Aliénor McKanaghan - Page 1 - Cassandre Amaranthe Aliénor McKanaghan Tome 1 La Prophétie Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 93200 Saint-Denis – 2010 3 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 175, boulevard Anatole France, 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-411-5 Dépôt légal : Juillet 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 4 A tous ceux qui y ont cru, merci… Cassandre Amaranthe 5 « Mourir en combattant, c’est la mort détruisant la mort. Mourir en tremblant, c’est payer servilement à la mort le tribut de sa vie ». William Shakespeare 7 PROLOGUE Gévaudan, centre de la F rance, 1767. Tapie dans les ténèbres de la forêt, elle songeait à ces trois dernières années. Un beau gâchis, pensa-t-elle. Depuis le jour maudit où cette pauvre enfant fut déchiquetée, les choses n’avaient qu’empiré. Un témoin, dont tout le monde ignorait comment il resta en vie, raconta qu’une enfant qui menait alors son troupeau en pâture, fut attaquée par un animal sauvage. Ce fut terriblement violent. La bête déchiqueta et éventra la bergère en l’espace de quelques minutes, puis se nourrit de ses entrailles. Quand elle eut terminé, il ne restait que des morceaux de corps hachés et sanguinolents. Le témoin décrivit la créature comme un énorme loup. Le plus gros qu’il ait jamais vu, avec des yeux rouges et des griffes démesurées. Il raconta même que celui-ci se tenait debout, comme un homme. Durant ses années de traques infructueuses, ce monstre sanguinaire éventra, dépeça et décapita plus de victimes qu’elle ne pouvait le supporter. Depuis quelques temps, les tueries s’intensifiaient et les victimes s’accumulaient. La rumeur de l’existence d’un loup-garou se répandait dans les villages, et elle devait arrêter ça avant que les villageois 9 ne s’entre-tuent. Ils avaient peur, ils étaient terrifiés même. Et la peur ne serait jamais l’amie de celui qui est armé. Elle en savait quelque chose. Cela faisait trois ans qu’elle traquait sans relâche cette Bête des Enfers. Jusqu’ici, autant elle, que les Dragons du Roy avaient échoué. Pourtant, cette nuit-là , elle eut un bon pressentiment. Elle le sentait dans tout son être. Elle n’était pas loin. Elle avait entendu dire qu’un chasseur était sur sa trace. Encore un tueur de loup, et bientôt, un nouveau cadavre. Elle espérait que John n’aurait pas d’ennuis avec l’Assemblée. Lui venir en aide si ostensiblement pouvait signer son arrêt de mort. Les Anciens étaient très respectueux de leurs lois séculaires et n’étaient pas cléments avec ceux qu’ils jugeaient comme des traîtres. Sous le couvert de la nuit, elle priait. Seigneur, Dieu Tout Puissant, protégez mon amour, mon guide, mon protecteur. Protégez-moi, non pour sauver ma vie, mais pour sauver celle de l’enfant que je porte. C’est aux yeux des mortels le fruit du péché, mais je prie pour qu’aux vôtres il soit ce qu’il est : le fruit de l’amour. Permettez à John, qui a mis sa vie au service de celles des autres, de connaître sa descendance… Marie marchait depuis des heures. La nuit était tombée très tôt. Une noire et menaçante obscurité l’entourait. Seule sa torche guidait ses yeux et ses pas. Épuisée, et pensant qu’elle avait échoué une fois de plus, elle prenait le chemin du retour, quand soudain, débouchant dans une petite clairière, elle n’en crut pas ses yeux. Un homme tenait en joue la Bête avec son fusil. Un simple fusil de chasse, ceux que l’on utilisait pour la chasse aux loups. C’est un homme mort, se dit-elle. Alors, sans réfléchir, et profitant de son effet de surprise, elle bondit sur l’homme au fusil et le poussa violemment sur le côté pour l’écarter. Un craquement sourd lui fit comprendre qu’il s’était cogné la 10 tête sur un rocher, et son silence lui indiquait qu’il avait probablement perdu connaissance, ce qui n’était pas une mauvaise chose en soi. La Bête, n’ayant pas encore réagi à son intrusion, elle lui planta immédiatement son poignard dans la poitrine. Elle poussa un hurlement et se jeta sur elle, la gueule ouverte et les crocs menaçants. Elles s’écroulèrent sur le sol. Elle tenta de lui arracher la gorge. Marie appuya plus fort et enfonça son arme jusqu’à sa garde, en plein dans le cœur maudit de la créature. Elle fit pivoter son poignet et les trois lames se déployèrent, déchirant au maximum ses tissus. Faisant