La maison rurale en Pays Basque - Page 1 - Dans la même colleclion J.-P. MARTY : LA MAISON RURALE EN BASSE-AUVERGNE R. ONDET - P. TRAPON : LA MAISON RURALE EN HAUTE-AUVERGNE J . - L . BOITHIAS - C . MONDIN : LA MAISON RURALE EN HAUTE-NORMANDIE J.-L. BOITHIAS - C. MONDIN : LA MAISON RURALE EN BASSE-NORMANDIE J. LOUBERGÉ : L A MAISON RURALE EN PAYS BASQUE A. MÉNIL : LA MAISON RURALE DANS LE MAINE ET LE HAUT-ANJOU M . BOUCHER - J. FURIC : LA MAISON RURALE EN HAUTE-MARCHE J. LOUBERGÉ : LA MAISON RURALE EN BÉARNS Ph. DECROIX : LA MAISON RURALE EN ARTOIS. BOULONNAIS, CALAISIS C. GÉRARD : LA MAISON RURALE EN LORRAINE L. MESTER DE PARAJD : REGARDS SUR L'HABITAT TRADITIONNEL AU NIGER PISÉ TERRE D'AVENIR : LE PISÉ. PATRIMOINE, RESTAURATION, TECHNIQUE D'AVENIR PIERRE ET PASCALE MOULIER : ÉGLISES R O M A N E S DE H A U T E - A U V E R G N E - I - L E MALRIACOIS PIERRE ET PASCALE MOULIER : ÉGLISES R O M A N E S DE H A U T E - A U V E R G N E - 2 - L'AURILLACOIS PIERRE ET PASCALE MOULIER : ÉGLISES R O M A N E S DE H A U T E - A U V E R G N E - 3 - L E SANFLORAIN Jean Loubergé de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour la maison rurale en PAYS BASQUE au Centre de Réalisations d'Études et d'Éditions Régionales à 63340 Nonette dans le le Puy-de-Dôme, en Basse Auvergne téléphone : 04 73 71 65 57 éditions C R É E R 63340 Nonette Les cahiers de construction traditionnelle Le mouvement de sauvegarde des vieilles maisons rurales, qui est aujourd'hui bien implanté dans notre pays, a eu pour origine, comme on le sait, une réaction de citadins contre la politique de construction menée après la guerre. Nombreux furent ceux qui, lassés des grands ensembles et des lotissements aux maisons standardisées, souhaitèrent plus d'originalité pour les maisons individuelles. Ainsi naquit le phénomène de la « résidence secondaire », permis par l'exode rural qui libérait un capital immobilier bien différent de la construction moderne, c'est-à-dire personnalisé et empreint de couleur locale. Cet intérêt de citadins pour de vieilles maisons rurales fut souvent mal compris et certains n'y virent que caprices de « bourgeois fortunés ». Ce fut pourtant une étape nécessaire et il faut rendre justice à ces pionniers, quels qu'aient été leurs motifs. A côté d'erreurs inévitables, il y eut de belles réussites, des restaurations menées avec beaucoup de goût et de sérieux par des particuliers qui s'y sont passionnés. Ceux-là ont joué, dans les villages, un râle de ferment. Aux ruraux qui les observaient avec un brin de scepticisme, ils ont montré que l'on pouvait arriver à tirer un bon parti de vieilles constructions. Même les erreurs n'ont pas été inutiles, car elles ont provoqué une prise de conscience et amené la création d'Associations de Sauvegarde. Aussi les personnes qui s'intéressent aux anciennes maisons rurales sont-elles de plus en plus nombreuses et de plus en plus averties. Il y a les citadins qui sont toujours attirés par les résidences secondaires, mais les ruraux eux-mêmes ne restent pas en dehors du mouvement et cela est générateur d'espoir. Bien sûr, il y a encore, dans les villages, de jeunes agriculteurs qui préfèrent une maison neuve, offrant un confort moderne et permettant la séparation complète du logis et des locaux d'exploitation ; les prêts accordés à la construction neuve expliquent souvent cette préférence. Mais de plus en plus nombreux sont les ruraux qui savent apprécier leur vieille maison et n'envisagent pas de V abandonner ; au désir de ne pas laisser perdre un capital foncier déjà existant, s'ajoute un choix esthétique, fruit de leurs observations sur les réussites de quelques aménagements effectués aux alentours et peut-être des retrouvailles avec le patrimoine ancestral. De plus en plus, nombreux sont également les artisans ruraux du bâtiment qui se sont informés sur les caractères et les procédés de construction des demeures anciennes ; ils peuvent répondre, de façon très valable, au désir des propriétaires qui veulent aménager sans défigurer. L'effort d'information accompli depuis quelques années a donc eu des résultats qu'il ne faut pas minimiser, même s'il reste encore beaucoup à faire. Il serait cependant dangereux de tomber dans un excès contraire. Il ne faut pas vouloir arrêter le temps et l'évolution normale, revenir, en matière de maisons, au xviiie siècle, et privilégier le passé en refusant toute novafion. Les maisons rurales actuellement existantes ont remplacé des maisons plus anciennes. Grâce à la conjonction des progrès techniques et des possibilités financières accrues, elles furent plus solides, conçues d'ailleurs pour durer et porter témoignage, comme le prouvent les dates de construction gravées sur leur façade. Cependant, elles ne dureront pas éternellement et il est dans ! 