ROMAN ton secret sera le mien par Marie VAUMOISE - Page 2 - Marie VAUMOISE Ton secret sera le mien Roman Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-193-0 Dépôt légal : Mai 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 DU MEME AUTEUR L'inconnu de l’Ile d’Yeu (roman) la Société des Ecrivains à Paris2006 Même si le bonheur t’oublie un peu, ne l’oublie jamais tout à fait. Jacques Prévert Première Partie L’effervescence est grande à Bléré en ce mardi de Pâques. Depuis 10 heures du matin, la quiétude de ce bourg d’un peu plus de 4 000 âmes, situé en bordure du Cher, est troublée par les « pin-pon » et les gyrophares des voitures de pompiers et de police. Un attroupement se forme dans la rue du Grand Jardin devant la maison où loge depuis quelques années Laure Ecnélis, une sexagénaire très discrète qui ne fréquente personne. C’est une dame menue, de taille moyenne, au visage chiffonné mais sympathique ; ses cheveux d’un blanc neigeux mettent en valeur de magnifiques yeux bleus. Elle vit seule et ne parle jamais d’elle. Elle est toujours aimable et souriante lorsqu’on la rencontre au Coccimarket. – Que se passe-t-il ? Personne n’en sait rien. Le docteur Morel a été appelé. Nous guettons sa sortie, et l’interrogeons du regard. Sa visite a été de courte durée. Il monte dans son 4 x 4 et démarre sans avoir prononcé la moindre parole. Ma maison jouxte celle de Madame Ecnélis. C’est certainement avec moi qu’elle a le plus de contacts dans le quartier. Nous n’allons pas l’une chez l’autre, elle n’aime pas ça, elle ne veut pas perdre sa liberté, et moi non plus. Nos relations se limitent à des conversations « d’extérieur ». Nous nous rendons de menus services, nous échangeons des boutures de plantes, elle adore jardiner. La grande haie de lauriers qui sépare nos terrains nous empêche de nous voir mais je l’entends biner, tailler, tondre la pelouse et aussi crier après Motus… Il fait toujours des bêtises ! * * * Quand Madame Ecnélis est arrivée à Bléré, je suis allée me présenter, en tant que voisine la plus proche. Elle pouvait avoir besoin de renseignements, et moi, native d’ici, je connais tout le monde. Elle m’a reçue gentiment et m’a offert un café. Les lieux ne me sont pas inconnus, les propriétaires précédents sont de mes amis, elle ne prend donc pas la peine de me faire visiter. Si la maison est petite, juste trois pièces, le terrain, par contre, est important, environ 1 500 m2, dont un tiers en verger. C’est ce qui l’a incitée à acheter ici car elle aime la nature et elle a choisi cette région pour le climat. Bléré se trouve à 10 kilomètres au sud d’Amboise. Elle veut profiter de « la douceur angevine » si chère à Joachim du Bellay ! Ses articulations, rongées par l’arthrose, ont besoin de soleil, mais raisonnablement… dans le Sud il fait trop chaud et il faudrait dépenser beaucoup trop d’eau pour arroser le jardin ! Le mobilier de la pièce principale est succinct : une table ronde, quatre chaises, un canapé de cuir blanc, un vieux bureau sur lequel trône un ordinateur avec l’ADSL, une imprimante et un scanner ; des étagères remplies de livres, surtout des usuels, garnissent tout un mur, très peu de bibelots… Des plantes vertes, des fleurs coupées dans un vase, une nappe gaie sur la table, quelques coussins colorés sur le canapé, créent une ambiance chaleureuse. Je suis étonnée de voir une personne de son âge s’intéresser à l’informatique, et lui en fais la remarque. Elle me répond qu’elle a travaillé dans un bureau. C’est tout ce que j’apprends d’elle ce jour-là. Je ne sais pas si elle a été mariée, si elle est veuve ou divorcée, si elle a eu des enfants. Je lui ai tracé les grandes lignes de ma vie : divorcée, trois enfants, cinq petits-enfants. Je pensais que de son côté elle me dépeindrait la sienne mais j’ai vu son visage se fermer, ses yeux s’embuer, je n’ai pas insisté. Elle doit