rouler son corps inerte sur le côté pour se dégager, elle lui brisait la nuque. Un liquide chaud coulait le long de son bras. Elle baissa les yeux et se rendit compte que la Bête lui avait arraché de la peau sur une bonne partie de son bras gauche. Une plaie béante, d’où s’échappaient abondamment des litres de sang, courait de son épaule jusqu’au milieu de son avantbras. Pines Creek, Californie, de nos jours. Il y a des jours, comme aujourd’hui, où je me dis que ma vie est vraiment nulle… Il y a encore quelques mois, tout allait bien. J’avais des amis, des parents, je vivais dans une super maison, j’avais une super chambre, une super bagnole, j’étais capitaine de l’équipe de pom-pom girls du lycée (bon d’accord, ça ne me plaisait pas tant que ça, mais dans le fond, c’était quand même sympa) et j’avais le mec le plus canon et torride de la planète. Pour tout vous dire, tout a commencé à merder le jour de mon anniversaire. Mes 18 ans. Pfff, tu parles d’un cadeau… – Allie ! Derrière toi ! 11 Oh merde… Je n’avais rien vu venir. Cinq longues griffes me transperçaient à l’instant même l’estomac et me broyaient les vertèbres. C’est vrai ce qu’on dit, ça fait mal… C’est comme ça que je suis morte. Enfin… 12 Chapitre Premier – Bon tu te dépêches oui ou non ! On va encore être en retard par ta faute ! Si jamais on se fait virer avant la remise des diplômes, tu me le payeras toute ta vie ! Debout devant le miroir de ma coiffeuse, je rêvassais. Je… Oh mais je ne me suis pas présentée ! Quelle mal polie… Je m’appelle Aliénor Victoria Marie McKanaghan, et j’ai 17 ans, enfin, bientôt 18. J’habite dans un bled pas trop mal nommé Pines Creek, au nord d’Arcata, en Californie. Arcata, c’est la grande ville la plus proche. Le paradis pour nous, futurs diplômés, qui irons à l’université l’année prochaine. Je m’explique. Un campus avec ses confréries, des bars, des librairies, et plein de nouvelles rencontres à faire. J’adore Pines Creek, mais au bout de quelques années ici, on a envie de vivre des événements plus excitants que la parade annuelle ou les soldes du centre commercial. Je suis née en France, à Paris plus exactement. Je sais, Paris, c’est « waouh », mais j’ai toujours vécu aux ÉtatsUnis. Je n’ai pas eu la chance de rester vivre là -bas assez longtemps pour me targuer d’être à moitié française. Dès que ma mère est sortie de la maternité, mes parents sont rentrés au pays. Dans ma famille, beaucoup de choses 13 sont bizarroïdes et effrayantes. De mon point de vue, le plus flippant, c’est que peu importe l’époque, ou le lieu, toutes les femmes de ma famille maternelle ont toujours épousé un Irlandais. Ma mère n’a pas échappé à cette règle… Eh oui, mon père est irlandais. Mais, je ne sais rien de sa famille à lui, il n’en parle jamais. Quand j’avais 5 ans, alors qu’ils sortaient dîner pour fêter la Saint-Valentin, j’ai demandé à ma mère comment elle l’avait rencontré. Elle me répondit juste « à une fête organisée par des amis communs ». Le monde est petit paraît-il… Pour en revenir à moi, je mène une vie normale, enfin, en apparence. Je vais au lycée, je sors avec mes amis, et je fais du sport. Beaucoup de sport. Trop de sport… C’est un autre aspect étonnant de ma vie. Dès que j’ai su me tenir debout, mes parents m’ont initiée à toutes sortes de sports et d’arts martiaux plus ou moins extrêmes. Je suis sûre que certains n’existent même pas. À 12 ans, je maîtrisais parfaitement les techniques de combat à main nue, les armes blanches, les armes à feu de petit et gros calibre (fait qui n’a évidemment jamais été révélé publiquement). À l’époque, ils me disaient que c’était pour ma sécurité et que je comprendrai un jour. Mais je n’ai jamais été stupide. Ils ne me disaient pas tout et je le savais. Mais je m’en accommodais. En fait, j’ai toujours senti que je n’étais pas comme tout le monde et que je ne le serai jamais. Appelez ça de l’intuition… Et Riley. Ah… Riley… Mon meilleur ami, mon frère… J’entendais son beuglement exaspéré monter du salon. Il fait partie de ce genre de personnes qui, quoiqu’il advienne, ne vous laisse jamais tomber. J’ais vraiment de la chance de l’avoir à mes côtés… d’autant plus qu’il est vraiment canon, physiquement parlant (je ne suis pas aveugle, et avoir un meilleur ami qui pourrait être top 14
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