'ordre des choses qu 'elles soient remplacées un jour par d'autres maisons. plus adaptées aux situations nouvelles et à l'évolution des besoins. L'idéal serait sans doute de réaliser une synthèse harmonieuse entre la construction du passé et la construction nouvelle. D'une part, adapter intelligemment les maisons anciennes à la vie moderne ; d'autre part créer, avec les matériaux et les procédés de construction actuels, un type de maison pouvant, dans un même village, voisiner avec les bâtiments d'autrefois, sans détruire l'harmonie du paysage humanisé. Cette synthèse passe obligatoirement par une connaissance sûre des caractères de la région et des caractères de la construction régionale. Dans les différents Cahiers de cette collection, CREER s'efforce de répondre à cette double nécessité. Les généralités qui précèdent nous paraissent trouver au Pays Basque un bon exemple régional. Le phénomène de la résidence secondaire y est aussi répandu qu'ailleurs, car c'est une région touristique. De plus, comme la distance est faible entre l'activité de la ville et le calme campagnard, des citadins ont pu abandonner la ville pour s'installer ci demeure dans un village proche ; ce qui n 'a pas manqué d'être bénéfique pour la restauration ou la conservation de beaucoup de vieilles maisons. La nécessité de sauvegarder celles-ci et de maintenir leur caractère a été renforcée, enfin, par l'action conjuguée du régionalisme, dont le goût se développe peu ou prou dans toutes les régions françaises, et du nationalisme basque. Pour celui-ci, la maison est un symbole, c'est le temple de la famille et de la tradition ancestrale. Aussi, dans chaque village, est-on parfaitement conscient qu 'elle ne doit pas être défigurée, qu 'elle doit conserver les caractères qui la rendent différente des maisons des autres régions ; cela est d'autant plus facile que la maison basque est très originale que son charme n 'est pas niable, que l'on en est conscient et fier. Ce charme avait d'ailleurs tenté, à la fin de la première guerre mondiale, un groupe d'architectes bayonnais qui avait imaginé un type de maison nouvelle, « le chalet basque ». Construit avec des matériaux modernes, il gardait extérieurement certains caractères esthétiques de la maison traditionnelle : par exemple, le contraste des couleurs dans le mur de façade (à l'aide d'un faux colombage), ou l'asymétrie du toit (systématiquement adoptée alors qu 'elle n 'est pas de règle dans les vieilles maisons). Le chalet basque était à usage urbain, ou plutôt à usage de banlieues urbaines qui se peuplaient alors rapidement ; on le trouve autour de nombreuses villes du Sud-Ouest, mais aussi le long de la frange côtière touristique, jusqu'au bassin d'Arcachon. Témoin d'une époque de construction, celle de l'entredeux-guerres, il est évidemment très critiquable dans ce qu'il sous-entend d'imitation servile et d'absence d'esprit créateur avec son aspect de pastiche théâtral, alors qu'il met en œuvre des matériaux aux possibilités nouvelles mais n 'en utilise que la facilité dans le décor artificiel. Cependant, il a réussi dans une certaine mesure, à se fondre dans l'environnement. En ce qui concerne la période actuelle, il est frappant de constater que la banalisation de la construction se remarque moins dans les campagnes du Pays Basque que dans beaucoup d'autres campagnes françaises, et que dans la conception et la construction de maisons nouvelles, il y a un effort pour s'intégrer, sans trop choquer, dans le paysage régional. Ceci tout au moins dans les villages, car il y a malheureusement, dans les banlieues urbaines et même dans les bourgs, le danger des lotissements avec leur construction bâclée et leur uniformité lassante. Selon les normes de la collection le présent cahier s'en tient uniquement aux maisons traditionnelles dont