avoir de bonnes raisons pour ne pas vouloir en parler. Quelques jours plus tard, je l’invite à mon tour à venir prendre un café, je lui fais faire le tour du propriétaire. Chez moi, dans toutes les pièces, il y a des photos des enfants, des petits-enfants. Elle n’est pas très loquace, elle ne retrouve son entrain que dans le jardin. Je lui montre toutes mes plantations : les lupins, les dahlias, les potentilles, les rhododendrons… Elle me donne des conseils pour la taille des rosiers et des arbustes, elle m’indique les plantes toxiques pour les enfants : les ancolies, les cœurs de Marie, les cytises. Je lui donne quelques plantes aromatiques. Elle me dit : – Vous verrez, dans quelques années, mon jardin, ce sera un petit « Monet » ! Comme je ne comprends pas, elle m’explique qu’elle a résidé en Haute-Normandie, près de Giverny, là où le peintre impressionniste Claude Monet a habité et réalisé un formidable jardin. Celuici est admiré à longueur d’année par une foule de visiteurs, des Français mais aussi beaucoup d’Américains et de Japonais. Elle y allait souvent, c’est magnifique en toutes saisons… Elle y a même un jour chipé des graines de roses trémières ! Puisque nous sommes appelées à nous voir souvent, je lui propose : – Ce serait plus sympathique si nous nous appelions par notre prénom, et que nous nous disions « tu », moi c’est Catherine… Catherine Millet, mais on m’appelle « Cath » Elle accepte. Il faut le faire tout de suite, car après, ce sera difficile, et puis, nous sommes presque du même âge, je viens de prendre ma retraite. Nous sommes deux solitaires. Il peut se passer des jours sans que nous nous parlions. J’ai mes occupations, elle, les siennes. J’aime lire, faire des mots fléchés, elle, doit faire des parties de « freeCell » ou chatter sur son ordinateur. Je l’entends s’activer dans son jardin, elle me dit qu’elle aère son cerveau, que c’est sa thérapie… – Et son arthrose, c’est comme ça qu’elle en prend soin ? On dit parfois qu’il faut soigner le mal par le mal ! Je ressens aussi le besoin de jardiner : le grand air, le silence… J’ai beaucoup moins de terrain qu’elle, à entretenir, à peine 600 m2, maison comprise, cela me prend déjà beaucoup de temps. C’est fatigant, mais c’est une bonne fatigue. Tous les matins, elle guette le facteur, elle sort jusqu’à trois fois pour voir s’il est passé. Je le sais, car moi aussi, je surveille son passage. Des fois, nous nous retrouvons en même temps devant notre boîte aux lettres, nos portails étant côte à côte. Nous échangeons quelques mots sur la pluie et le beau temps ! L’après-midi, presque tous les jours, elle va à la poste, à pied, trois kilomètres environ aller et retour, ça lui donne un but de promenade. Elle vit chichement, presque en autarcie. Elle exploite son terrain à fond, faisant toutes sortes de confitures : rhubarbe, fraises, framboises, des compotes de pommes, elle stérilise les haricots verts. Elle dit : – J’en profite, bientôt je n’aurai peut-être plus la force de jardiner, ni les moyens de prendre quelqu’un pour m’aider ! Un jour, elle demande à l’une de mes petites-filles si elle veut l’aider à cueillir des groseilles. Mélanie revient très excitée : – Nous avons fait des confitures ! Et elle ramène un pot encore tout chaud. Puis elle s’écrit : – Mamie, pourquoi Laure m’a dit, quand je lui ai demandé si elle avait des petits-enfants : « j’aurais pu en avoir » ! Je suis tout aussi intriguée qu’elle. Au mois de septembre, ma chatte Lisette, met au monde six beaux petits chatons. J’envisage de la faire stériliser mais je veux lui laisser le plaisir d’en élever au moins un avant. J’appelle ma voisine pour lui montrer la petite famille, espérant la faire craquer. Un peu de compagnie lui ferait du bien. – Ça ne te tente pas ? Ils sont tellement mignons ! Elle se fait un peu prier :
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