Le silence tue - Page 1 - Mériem Constant Et le silence tue… Le calvaire de la maltraitance conjugale… Récit autobiographique Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2591-1 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire La gazelle et le lion ............................................... 13 De la rose aux épines............................................. 17 Les fleurs d’automne ............................................. 29 Pâquerettes............................................................. 37 Le houx, et le mimosa ........................................... 43 Les fleurs qu’on effeuille ...................................... 59 Des glaïeuls et des ronces...................................... 69 Roses d’amertume ................................................. 83 Des roses rouge sang ............................................. 95 Des pétales aux tiges ............................................. 111 Fleurs d’espérance................................................. 131 Brisons la loi du silence......................................... 145 9 Je dédie ce livre, à mes deux enfants pour qu’ils sachent toute la vérité, à mon frère S pour toute l’aide qu’il m’a apportée, à ma maman qui a tant souffert et qui doit voir depuis le pays d’amour où vont les âmes, qu’après toutes ces souffrances, la vie m’a comblée en la personne de mon actuel compagnon, et à ce compagnon lui-même, pour tout l’amour qu’il me donne et pour sa patience. Pour les besoins du récit, les noms des personnes ont été changés. 11 La gazelle et le lion Sur l’écran, l’image est fixe, belle, crépusculaire. Le soleil descend lentement, à l’horizon d’une épaisse et paisible savane, et dans cette immensité rougeoyante, scintille un point d’eau où s’abreuvent les douces et frêles gazelles, insouciantes, ne songeant à rien qu’à leur bien-être immédiat, à la fraîcheur de cette eau qui les délasse et les désaltère après les heures torrides de la journée. Le crépuscule tombe et les gazelles s’attardent au point d’eau, toutes ensembles dans le joyeux clapotis de leurs sabots graciles. Tout est serein. Tapi dans l’ombre, patient, observateur, il est là ; il guette, fixe son choix. Il la voit. Maintenant, il sait laquelle il choisit. Encore un instant, le temps qu’il faut seulement aux gazelles pour s’affranchir de toute prudence, et comme par hasard, celle qu’il a fixé longuement se retrouve légèrement désolidarisée du groupe. Elle est la proie, il est le prédateur, magnifique, mâle, solaire ; crinière au vent nocturne, il bondit, puissant, précis. Très vite, elle consent à son sort de proie. Immobilisée, lacérée, elle n’est plus, parce que lui le prédateur en a décidé ainsi. Pourquoi elle et pas une autre ? 13 Oui, lorsque je réfléchis à mon vécu, à ce que j’ai enduré, par amour d’abord, puis par peur, puis par soumission peut-être à ma propre peur, l’image de la gazelle et du lion s’impose, et cette question « pourquoi » me revient, percutante, et se multiplie à l’infini en un écho qui me fait mal, parce qu’à la question « pourquoi », on ne trouve que des bouts de réponses, d’autres « pourquoi », mais la vérité toute entière est longue à se dévoiler. J’étais la fragile gazelle, fragile en sa grande jeunesse, fragile en sa naïveté, et peut-être aussi fragilisée par cet autre « pourquoi » lorsque mon père nous a laissé tomber, ma mère, mes frères, ma sœur et moi pour retourner dans son pays sans plus se soucier de nous que si nous n’avions été que des déchets sur sa route, insignifiants, inutiles paquets encombrants ne valant pas grand-chose. Pourquoi papa ? Pourquoi avoir abandonné ceux qui t’aimaient tant ? Je portais ton nom et je le porte encore, mes frères portaient ton nom. N’as-tu été toi aussi qu’un prédateur envers maman ? Tu lui a pris, sa jeunesse, son amour sincère, sa beauté, sa gentillesse, son attention, et elle t’a donné de beaux enfants, et puis voilà, tout cela a soudain disparu de ta vie car tu l’as décidé, comme on raye d’un seul trait de stylo, des mots inutiles, et maman et nous tes enfants, nous sommes restés englués dans cette souffrance, et alors du haut, pas très haut encore, de mes onze ans, j’ai subi ce gâchis et j’ai comme maman, si courageuse, trop retenu mon envie de hurler face à cette injustice que tu nous infligeais toi notre père qui aurait du accomplir jusqu’au bout ton devoir sacré de père, un devoir d’amour et d’assistance. Ma révolte et ma douleur étaient si fortes que j’ai décidé de te rayer moi aussi, 14 de t’effacer de mes souvenirs de petite fille, comme si jamais tu n’avais existé. De temps à autre tu revenais en France pour « affaires », mais jamais pour nous, et s’il nous arrivait de t’entrevoir en coup de vent, nous ne ressentions pas ton amour, car tu ne revenais pas pour ceux qui t’aimaient et qui t’indifféraient. Devant tant de cruauté et de rejet de ta part PAPA, j’ai décidé de t’oublier ; j’ai rejeté ton nom et ton visage aux oubliettes de ma mémoire, et je les ai enfouis si loin que je ne parviens plus après tant d’années à projeter ton visage sur l’écran des souvenirs