il dresse un inventaire, mais insiste longuement sur les caractères généraux du pays puis sur ceux de la maison car ils permettent de comprendre pourquoi la maison basque a relativement mieux résisté que d'autres types régionaux aux dangers de la construction en série. Le Centre de Réalisation d'Études et d'Éditions Régionales. PRÉSENTATION DES PAYS BASQUES Le Pays Basque n'est pas une région géographique, avec des limites naturelles bien tranchées. Ce n'est pas non plus une province historique : il n'y a jamais eu de royaume basque, englobant les sept « provinces ». et celles-ci n'ont jamais été réunies sous une même domination, tout au moins depuis que nous possédons des textes fiables sur leur histoire. En fait, le Pays Basque est une réalité ethnique. C'est la terre des Basques. « Eskual Herria,,. comme ils disent eux-mêmes, ou Euskadi, c'est-àdire communauté basque, comme préfèrent dire actuellement les partisans de l'indépendance. Le Pays Basque s'arrête où cesse l'usage de la langue basque ; or celle-ci ignore les limites naturelles puisque, comme on le sait, elle est parlée des deux côtés des Pyrénées (il y a quatre « provinces » basques en Espagne et trois en France). La « frontière » du Pays Basque coïncide partout avec une limite communale marquant séparation administrative entre un village où on parle basque et le village voisin où on ne le parle pas. Comme la langue basque, l'euskara, a gardé des caractères très archaïques, comme sa structure est très différente de celle du français et de l'espagnol, la frontière linguistique a été longtemps plus étanchc qu'une frontière naturelle ou qu'une frontière historique. Cette étanchéité ne peut s'expliquer que par une solution de continuité qui a interrompu l'interpénétration linguistique normale entre populations voisines. Et pour cela, il faut remonter loin, à la fin de la période romaine qui avait créé dans toute la Gaule, y compris l'Aquitaine, une unité de civilisation. L'anarchie qui a suivi l'écroulement de la puissance romaine a été marquée par une série d'invasions ; les historiens parlent pour l'Aquitaine des « invasions » des Vascons, qui sont les ancêtres des Basques actuels. Sont-ils venus du Nord de l'Espagne ? Ou s'étaient-ils retranchés dans les montagnes pour échapper à la domination romaine, et sont-ils revenus en force dans le bas pays après la disparition de celle-ci ? Les avis divergent, mais ce qui est sûr c'est qu'ils avaient gardé une langue qui ne fut pas romanisée. Dès lors, la coupure linguistique était irrémédiable ; elle s'est maintenue jusqu'à nos jours, à peine estompée par le fait que dans les deux derniers siècles les Basques sont devenus bilingues, c'est-à-dire qu'ils parlent, outre leur langue, le français ou l'espagnol. On peut estimer que la langue basque est parlée par environ 500 000 personnes, dont la grande majorité se trouve dans les provinces au Sud des Pyrénées. Les quatre provinces basques d ' E s p a g n e (Navarre, Guipuzcoa. Biscaye et Alava) comptent en effet 2 565 000 habitants, tandis qu'il n'y a que 240 000 habitants dans les trois provinces basques de France. Le Pays Basque français est donc un tout petit pays. Sa forme est irrégulière, surtout du fait des caprices de la frontière franco-espagnole. Il s'étend sur une centaine de kilomètres au maximum d'Ouest en Est (depuis l'embouchure de la Bidassoa jusqu'au saillant que forme la commune d'Esquiule) ; dans sa plus grande largeur NordSud (entre Labastide - Claircnce et le fond de la poche des Aldudes, ou entre Charritte Mixe et la forêt d'iraty), il y a une cinquantaine de kilomètres. Avec 2 869 km2 il ne couvre même pas la moitié du département des Pyrénées Atlantiques, formé en 1790 par la réunion du Pays Basque et du Béarn. Si on veut le définir sur le plan géographique, il faut le présenter comme la terminaison des Pyrénées sur l'Océan Atlantique : le plissement pyrénéen permet d'expliquer le relief tandis que le voisinage des Pyrénées et de l'Océan permet de comprendre certains traits climatiques. On sait que les Pyrénées s'abaissent lentement depuis les hautes cimes des Pyrénées centrales jusqu'aux approches de l'Océan. Dans l'Est du Pays Basque les montagnes de la Hautc-Soule ont encore une allure imposante, avec une série de sommets se maintenant entre 1 800 et 