L'Exil auvergnat de Marguerite de Valois - Page 1 - escalier ouest emplacement supposé de ND du Puy palais Bridoré puits fausse porte ou escalier de la reine grande porte tour Gaillart et tour noire rocher de Jugelles tilleul Murgat point d’accueil N Plan des ruines de la forteresse de Carlat (d’après les relevés de R. Andrieu. Gravé par Erhard, Paris.) publié dans SAIGE (G) et DE DIENNE - Documents historiques relatifs à la vicomté de Carlat. Monaco. 1900. Dessin de couverture : Isabelle Moisan L’EXIL AUVERGNAT de MARGUERITE DE VALOIS (La reine Margot) Du même auteur Essai sur le droit et l’administration des cours d’eau en France. Presses universitaires du Septentrion Université de Lille 3 - 1998. © Edicentre - Éditions CRÉER - 63340 Nonette ISBN : A Isabelle et Florence Ma fille est malheureuse d’être venue en un tel siècle. Catherine de Médicis Michel MOISAN L’EXIL AUVERGNAT de MARGUERITE DE VALOIS (La reine Margot) CARLAT - USSON 1585-1605 CRÉER INTRODUCTION Troisième fille du roi de France Henri II et de la reine Catherine de Médicis, sœur des rois de France, François II, Charles IX et Henri III, épouse de Henri roi de Navarre puis roi de France sous le nom d’Henri IV, Marguerite de Valois, qu’Alexandre Dumas fit entrer dans la légende en la surnommant « Margot », passa vingt ans de sa vie en Auvergne (1585-1605). Ce séjour auvergnat lui fut imposé indirectement par sa propre famille dans des conditions que l’on verra plus loin et qui constituent une situation unique dans l’histoire de France. Elle avait alors 32 ans. Plus qu’aucun autre personnage historique, la reine de Navarre et de France, a souffert des pamphlets. Nulle femme n’a été plus diffamée. A tel point que sa mémoire semble en avoir été altérée à jamais. L’attrait du scandale, le goût des histoires scabreuses, ont dessiné dans la conscience collective une autre reine que la vraie. Le sobriquet « Margot » apparaît pour la première fois au temps de la reine en 1574, dans un libelle intitulé : « Le Réveille matin des Français et de leurs voisins », qui était dirigé contre sa famille. Le terme est utilisé par Charles IX, « car ainsi appelait-il sa sœur ». Puis beaucoup plus tard, alors que Marguerite a déjà quitté l’Auvergne, un redoutable pamphlet, encore plus violent, attribué à Agrippa d’Aubigné et intitulé « Le divorce satyrique » va, hélas, intéresser les historiens. Insistant surtout sur la « lubricité » de la reine, afin de la déconsidérer auprès de la nouvelle dynastie qui se met en place et de justifier, a posteriori, son divorce et le remariage du roi, ce libelle sera repris sans arrêt jusqu’à nos jours, pour partie il est vrai, dans les biographies les plus sérieuses. Il a fallu attendre la monumentale biographie du comte de Saint-Poncy, parue en 1887, pour que les livres de comptes de Marguerite, découverts et exploités par l’auteur, contredisent sur bien des points les élucubrations du pamphlet protestant. Cependant, le « Divorce » continuera d’être abondamment utilisé faute de sources historiques sûres. Ainsi, même J.H. Mariéjol, le grand spécialiste du XVIe siècle, n’hésitera pas, en 1928, à se référer parfois à quelques 7 faits scabreux, relatés par l’auteur supposé inconnu, mais sans aucun doute huguenot déçu, du « Divorce satyrique ». Le texte, en effet, repose sur une trame historique assez juste, ce qui le rend si habile et si dangereux. Or, l’épopée auvergnate n’est pas épargnée par le pamphlet. Reléguée en Auvergne, la reine est oubliée des chroniqueurs et des historiens. Pas de Pierre de l’Estoile à Usson pour raconter les événements de la petite cour, citer les bons mots de Marguerite, décrire les visiteurs, rapporter les potins, évoquer les amours… Les mémoires qu’elle rédige à Usson s’arrêtent curieusement à l’année 1582, c’est-à-dire trois ans avant l’arrivée en Auvergne. Pendant les guerres de religion, les factions rivales qui s’opposent régulièrement dans la limagne d’Issoire ne favorisent guère les rencontres. Et Marguerite est d’abord prisonnière. On ne s’intéresse donc guère à elle. Les longues années passées en Basse Auvergne après le court séjour d’un an à Carlat sont occultées par la vie de Cour qui reprend à Paris. Le nouveau roi a bien du mal à s’installer sur le trône, divorce, se remarie, fonde une nouvelle dynastie pendant que sa première femme se fait oublier à Usson. Et les ambassadeurs étrangers comme Cavriana ou R. Lucinge, si prompts à rapporter à leurs souverains le moindre bruit de la Cour de France, ne recueillent que de rares échos lointains et déformés de l’Auvergne. C’est pourtant pendant cette longue période de vingt années (1585-1605) que nous essayerons de vivre au rythme de la dernière représentante de la dynastie des Valois. En effet, le destin l’a poussée un jour d’automne 1585 d’Agen à Carlat, en Haute-Auvergne, d’où un an plus tard, elle partira pour Usson à quelques kilomètres d’Issoire, en Basse Auvergne, où elle restera près de dixneuf ans. Elle est d’abord en proie au désespoir après sa capture à Ybois, tout près d’Issoire, le 21 octobre 1586, par les troupes du marquis de Canillac à la solde du roi Henri III, son propre frère. Mais après quelques mois dans l’austère forteresse d’Usson, elle va très vite reprendre l’initiative, aidée par la Ligue, et recréera une véritable cour, devenant « la reine d’Usson ». Il faut ici rendre hommage à une inlassable chercheuse : madame Eliane Viennot, qui a publié, fin 1998, la très attendue correspondance de Marguerite de Valois écrite entre 1569 et 1614.1 Sur les 469 lettres « rescapées » du temps et des événements, 129, dont plusieurs inédites et de grande importance, ont été 1 - Eliane Viennot : Marguerite de Valois. Correspondance.1569-1614. H. Champion. 1998. Ouvrage qui s’ajoute à la thèse du même auteur parue en 1993 : Marguerite de Valois. Histoire d’une femme. Histoire d’un Mythe. Grande Bibliothèque Payot. 8 rédigées et reçues en Auvergne. Cette correspondance apporte un éclairage nouveau sur certains épisodes du séjour auvergnat de la reine de Navarre et de France. Les lettres déjà connues et les témoignages des visiteurs complètent le tableau encore très imparfait de la vie de Marguerite de Valois pendant son exil auvergnat qui, rappelons-le, témoigne d’une des époques les plus troublées de l’histoire de France. NB - Pour le confort du lecteur, l’orthographe des citations concernant Marguerite de Valois et ses contemporains a été modernisée. 9 Première partie Avant l’exil
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