d’enfance. J’ai fait de toi un mort dans ma tête d’enfant, pour mieux taire ma douleur. Si tu étais resté, si tu avais assumé ton rôle de père envers nous, aurais-je été la gazelle choisie comme proie par un lion superbe, mais aussi cruel que superbe ? Aurais-je eu cette longue endurance à la douleur de chaque instant ? Peut-être une sorte de culpabilité d’enfant m’habitait-elle du genre : « C’est de ma faute si papa est parti ; je n’étais pas assez gentille. » Un autre homme a pris la place du père et il a compris que j’étais pour lui, préparée à la culpabilisation, donc à la soumission. Il m’a infligé tant de souffrance et si longtemps, que je me demande comment il se fait que je sois encore tout simplement vivante pour raconter ce qui suit. Les coups de pied, les coups de poing, les brûlures, les fractures, les humiliations, les empêchements de vivre, de me vêtir selon mon goût, de rire, de parler, le harcèlement permanent, tout cela, l’aurais-je connu si toi papa ne nous avais pas fragilisés par cet abandon ? J’étais une morte vivante et j’ai conscience d’avoir parfois échappé de peu au pire. Cette longue douleur je l’ai assumée, inconsciente du fait que la petite fille 15 abandonnée par son père s’infligeait cette sorte de dédicace de souffrance pour expier une dette fictive envers toi. J’ai trop eu mal de toi papa… Mal de ton départ, mal de ton manque d’amour pour nous, mal de ton indifférence envers les enfants que tu as procréés. Le premier homme qui m’ait maltraitée, c’est toi mon père car ta façon de déserter nos vies, fut une source de grande douleur pour tes enfants, et tu ne pouvais l’ignorer. Mon subconscient a caché tout cela, il a posé le sceau du secret sur mes questions, ma culpabilité, sur ma souffrance de petite fille, mais c’était seulement caché, et seulement pour moi-même. Pour le jeune lion qui devait surgir, le message était marqué sur mon front comme sur les pages d’un livre, et le lion savait fort bien du premier regard, lire ce message qui disait : « Voici la proie ! » J’avais onze ans quand tu es parti Papa, et c’est seulement deux années plus tard que mon sort s’est lié à un enfer de chaque instant qui devait durer une vingtaine d’années. 16 De la rose aux épines Ma mère, ma sœur, mes frères et moi, nous étions une famille soudée dans cette cité où j’ai grandi. Une famille où il manqua trop tôt un élément essentiel dans la vie de tout enfant : le père. Maman était Française de souche, et papa était Algérien. Leur couple a vécu dix années en Algérie avant de s’installer en France. J’étais alors une toute petite file de quatre ans. Maman était amoureuse de papa, son premier amour, le grand amour de sa vie. Sept années après cette installation en France, et après dix-sept années de vie conjugale et quatre enfants, mon père est reparti seul en Algérie, léguant à maman de grosses dettes et lui abandonnant les quatre enfants, ses propres enfants. A onze ans, à l’âge charnière où une fille prend son élan pour devenir femme peu à peu, ce fut un choc pour moi comme pour mes frères, ma sœur et ma mère, mais nous avons appris à vivre sans lui, solidaires les uns des autres, un peu plus pauvres que beaucoup de pauvres de la cité, mais maman nous épargnait le récit de ses galères, si bien que nous ne nous rendions pas compte de l’ampleur de ses difficultés, de la quantité 17 d’efforts qu’elle déployait chaque jour pour nous permettre de vivre le plus normalement possible. Maintenant que nous sommes adultes, nous réalisons combien notre mère connut des jours difficiles au quotidien, et pourtant, elle évitait de se plaindre, nous laissant notre part d’insouciance et de rêves, et c’est vrai que nous rêvions, imaginant notre futur de riches, heureux de vivre sans manquer ni d’amour ni de rien dans une superbe maison. Je crois que tous ceux qui ont vécu leur enfance en cité, rêvent de vivre un jour dans une maison, même modeste avec un jardin, et de ne plus devoir entendre depuis leur cuisine, les bruits des voisins dans leurs toilettes. Nous avions seulement un peu élargi ce rêve, en repoussant largement les murs de la maison et la clôture du jardin de nos rêves, en les voulant grands, sans tout à fait oser s’imaginer vivre dans un château. Les enfants rêvent, mais leurs parents n’ont pas toujours le temps de rêver avec eux, et je crois que maman avait trop de soucis et trop de désillusions pour rêver encore. Il lui fallait travailler très dur pour nous élever. Pour toute cette abnégation, cet amour, ce sacrifice d’elle-même, je ne la remercierai jamais assez ! En dépit de notre modeste condition, ma première jeunesse était belle. Nous avions besoin de si peu pour nous sentir heureux. Nous nous retrouvions entre copains et copines pour jouer à cache-cache, au ballon prisonnier ou pour le simple bonheur d’être ensemble, entre gamins et gamines du même âge qui nous comprenions. Aujourd’hui, y penser me fait sourire ; tant d’insouciance, tant de tranquillité, comme c’était beau ! Ne pas connaître à l’avance les soucis du futur, comme c’était bon ! 18
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