2 000 mètres et culminant à 2 017 mètres au pic d'Orhy. Mais en allant vers l'ouest, les altitudes s'abaissent vite : 1 500 mètres au plus dans le Sud du Pays de Cize, 1 000 mètres dans celui de Baïgorry 500 à 600 mètres dans le Sud du Labourd où les 900 mètres de la Rhune sont une exception. Surtout la continuité de la chaîne disparaît et le géographe Georges Viers a pu écrire : « Rien ne ressemble moins à une chaîne de montagnes que les Pyrénées basques ». Elles se caractérisent en effet par des massifs isolés les uns des autres, différents par leur forme comme par la nature de leurs roches. C'est un vrai relief mosaïque, encore compliqué par la multiplicité des cours d'eau qui est due autant à cette absence de lignes directrices qu'à l'humidité du climat. En allant vers le Nord l'altitude s'abaisse et on trouve un bas pays formé de collines puis de coteaux modelés dans le flysch, matériau composite formé d'un empilage de couches dont certaines sont dures (calcaires, grès) et d'autres tendres (argiles ou marnes). La frontière Nord et Ouest du Pays Basque court à travers ce « picmont » sans obéir à une quelconque limite naturelle. Chaque province historique offre la même physionomie géographique : adossée au Sud à la montagne, elle s'étend vers le Nord à travers un assemblage de croupes découpées par un chevelu très dense de rivières, cours d'eau et ruisseaux. Des trois provinces basques la plus orientale, la Soûle, a le relief le pius simple et le plus facile à décrire. La masse montagneuse existe encore au Sud où les calcaires du crétacé recouvrent la masse primaire sur une grande épaisseur. L'altitude reste importante et l'enneigement y est abondant ; on peut même y déceler l'action, assez réduite il est vrai, de la grande glaciation quaternaire. Aussi l'hydrographie est clic ici plus concentrée que dans le reste du Pays Basque, avec un gave semblable à celui des Pyrénées centrales, le Saison appelé aussi Gave de Mauléon. Il descend tout droit de la montagne, en direction méridienne Sud-Nord et a creusé dans la zone du flysch une vallée largement ouverte ; entre Tardets et Mauléon. il y divague dans un lit de galets arrachés à la montagne. A l'Ouest, la Soûle est séparée du Pays de Cize par le massif karstifié des Arbailles. montant à I 200 mètres, sauvage et désert ; par contre à l'Est les relations sont plus faciles avec la vallée béarnaise de Barétous taillée elle aussi dans le flysch. Les 0 10 20 km a * m m m » Limite de la maison basque y Limite départementale Frontière franco-espagnole NAV, « s Tout différent de la Soûle est Le L a b o u r d , province la plus occidentale, en bordure de l'Océan. Sa partie Sud est constituée par un ensemble déroches primaires, mais un ensemble hétérogène car certaines roches très dures (grès, quartzites. calcaires) voisinent avec des roches plus tendres, comme des schistes, qui ont été excavés par l'érosion. En certains secteurs les roches primaires ont été recouvertes par des grès du trias inférieur, parlois semblables aux grès vosgiens par leur couleur rouge, ils donnent des reliefs dissymétriques (la Rhune par exemple) et aussi de la belle pierre à bâtir. Cet ensemble primaire et secondaire est bizarrement bordé au Nord par un noyau isolé de roches anciennes, formant à l'Est de Cambo un petit massif grossièrement circulaire, I'Ursuya. Son altitude, 678 mètres, et son aspect sont ceux d'une colline car le gneiss qui le constitue est très altéré par l'érosion. Mais il joue le rôle de môle avancé sur lequel se sont moulées les collines du flysch ; celles-ci bordent la côte atlantique, où elles forment les fameuses falaises de Saint-Jean-de-Luz, et se recourbent autour de I'Ursuya en forme de croissant convexe vers le Nord. L'hydrographie est ici moins simple qu'en Soûle ; les cours d'eau sont nombreux à cause de l'humidité du climat, et l'hétérogénéité des roches complique leur tracé. Les deux principales rivières sont la Nivelle et la Nive. La première contourne par l'Est la masse de grès triasiques de la Rhune en utilisant les petits bassins de Sare et de Saint-Pée-sur-Nivelle excavés dans les argiles du trias supérieur. La seconde, par contre, coupe par une succession de gorges étroites les assises de grès rouge de Bidarray qui séparent le Labourd du pays de Ci/e : à partir de