait posé des grands et lourds rideaux, en toile, superposés, pour faire un écran avec la chaleur qui devenait très souvent accablante. Les enfants pouvaient alors s’occuper et vaguer tranquillement dans leur chambre, à l’ombre d’une journée fraîche. Le soir, lorsque le soleil se retirait lentement du ciel et que le temps était clément, Aïda prenait le plaisir de tirer vers cinq heures et demie, les rideaux, pour assister au coucher du soleil, qui donnait naissance au crépuscule. La ville comme un vieux malade, doucement, s’enveloppait alors de son linceul noir. Le flux du soir qui était le plus souvent calme, donnait à l’Avenue illuminée, un air de fête. Quelques piétons de nuit, prenaient plaisir à se balader, pendant que d’autres s’arrêtaient sur des terrasses, pour prendre une boisson, un sandwich, manger du poulet, du poisson braisé ou des brochettes, qui embaumaient l’air du soir et d’autres, tranquillement, poursuivaient leur chemin dans leur rêverie nocturne. Puis arriva un matin où, quelques mois après la disparition de Yéro, des manœuvres dans leur tenue bleue, des hommes en casquette, avec leur matériel, leurs cris, leur bruit infernal de machines, leur voix et leurs camions, envahirent cet immense terrain, pour construire cet hôtel resplendissant ! C’était juste l’année où Aïda allait déménager avec ses enfants, après la mort de Yéro, pour une maison moins coûteuse en entretien. À la fin de sa construction, Cet immense hôtel, cacha à la belle villa des Yéro, la splendide vue du ciel, en lui supprimant les rayons de soleil, 19
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