Cambo. elle traverse les collines du flysch par une large vallée. Les deux rivières sont remontées par la marée dans leur cours inférieur, de même que la rivière frontière, la Bidassoa qui aboutit dans la baie d'Hendaye menacée d'envasement. Troisième province basque du Nord des Pyrénées, la Basse Navarre, entre Soûle et Labourd, n'est pas simple. Entre le xi et le xvi siècles, elle était partie intégrante dti royaume de Navarre, à cheval sur les Pyrénées, mais dont les ambitions étaient surtout en Espagne ; elle formait donc écran entre Soûle et Labourd qui suivirent le sort du duché d'Aquitaine, disputé entre France et Angleterre. La Basse Navarre est par ailleurs divisée en plusieurs « pays » distincts les uns des autres, tant par c e la géographie que par l'administration de leurs biens propres : les principaux de ces « pays », Cize, Baïgorry. Mixe. Ostabaret ont un « syndicat » de commune qui est une survivance des temps passés. Les pays de Cize et de Baïgorry en sont la partie montagnarde. Les roches primaires ou les grès du trias y montent encore à 1 000 m, mais les multiples cours d'eau descendant de la montagne ont disséqué le relief. Chacun de ces deux « pays » est drainé par une branche de la Nive. Celle de Baïgorry (ou des Aldudes) reste montagnarde, avec une succession de gorges étroites ou de petits bassins. Par contre la Nive de Cize grossie du Laurhibar. a dégagé dans les argiles du trias inférieur le beau bassin de Saint-Jean-Pied dePort. Au nord de la Basse Navarre, le Pays de Mixe, en pleine zone du flysch. est un mélange confus de collines et petits bassins : il est drainé par la Bidouze descendue du massif des Arbailles : la dépression de Saint-Palais en est la partie la plus riche. Enfin, entre Cize et Mixe. l'Ostabaret est une petite région de transition. Par-delà les différences de relief et de destin historique, la verdure de la végétation fait l'unité des trois provinces basques de France. Elles bénéficient en effet d'un climat océanique aquitain, où l'influence de l'Océan adoucit les hivers et rafraîchit les ardeurs de l'été. La situation au fond du golfe de Gascogne là où les vents du Nord-ouest frappent de plein fouet les montagnes qui les obligent à s'élever, procure au Pays Basque français (comme d'ailleurs aux provinces espagnoles de Guipuzcoa et Biscaye) une humidité généreuse au printemps, c'est-à-dire la période favorable à la végétation. Par contre, l'automne y est généralement une belle saison. « l'été de la Saint-Martin ., est une réalité et se poursuit souvent pendant tout le mois de décembre ; l'atmosphère y est encore éclaircie par les coups de vent du Sud venant d'Espagne par-dessus les Pyrénées, vent chaud et sec ptiisquc c'est un vent descendant. Le pays devait être autrefois bien boisé, avec la chênaie atlantique dans les basses altitudes et la hetraie au-dessus. Il reste encore quelques forêts en montagne. Dans le bas pays, par contre, le déboisement a créé au cours des siècles un paysage de landes, qui couvre la plupart des pentes. Favorisée par l'humidité du climat et l'acidité des sols, la lande d'ajoncs, fougères et bruyères fait encore partie du paysage des trois provinces, malgré la récente Vue de Saint-Étienne-de-Baïgorry mise en valeur agricole et les grandes meules d'ajoncs et fougères avoisinent encore les fermes auxquelles elles fournissent la litière des animaux. Ces caractères végétaux, s'ajoutant à la proximité de la montagne qui permettait la transhumance estivale des troupeaux, expliquent que l'élevage ait toujours tenu, dans la vie rurale, une place plus importante que les cultures ; élevage où les ovins étaient nettement plus nombreux que les bovins. Les défrichements de landes potir faire place au maïs ou aux prairies artificielles ont renforcé cette orientation tout en permettant un élevage plus moderne. Mais le maintien de l'ancienne structure agraire, caractérisée par la petite propriété et des exploitations de faible étendue ( 12 à 15 hectares de surface agricole utile en moyenne) freine encore les progrès et l'exode rural et agricole se poursuit dans les cantons de l'intérieur, accompagné d'un vieillissement de la population. Par contre, le tourisme s'est développé. Quels que soient les arguments, d'ordre économique et social. avancés par les adversaires de cette activité, il faut reconnaître que le Pays Basque dispose d'un certain nombre d'avantages pour la pratiquer avec succès ; et ceci non seulement sur la côte, avec les possibilités balnéaires, mais aussi à l'intérieur. Le charme paisible des paysages est sensible à tous ceux qui sont soumis à la vie trépidante de la civilisation urbaine contemporaine : ils y apprécient « la verdure qui emplit les vallées, la calme douceur des champs, la couleur bleutée parfois violette des montagnes, l'éparpillement joyeux des bordes » (La France - Géographie et tourisme, t. I. page 421 ). Georges Viers sotiligne de son côté « la couleur rougeâtre de la fougère fanée qui donne à l'automne basque une teinte inimitable qu'on ne retrouve nulle part ». N'oublions pas de mentionner en outre les possibilités qu'offrent aux amateurs de pêche des cours d'eau non pollués par l'industrialisation ou l'urbanisation, et les passages de palombes qui donnent la fièvre aux chasseurs dti Sud-Ouest tout entier. I ! M a i s o n s à Iriberry [pays de Cize) Autre élément très apprécié à notre époque : la persistance d'anciennes coutumes, d'anciennes traditions qui contrairement à ce que l'on croit souvent, n'étaient pas propres au seul peuple basque mais qui se sont maintenues ici plus tardivement qu'ailleurs. Il faut souligner à ce sujet l'interaction qui s'est exercée entre une foi catholique longtemps très vive et le respect des traditions anciennes. Parmi les manifestations les plus apparentes de cette persistance des usages du passé on peut placer les danses, le jeu de pelote ou la maison, qui ne sont pas créations du peuple basque mais qu'il a adoptées et su transformer de façon très heureuse. Le folklore est devenu maintenant l'accompagnateur obligé de toute manifestation estivale ayant pour but d'attirer les touristes. Ajoutons que ceux-ci sont souvent très sensibles à la simplicité cordiale d'un accueil qui a su s'adapter néanmoins aux exigences du confort moderne. Dans le charme touristique du Pays Basque la maison rurale ne doit pas être oubliée. Ce sont les caractères originaux de cette maison que nous allons essayer de dégager dans une deuxième partie. Paysage en Pays de Cize CARACTÈRES ORIGINAUX DE LA MAISON BASQUE Avant de traiter l'aspect extérieur ou l'aménagement intérieur, il faut dire quelques mots de la place que tenait la maison, l'etche. dans la vie du peuple basque. Elle était la représentation tangible de la famille, elle matérialisait à la fois son existence, son emprise sur le sol, son appartenance à une communauté qui était le hameau, le village, voire même le « pays ». Seuls les chefs de famille possesseurs d'une maison participaient aux assemblées où se discutaient les affaires de la communauté. Il en résultait une structure sociale particulière. A la mort d'un maître de maison, il n ' y avait pas de partage de biens entre les enfants : la maison, avec tous ses droits sociaux, passait à l'héritier (ou héritière), et celui-ci devait à son tour s'identifier avec elle. A tel point que le mariage d'un héritier avec une héritière était chose rare, car il pouvait avoir pour conséquence la disparilion d'une maison ; l'héritière ou héritier épousait généralement une cadette ou un cadet d'une autre maison. En dehors de cette opportunité la situation des cadets n'était guère enviable. Il leur fallait soit rester dans la maison, comme salariés agricoles, ou servantes, soit chercher fortune ailleurs. Les plus vaillants et les plus habiles réussissaient à se créer une exploitation sur des secteurs restés en friche, qu'ils se faisaient accorder par la communauté ; et ils construisaient une maison nouvelle. Cela fut fréquent lors des périodes d'essor démographique, en particulier au X V I I I siècle, et de nouveaux villages naquirent ainsi. e C'est le cas. par exemple, de Bidarray. qui n'était à l'origine qu'un quartier d'Osscs. Par acte notarié de 1677, les habitants de Bidarray obtinrent du curé d'Ossès la création d'une église paroissiale, avec fonds baptismaux et cimetière, arguant du l'ait que leur quartier « s'est beaucoup peuplé depuis peu par r é t a b l i s s e m e n t de plusieurs familles » et qu'il est très éloigné des autres églises paroissiales. M a i s o n à t o i t dissymétrique
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